Emprunts et souscription au XIXe

Caricature de la souscription pour le monument Balzac

Caricature de la souscription pour le monument Balzac

La souscription

Souscrire, pour les œuvres de Grandville ou pour celles de Monsieur de Lamartine, pour la tombe de Flora Tristan ou pour celle de Madame Vatan, pour payer la rançon de la France, pour ouvrir le canal de Suez, créer l’Institut Pasteur, édifier le Sacré-Coeur de Montmartre ou élever une statue de la Vierge au Puy.

On souscrit, on souscrit.

L’appel « à la générosité de tous » est une tradition au XIXe siècle, lancée par tous, républicains et libéraux, suivis du clergé, de l’armée ou de l’Académie. Il est diffusé par prospectus, affiches, journaux. Il est entendu de tous, car tous souscrivent : instituteurs, postiers, patriotes, francs-maçons. Fiers de participer à une œuvre collective, fiers de le faire savoir, fiers de voir leur nom imprimé dans le journal, fiers enfin de voler au grand homme statufié une parcelle de l’hommage qui lui est destiné. Durant tout le siècle, la souscription est le mode de financement le plus répandu non seulement dans le domaine de la sculpture publique, mais aussi dans tous les grands projets collectifs. Il doit son succès au fait qu’il est bel et bien l’émanation directe de l’idéal démocratique qui répète inlassablement les mêmes mots : participation, égalité, fraternité, association.

Une souscription, interdite celle-là, ouverte par Delescluzes en 1868 dans son journal Le Réveil pour élever un monument à Baudin, l’homme du Trois décembre, permet à un jeune et brillant avocat, Gambetta, de tenir une péroraison restée célèbre, car, accusation implacable de l’Empire, elle marque la fin d’un état politique et le début d’une grande carrière.

Les emprunts

11 mars 1854, Lancement de l’emprunt public d’Etat pour financer la guerre de Crimée, une guerre impopulaire

Le Tsar veut régler la question d’Orient et prétend à la protection des églises chrétiennes de Palestine. La France considère que cette protection est son privilège et l’Angleterre s’intéresse à la Mer Noire.

Le gouvernement a quelque peine à entraîner le pays dans cette guerre lointaine qui se justifie peut-être par de hautes considérations d’équilibre européen, mais qui ne répond à aucun sentiment national. Aussi est-ce sans haine et sans passion que les soldats français vont se battre en Crimée. Le siège de Sébastopol dure 340 interminables jours ; il montre la supériorité technique des armées française et anglaise, mais il affaiblit les troupes françaises, profite à l’Angleterre. Toutefois, il rapporte à Napoléon III un beau prestige dont il ne saura tirer aucun parti.

Pour un Paris moderne

Chantier ouvert en 1864 pour le percement de l'avenue de l'Opéra à Paris. Giuseppe de Nittis. Musée Carnavalet à Paris

Chantier ouvert en 1864 pour le percement de l'avenue de l'Opéra à Paris. Giuseppe de Nittis. Musée Carnavalet à Paris

Durant son exil, Louis Napoléon Bonaparte rêve de « faire de Paris la plus belle capitale du monde ». De « mauvaise » préfecture en « mauvaise » préfecture, Haussmann, lui, prépare son plan pour se rapprocher de Paris.

De ce Paris moyenâgeux, sans eau courante, sans parcs et sans jardins, chaussé de mauvais pavés, sans trottoirs, aux égouts insuffisants, manquant de marchés couverts, de halles, de mairies, de fontaines et de cimetières, Haussmann veut faire une capitale moderne, prestigieuse, digne de l’ère industrielle et à l’abri de toute nouvelle révolution : il faut pouvoir faire manœuvrer les troupes.

« L’Empereur ne voulait pas d’impôts nouveaux qui rendissent ses projets impopulaires aux Parisiens ». Le nouveau préfet (son préfet depuis le 1er juillet 1853) est conscient » que cette considération était alors bien audacieuse, que la prospérité, résultant des grands travaux projetés, devait faire naître par elle-même des ressources suffisantes pour assurer l’amortissement des dépenses engagées. »

Haussmann emprunte et il exproprie, ainsi que le permet la loi de 1850. Quand on lui résiste, il passe outre ; il a le soutien de l’Empereur. Les ministres « avalent des crapauds », Haussmann fait son affaire des opérations financières de « sa préfecture »; la spéculation foncière va bon train.

Jules Ferry publie en 1868 un pamphlet sur Les Comptes fantastiques d’Haussmann, mais il est aujourd’hui oublié et l’œuvre d’Haussmann reste ; le Paris moderne date du Second Empire.

Le traité de Francfort, l’unité politique de l’Allemagne et l’emprunt national

L'emprunt national pour la libération du territoire en 1871

L'emprunt national pour la libération du territoire en 1871

Malgré les réticences de Gambetta et sans son accord, le 28 janvier 1871, Jules Favre signe l’armistice. Jules Favre et Bismarck conviennent qu’une assemblée élue se prononcera sur une continuation de la guerre ou sur les conditions de la paix. Aux élections de février, les conservateurs emportent la majorité (400 sièges sur 750).

Les préliminaires de paix sont acceptées par la nouvelle assemblée dès le 1er mars et la paix est signée le 10 mai à Francfort.

Les conditions sont très dures pour la France : elle cède à l’Allemagne l’Alsace mais pas Belfort, un cinquième du territoire de la Lorraine (Thionville et Metz).

Un article accorde aux originaires des pays cédés, le droit à l’option pour la nationalité française. Ce traité consacre aussi le succès de l’unité politique de l’Allemagne.

En outre la France doit payer une indemnité de guerre de 5 milliards de francs.

Persuadé de sa compétence universelle, doué d’une mémoire sans faille et d’une activité débordante malgré son âge, « Monsieur Thiers » assure la libération du territoire en payant ces 5 milliards en un temps record, grâce à deux emprunts qui ont offert à la spéculation, selon le Crédit Lyonnais lui-même, des « facilités excessives ».

La spirale de l’échec

Depuis dix ans, le Crédit Mobilier multiplie les créations qui représentent 145 millions de dépôts immobilisés en regard de 38 millions d’actif réalisable. Une telle politique condamne au succès perpétuel, ce qui n’est pas réaliste.

1865 : la spéculation sur le chemin de fer fléchit,

1866 : guerres, épidémies et troubles ne favorisent pas la finance, Aussi, dès février de cette année, les frère Pereire pratiquent-ils la fuite en avant, doublant leur capital social ; le processus irréversible de la chute est amorcé.

L’annonce de la cession de la Vénétie à la France provoque une hausse du Crédit Mobilier dans une bourse en chute libre, mais le répit est court. Au début de l’année, il est décidé de ne pas distribuer de dividende au vu des résultats ; la baisse continue. Les embarras de la filiale, Compagnie Immobilière, qui ne peut rembourser, n’arrangent rien.

En septembre, la Banque de France est obligée d’intervenir et en octobre, à la suite de la démission d’Isaac Pereire, le mot de « faillite » est prononcé. Les porteurs de titres attendent des éclaircissements. Les Pereire seront condamnés le 4 mai 1868. Moralité : on ne peut pas impunément user et abuser du principe d’association, ni tromper les actionnaires en travestissant la vérité.

L’abominable vénalité de la presse française

Le 3 février 1918, le gouvernement bolchevik répudie par décret les dettes des gouvernements précédents. 10 milliards de francs placés entre 1888 et 1914 par les épargnants français (les banques en ont gardé très peu) : tel est le montant de la perte globale pour la France.

Le premier emprunt, en 1888, s’était réalisé dans l’euphorie : on se rapprochait des Russes qui s’éloignaient des Allemands ; échaudé par les déboires des emprunts intérieurs, on plaçait à l’extérieur.

Et on renouvellera l’opération presque chaque année dans l’ignorance la plus absolue des problèmes politiques et économiques de l’Empire de Russie : les journaux français ont reçu des fortes sommes pour se taire.

15 emprunts de 1888 à 1914, 24 séries d’obligations de 3 à 4,5%, soit une moyenne de 480 millions par an !

Trois figures emblématiques

Les frères Pereire

la famille Pereire vers 1875

la famille Pereire vers 1875

Pereire Jacob Emile, homme d’affaires français, 1800 (Bordeaux) – 1875 (Paris)

Pereire Isaac, homme d’affaires français, 1806 (Bordeaux) – 1880 (Armainvilliers)

« A Emile Pereire, créateur et directeur du chemin de fer de Paris à Saint-Germain, à Isaac Pereire, digne collaborateur de son frère, les actionnaires, pour perpétuer le souvenir de leurs sentiments de gratitude et de haute estime. » – 11 avril 1853 –

Cette médaille offerte aux frères Pereire par les actionnaires du chemin de fer de Paris à Saint Germain, les frères Pereire la méritent.

Ils ont vaincu les résistances des financiers, puis les difficultés de la souscription, en menant une campagne de presse acharnée dans Le National, Le Constitutionnel, Le Journal du Commerce.

Après le succès de cette première ligne, les Chambres commencent à comprendre l’intérêt du nouveau moyen de locomotion et à voter les lois propres à son développement. Les frères Pereire font alors appel aux capitaux étrangers.

Grâce à la bonne conjoncture économique des années 1850, l’essor se produit sous l’Empire. Napoléon III souhaite que « chaque inauguration de ligne nouvelle soit une fête nationale ». Peu à peu, la France se couvre de voies ferrées.

Tentés également par d’autres développements industriels, les frères Pereire fondent « leur » banque : Le Crédit mobilier, pour répondre aux besoins des entreprises naissantes. Les emprunts lancés par cette nouvelle banque permettent à l’Empereur d’échapper à l’emprise de la banque Rothschild notamment pour négocier le lancement d’emprunts d’Etat.

Le Crédit mobilier est en fait la première banque d’affaires en France. Mais les frères Pereire suscitent de grandes jalousies. Au premier incident, à la suite d’une spéculation sur les chemins de fer et de tensions internationales, la bourse s’effondre ; le portefeuille titres du Crédit mobilier est fortement déprécié. La trésorerie ne peut faire face aux retraits : c’est la liquidation. Les frères Pereire, malgré leur échec, auront montré plus de dynamisme et d’imagination, lançant de nombreuses compagnies industrielles, que beaucoup de leurs confrères.

Émile Pereire

1822 : il arrive à Paris et devient courtier de change – Il collabore au Globe et au National

1835 : il participe à la construction du chemin de fer Paris – Saint-Germain

1852 : il fonde avec son frère Isaac Le Crédit mobilier – Il contrôle la Compagnie générale transatlantique

1866 : chute du Crédit mobilier

1863-69 : député

Haussmann Georges Eugène, baron, administrateur et homme politique français

la baron Haussmann

la baron Haussmann

1809 (Paris) – 1891 (Paris)

Les idées audacieuses de Haussmann en matière administrative plaisent à l’Empereur en visite à la préfecture de la Gironde.

Bientôt nommé préfet de la Seine, en 1853 (son nom reste lié aux transformations de Paris, il en fait en seize ans une ville moderne, levant tous les obstacles, malgré les plaintes et les récriminations.

Fondée sur une analyse historique prenant en compte les courants commerciaux, les nouveaux moyens de communication, les problèmes et les nécessités de la circulation, l’œuvre d’Haussmann se place aussi dans la prospective : interconnections et hiérarchisation des réseaux, utilisation des espaces vides, création d’espaces verts pour aérer la ville, de places pour favoriser les échanges de la circulation, construction d’habitations pour loger trois millions de Parisiens à la fin du siècle.

Les travaux sont financés par la ville, grâce à des subventions de l’Etat, le lancement d’emprunts et la vente de terrains. L’utilisation de la nouvelle procédure d’expropriation favorise la spéculation, on reproche surtout à Haussmann sa gestion peu scrupuleuse des deniers de la ville, mais aussi son non respect des quartiers historiques.

Enfin, ses nouveaux quartiers poussent les petits gens aux confins de la ville provoquant une ségrégation sociale mal acceptée.

Démis par Emile Ollivier en 1869, Haussmann rédigera ses mémoires tout en poursuivant une carrière politique (député bonapartiste de la Corse entre 1877 et 1881). Ses conceptions en matière d’urbanisme, l’obsession de la ligne droite et de la perspective, ont beaucoup influencé les réalisations urbaines en province et à l’étranger (Anvers, Bruxelles, Dresde, Rome, Vienne, Chicago).

Nouveaux édifices : Opéra, Bibliothèque Nationale, Préfecture de Police, Hôtel de Ville, Hôpitaux Sainte Anne, Lariboisière.

Nouveaux ponts : Alma, Solferino.

Nouveaux parcs : Luxembourg, Monceau, Montsouris, Buttes Chaumont, Bois de Boulogne et Vincennes. Nouvelles Halles Centrales.

831 : début de la carrière préfectorale

1848 : ralliement à Louis Napoléon Bonaparte

1851 : préfet de la Gironde

1853-69 : préfet de la Seine

(Extrait du CD-Rom 1848-1914, Toute une Histoire!)

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