Des gestes pour communiquer

©photo Jorge Sclar pour le CD-Rom "Le psy, c'est vous"

©photo Jorge Sclar pour le CD-Rom "Le psy, c'est vous"

Nous communiquons avec l’autre par la parole, ou texte verbal, mais aussi par le cotexte ou communication non verbale : intonations vocales, mimiques faciales, gestuelle et plastique, le tout se situant dans un contexte.

La communication non verbale « provoque » l’autre, elle sert de cadre de référence et de régulation dans la communication. Son interprétation, souvent banalisée, fait que nous sommes souvent victimes de la communication non verbale de l’autre. Les regards, les gestes et les mimiques sont fondamentaux pour piloter ce qui se passe et plus particulièrement les affects.

Nous utilisons sans cesse la communication non verbale:
– les gestes phatiques qui montrent à l’autre qu’on l’écoute
– les gestes déictiques qui souvent accompagnent le discours, surtout chez les personnes du Sud

– les gestes autocentrés (se gratter, se caresser, se tordre les mains, etc.) qui témoignent du malaise de la personne

– les mimiques du visage

Ces gestes sont utilisés:

– pour accompagner les conversations quotidiennes (ils accompagnent la parole ou l’écoute de la parole)

– dans les moments d’émotion intense (absence totale de mimiques et de gestes ou au contraire appui gestuel exagéré)

– dans les discours publics (rituel du discours de l’homme public)

– de façon volontaire lorsqu’il y a un enjeu selon que l’interaction est voulue ou non, surveillée ou non.

Cas de figure types:

– discours incompréhensible, charabia d’un enfant ou discours d’un étranger, accompagné d’une communication non verbale signifiante et stéréotypée : le message passe

– discours ritualisé accompagné d’une communication non verbale contradictoire (exemple d’une personne qui dit bonjour à une autre en tournant la tête : je dis bonjour, mais je fais savoir que je n’en n’ai rien à faire de l’autre)

– communication non verbale ironisant sur le propos verbal

L’acte de communication

Pour décrire un acte de communication, il faut non seulement considérer le message verbal échangé mais aussi les gestes des intervenants, leur expression faciale, leur costume, leur posture, leur position l’un par rapport à l’autre ainsi que le contexte général : dans quel lieu et dans quel pays se déroule l’interaction, quel est son enjeu séduction, agression, etc., quels degrés de liberté ont les protagonistes, l’interaction est-elle obligée, interdite, choisie, refusée, surveillée, etc.

Le geste et son contexte

« Poudovkine prit un jour un gros plan de Mosjoukine impassible, et le projeta précédé d’abord d’une assiette de potage, ensuite d’une jeune femme morte dans son cercueil et enfin d’un enfant jouant avec un ours en peluche. On s’aperçut d’abord que Mosjoukine avait l’air de regarder l’assiette, la jeune femme puis l’enfant, la femme avec douleur et l’enfant avec un lumineux sourire, et le public fut émerveillé par la variété de ses expressions, alors qu’en réalité, la même vue avait servi trois fois et qu’elle était remarquablement inexpressive. » (Merleau-Ponty, Sens et non-sens)

A quoi servent les gestes?

Un remarquable texte de Grégory Bateson, Pourquoi les Français…, publié dans la revue annuelle de danse contemporaine Impulse en 1951 répond à la question « pourquoi bouger quand on parle? »

Les gestes ne servent pas qu’à illustrer le contenu sémantique de l’énoncé verbal, loin de là.

Il n’y a pas plus de 30% de gestes illustratifs. La plupart des gestes servent à connoter, en participant à la constitution de l’énoncé et assurent alors une fonction méta-communicative.

Exemple : « Tu parles » peut prendre trois sens différents selon la mimique associée:

-hochements de tête et mimique de tristesse

-hochements de tête rapides et mimique de satisfaction

– geste quasi linguistique de tirer la paupière vers le bas et qui signifie « mon oeil! »

Les gestes sont le véhicule de l’implicite et du non-dit: lorsque des indices visuels sont en discordance avec les indices verbaux, ce sont les premiers qui provoquent des impressions dominantes.

Le texte verbal d’une conversation subit d’importantes modifications selon les contraintes proxémiques (face à face, dos à dos, côte à côte). Lorsque les sujets ne se voient pas, l’énoncé verbal se rapproche de la forme écrite; on observe une diminution des gestes illustratifs et une augmentation des gestes extra-communicatifs, tels que manipulations d’objets, balancements, gestes autocentrés.

Il y a synchronie entre langage et langage mimo-gestuel:

– la récitation d’un texte appris par coeur s’accompagne de peu d’activité gestuelle alors que l’on bouge beaucoup lorsqu’il faut improviser.

– les gestes sont plus nombreux en phase d’élaboration de la parole, lorsqu’elle est saccadée et hésitante

– si on empêche un sujet de bouger, par exemple en lui demandant de croiser les doigts, il va bien plus bouger la tête.

Différentes hypothèse sur le rôle des gestes ont été avancées dont l’essence est que tout au long d’une interaction, chaque collocuteur essaie non seulement de maîtriser ses émois affectifs mais aussi ceux de son partenaire, la synchronisation interactionnelle n’a pas pour seule finalité le bon fonctionnement des canaux mais aussi le maintien de la relation au niveau adéquat, ni trop intime, ni trop distante, ni trop terne, ni trop excitante, ni trop désexualisée, ni trop érotique. On assiste à un réajustement permanent des procédés (postures, regards, mimiques) pour atteindre le seuil jugé optimal.

Petit jeu

Imaginez maintenant deux interlocuteurs que vous observez et portez, pour chacun d’eux, sur quatre axes, les gestes phonatoires (quantité de parole), les gestes déictiques (qui illustrent le propos), les gestes phatiques (qui montrent qu’on écoute) et les gestes autocentrés.

Lorsque j’ai eu en main une masse de tels graphiques établis par un centre de recherche (uniquement les graphiques et pas les vidéos) je dois dire qu’uniquement en regardant les graphiques, j’imaginais la scène et je riais souvent.

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