Anthropologie de l’espace

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On ne peut pas parler de l’habitation sans parler de territoire, qui est le prolongement de l’organisme marqué des signes visuels, vocaux et olfactifs. Des individus appartenant à des cultures différentes habitent des mondes sensoriels différents.

Les configurations spatiales ne sont pas seulement des produits mais des producteurs de systèmes sociaux. « Lorsque, dans une chambre donnée on change la place du lit, peut-on dire que l’on change de chambre, ou quoi? » Georges Perec.

Qu’est-ce qu’une maison?

Claude Levi-Strauss : « Il a suffit que les missionnaires salésiens obtiennent le transfert spatial des Bororo de leurs villages circulaires à un village de type européen pour que ceux-ci, renonçant à leur conception du monde, se convertissent au christianisme. Il oblige ainsi à considérer que les organisations spatiales sont garantes de l’identité sociale et culturelle et qu’elles en assurent la reproduction.

(Que dire de l’entassement dans les cités?)

A. Leroy-Gourhan (Le geste et la parole) : « Les premières maisons entretenues coïncident avec l’apparition des premières représentations graphiques. A la base du confort moral et physique repose chez l’homme la perception tout animale du périmètre de sécurité, du refuge clos ou des rythmes socialisants. Le premier point dans l’évolution où apparaisse la figuration est donc aussi celui où l’espace d’habitat est abstrait du chaos extérieur. »

La maison japonaise traditionnelle : On connaît le degré d’ouverture élevé que le caractère amovible de ses parois et l’absence de clôtures lui confèrent par rapport à tout autre type national d’habitation. Cet aspect se confirme par la faiblesse des barrières qu’elle élève entre l’intérieur et l’extérieur: on circule dans la rue en kimono d’intérieur, on ne frappe guère aux portes…L’habitation japonaise se fond dans la totalité de l’espace occupé par la collectivité, inscrit lui-même entièrement dans le réseau serré et hiérarchisé des dépendances mutuelles, des obligations écrites ou tacites, des rites et des usages…Antithèse de la maison arabe où l’on ne saurait glisser, de l’extérieur, le moindre regard mais dont l’intérieur est le domaine absolu du maître, possesseur des choses de bêtes et des hommes (et femmes!) qu’elle contient.

Certaines limites sont des lieux : Parce que la limite tend à être infranchissable, elle se fait lieu et lieu de passage entre les espaces limités…Portes, seuils, douanes, etc. viennent organiser le franchissement limité, contrôlé, sélectif de la limite. Le seuil signale et prépare le franchissement, c’est un lieu d’ouverture de la limite, la zone de son franchissement; il est limité et fait l’objet de dispositifs matériels et symboliques particuliers. Le seuil est souvent matérialisé par un emmarchement qui exprime, par la différence des niveaux, une hiérarchie qualitative des espaces.

L’architecture moderne et la société industrielle: On assiste dans la ville contemporaine à la « perte du sens » qui n’est ni un hasard, ni une fatalité mais résulte d’une stratégie sur l’espace. Si l’hôtel aristocratique s’oppose à la maison bourgeoise c’est que tous les deux se réfèrent nécessairement à une même forme urbaine en lui attribuant des valeurs opposées. Le sens de la ville est l’enjeu d’une lutte: au XIXe et XX, la bourgeoisie impose ses modèles à tous. Les types du logement bourgeois se construisent sur les ruines de ceux de l’aristocratie, de la paysannerie et du monde ouvrier. De la cité de relogement provisoire à l’immeuble de standing, le modèle de logement imposé est fondamentalement le même. L’opposition typologique est réduite à la marginalité et au bricolage, comme celui des habitants de HLM cherchant à recréer les fragments d’une organisation spatiale conforme à leurs propres modèles pratico-symbolique…L’appropriation des signes distinctifs est la condition nécessaire à la mobilité sociale…Les types d’habitat et la place qu’ils prennent dans l’espace urbain ne sont plus simplement la trace de modes de vie et de conditions d’habitation différentes, ce sont aussi des moyens, des instruments de la promotion sociale, et qui supposent à ce titre de devenir des biens arborés, appropriés et capitalisés en vue non plus seulement de signifier sa position statutaire, mais de la constituer. (la maison fait le moine!)

Extraits de Anthropologie de l’espace de Françoise Paul-Lévy et Marion Segaud (Centre de Création Industrielle – Centre Georges Pompidou).

2 comments for “Anthropologie de l’espace

  1. 13 avril 2012 at 9:34

    La source est bien citée dans l’article! C’est une source sur laquelle j’ai beaucoup travaillé lorsque j’ai conçu les scénarios de l’espace expression comportement à la Cité des sciences et de l’industrie de La Villette.

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