Identité nationale et droit des peuples à disposer d’eux-mêmes

Wagon de prisonniers à bord du transsibérien, 1897

Wagon de prisonniers à bord du transsibérien, 1897

Identité nationale et droit des peuples à disposer d’eux-mêmes : un rapprochement calembour, plus quelques éléments pour savoir de quoi on parle lorsqu’on prononce le mot « identité nationale ». Il est toujours utile de revenir aux sources : la définition des mots.

J’ai choisi le Larousse du XIXe, car on trouve tout dans ce Larousse.

Identité

du latin idem, caractère de ce qui est identique (qui est le même, qui ne fait qu’un, qui est compris sous une même idée). « L’identité du moi est un fait de conscience et de mémoire » (Géruzez).

En philosophie, système de l’identité, identité absolue, doctrine soutenue par Schelling, philosophe allemand et d’après laquelle le sujet et l’objet ont une seule et commune existence.

Juridique : fait qui consiste à ce qu’un individu, sur lequel il pouvait y avoir erreur est bien réellement une personne déterminée et connue. La première loi édictée en la matière est celle du 4 Frimaire, an VIII  « de la reconnaissance de l’identité des individus ».

Mathématique : égalité dont les deux membres sont identiquement les mêmes.

Philosophie encore : Tout change, tout se modifie sans cesse et ce qu’on pourrait appeler l’écoulement universel des choses, donne de fait à la distinction entre l’identité et la diversité un caractère fort précaire. Parmi les êtres vivants les caractères au moyen desquels on distingue un individu d’un autre individu constitue son identité. Mais cette identité, comme toute identité du reste est tout à fait relative. On sait que vivre c’est changer, on ne conçoit pas la vie sans changement. Or ce changement et le sens que l’on attache au mot identité, sont contradictoires, à moins que dans l’individu, on ne prétende uniquement considérer l’organisme qui, dit-on, est immuable tant que dure l’individu, tandis que les organes se renouvellent constamment. Selon ce principe, un poulain devenu cheval, tantôt gras et tantôt maigre, est toujours le même animal…

Locke estime que la conscience crée en nous l’identité personnelle, identité relative assurément.

Selon Fichte l’être et la pensée sont identiques; Hegel va plus loin : les choses existent indépendamment de l’esprit humain et l’homme disparaîtrait entièrement que les choses n’en continueraient pas moins d’exister. Mais exister, ce n’est pas être…Être, pour une chose quelconque, c’est exister conformément à une idée, à un type, à un modèle idéal qui seul motive, explique et justifie son existence.

D’autre part, l’identité du tout, l’unité foncière de l’univers reste, depuis Spinoza, la plus incontestable comme la première des vérités. Si tel n’était pas le cas, l’homme serait incapable de trouver des lois de la nature et de s’en servir…Tout être individuel porte en lui, fondus, combinés, harmonisés, le principe universel et le particulier; L’individuel, manifeste ainsi l’identité de l’universel et celle du particulier, négation et antithèse du premier.(Philosophie de l’identité)

National

qui concerne toute une nation, qui appartient à une nation.

Nation : réunion d’hommes habitant un même territoire et ayant une origine commune ou des intérêts depuis longtemps communs, des moeurs semblables et le plus souvent une langue identique.

Les moeurs d’une nation sont plus sacrées au peuple que ses lois (Duclos)

Les femmes ont contribué plus que les philosophes à réformer les nations. (Bernardin de St Pierre)

Une loi commune et une représentation commune, voilà ce qui fait une nation. (Sieyès)

Une nation, c’est une association de familles. (Michon)

L’état n’est autre chose que la nation organisée politiquement (Proudhon)

Une grande nation n’a que cette seule alternative : conquérir ou civiliser. (E. de Girardin)

Figuré : Classe d’individus unis par leurs opinions, leurs intérêts, ou leur profession.

Différence entre nation et peuple

Une nation est une collection d’hommes se distinguant de toutes les autres collections par une origine commune, par certaines qualités de caractère ou de la constitution physique, par la langue, par les traditions historiques.

Un peuple ne se distingue d’un autre peuple que par le pays qu’il occupe, par le gouvernement auquel il est soumis. Une nation peut former plusieurs peuples quand les révolutions politiques ont divisé ce qui était d’abord uni. Un peuple peut être formé de plusieurs nations quand la même cause réunit sous une seule autorité ce qui était d’abord divisé. Cependant le mot nation se prend quelquefois dans un sens qui le rapproche d’avantage du mot peuple; c’est qu’alors la nation est considérée par rapport à certaines qualités ou à certains défauts communs à la généralité des individus qui la composent, tandis que le mot peuple est toujours employé quand on le considère sous le rapport politique.. Chaque nation a ses coutumes et ses moeurs et chaque peuple a son gouvernement.

« Pour qu’une nation soit rassemblée en corps de peuple, qu’elle soit puissante, aguerrie, savante, il est certain qu’il faut un temps prodigieux. Voyez l’Amérique… ( Voltaire, essai sur le moeurs)

Définition du Petit Robert

de Nacion, vers 1270 : « naissance, race »

1 – groupes d’hommes auxquels on suppose une origine commune. Voir race.

2 – Groupe humain, généralement assez vaste qui se caractérise par la conscience de son unité et la volonté de vivre en commun. Voir peuple.

3 – Groupe humain constituant une communauté politique, établi sur un territoire défini ou un ensemble de territoires définis et personnifiée par une autorité souveraine. Voir État.

4 – Ensemble des individus qui composent ce groupe.

– Personne juridique composée par l’ensemble des individus composant l’État, mais distincte de ceux-ci et titulaire du droit subjectif de souveraineté.

« Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation » (Déclaration des droits de l’homme)

– La nation, la collectivité. Biens, moyens de production qui doivent revenir à la nation, être nationalisés.

Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes

C’est au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ce principe nouveau, que se font les premières réunions de territoires. Ainsi les Avignonnais déclarent-ils en 1791 que : « Le seul fondement légitime de toute acquisition et revendication de la souveraineté est le libre consentement du peuple » attesté par un plébiscite loyal.

« Partout où nous voyons des liens de contrainte entre des nations, nous défendons résolument et inconditionnellement, sans prôner le moins du monde la sécession obligatoire de chaque nation, le droit pour chacune d’elle de déterminer son destin politique, c’est-à-dire de se séparer » -Lénine, 1913-.

La contradiction entre ce principe et les annexions à venir est évidente. Elle renforce finalement le désir d’autodétermination qui se manifeste, y compris contre la France, dans nombre de territoires, au début du XIXe siècle. Traduite en allemand et en hongrois, la Marseillaise est retournée contre ses auteurs. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes va se confondre avec le mouvement des nationalités en lutte, à travers l’Europe, pour leur unité (l’Italie, l’Allemagne) ou leur indépendance (la Pologne, la Bulgarie, la Bohême, l’Irlande) sans qu’on se préoccupe désormais de plébiscite ! La guerre, la diplomatie, deviennent les vecteurs du « droit des peuples » lorsque celui-ci aboutit. Les nobles parfois, les bourgeoisies urbaines, conduisent ces luttes.

A la veille de la guerre, Lénine défend le principe de l’autodétermination nationale, non pas en soi, mais comme clé de la Révolution en Russie.

Napoléon III souhaite « fermer l’ère des révolutions en satisfaisant les besoins légitimes du peuple » -proclamation du 2 décembre 1851. Aussi défend-il, au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, l’existence des nationalités, pour une nouvelle carte de l’Europe, il souhaite le libre échange pour défendre le pouvoir d’achat des masses et en politique intérieure il veut asseoir son régime sur le suffrage universel, garant de la souveraineté nationale à laquelle aspirent tous les Français.

Le désastre de Sedan fera oublier qu’il a été l’artisan de l’unité italienne…et à se dépens, de l’unité allemande.

Conclusion

Je vous souhaite une bonne réflexion autour de ces définitions.

Le Larousse du XIXe, la vaste entreprise de Monsieur Larousse

Quatorze heures de travail quotidien pendant vingt ans, et ce n’est pas encore gagné. Les deux premières livraisons du grand dictionnaire universel français qui renferme tout ce qui a été dit, fait, écrit, imaginé, découvert, inventé, est une œuvre éminemment utile, destinée à satisfaire d’immenses besoins : elle s’adresse aux lecteurs de toutes les classes, quels que soient leur âge et leurs goûts, mais les envieux et les malveillants font courir le bruit que ce répertoire encyclopédique monumental, dans son universalité gigantesque, ne sera jamais achevé.

Eh bien ! Ils ont tort : bien que l’ouvrage ait été fait si volumineux qu’aucun lecteur ne peut être tenté de le prendre pour un livre de messe, bien que le calcul du prix de vente ait été fort sous-estimé, le 30 septembre 1876, les 15 tomes sont parus, mais son auteur, Pierre Larousse est déjà mort.

12 mars 1864 : première et seconde livraison.

20 décembre 1865 : préface de Pierre Larousse.

1866 : premier volume relié.

13 novembre 1869 : 4 tomes parus.

30 septembre 1876 : l5 tomes parus.

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