Dans les larmes du pavot, la molécule de Morphée

pavot © Secrets de plantes

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Le pavot, ou pavot somnifère, Papaver somniferum L., de la famille des Papaveraceae, est l’une des plus anciennes plantes médicinales. C’est une grande plante annuelle pouvant atteindre 120 cm et portant de jolies fleurs couleur lilas. On le trouve à l’état naturel dans les champs et les terrains retournés. Il est présent en Asie occidentale et dans le sud-est de l’Europe.
Dans les larmes du pavot, la molécule de Morphée.

Les démons et merveilles du pavot semblent être connus depuis des millénaires. La tablette sumérienne de Nippur, gravée près de 6000 ans av. J.-C., mentionne déjà ses propriétés médicinales, de même que le fameux papyrus d’Ebers rédigé 1 600 ans av. J.-C. La culture du pavot et la production d’opium se répandent en Perse, en Inde puis en Chine. De leur voyage en Orient, les Croisés rapportèrent le pavot en Europe médiévale.

champ de pavots © Secrets de plantes

champ de pavots © Secrets de plantes

Les tiges rigides de cette grande plante annuelle mesurent jusqu’à 1m de hauteur et sont couvertes de feuilles grossièrement dentelées, glauques, cireuses et embrassantes (sessiles). Durant la période comprise entre juin et août, le pavot somnifère s’orne de jolies fleurs couleur lilas souligné de rouge à la base des pétales. Le fruit est une grosse capsule dans laquelle mûrissent un très grand nombre de graines huileuses.

Usages

Le pavot est connu depuis des temps immémoriaux. Dans les civilisations anciennes, on utilisait ses graines pour obtenir de l’huile ou pour confectionner des gâteaux. Les Grecs le cultivaient en grande quantité et en obtenaient ce que Théophraste appelait le mêkonion qui, mélangé au haschich, était considéré comme un remède souverain à tous les maux.
C’est une plante toxique qui renferme de nombreux alcaloïdes, essentiellement de la morphine et de la narcotine. Seul le latex, contenu dans les fruits, est nocif : les feuilles et les graines sont sans danger. On récolte ce latex en pratiquant des incisions sur le fruit vert, puis on le sèche au soleil pour obtenir une gomme brunâtre : l’opium. L’action de l’opium est principalement analgésique, en raison de la morphine qu’il contient. A faible dose, il entraîne une légère euphorie suivie d’une somnolence ; mais en quantité plus importante il provoque un profond sommeil, laissant de forts maux de tête au réveil. L’opium est aujourd’hui considéré comme une drogue dure qui entraîne un état de dépendance.
On utilise aussi les fruits séchés du pavot pour leur action légèrement sédative et narcotique. On les emploie encore sous forme de décoction en Asie et en Afrique du Nord comme calmant des douleurs intestinales, des vomissements et des diarrhées. En application externe (gargarismes, cataplasmes et bains), ils sont également préconisés pour leurs vertus calmantes. Les feuilles, quant à elles, entrent dans la composition de  » l’onguent populeum  » et du  » baume tranquille « .
Les graines ne sont pas toxiques et renferment 50% d’huile (Ol. Papaveris) utilisée en cuisine et en peinture. Cette huile est appelée  » huile d’œillette  » et peut remplacer avantageusement les huiles d’olives, de noix ou d’amandes douces. Les graines peuvent aussi êtres utilisées, mélangées au sel, comme condiment. En émulsion, elles semblent êtres un bon remède contre la constipation.

Dans l’Antiquité, les Grecs préparent déjà des infusions à partir des feuilles, des capsules et de leur suc. Ce suc est un latex laiteux extrait par incision des capsules de pavot; séché et oxydé à l’air il donne l’opium, sans doute le suc célébré par Homère.
Au IIe siècle av. J.-C., le médecin romain Galien prescrit des infusions de pavot, des pastilles et des suppositoires d’opium, pour calmer les douleurs “et endormir les sens”.
Les utilisations très libres de l’opium en poudre, en gouttes, en teinture alcoolique (laudanum) ne furent pas sans danger : l’opium apaise les grandes douleurs, apporte euphorie et sommeil aux âmes en peine, mais utilisé à long terme ou à forte dose, il est un redoutable poison pour l’organisme. Son usage répété engendre une dépendance psychique et physique appelée toxicomanie.
Que contiennent donc les “larmes du pavot” extraites de ses capsules, à la fois médicament précieux et poison sournois ? En 1817, le chimiste allemand F. Sertürner isole et  caractérise un des alcaloïdes majeurs responsables des propriétés de l’opium : la morphine, baptisée ainsi en mémoire de Morphée, dieu grec des Songes, fils du Sommeil et de la Nuit.
Actuellement, la morphine est essentiellement issue de la culture traditionnelle du pavot à opium (Papaver somniferum album). La production d’opium est strictement règlementée par la législation internationale sur les stupéfiants. La consommation mondiale licite de morphine à des fins thérapeutiques est de l’ordre de 200 tonnes par an.
Dans les années 1970 on découvre dans le cerveau des “récepteurs opioïdes” et des “substances opioïdes endogènes” c’est-à-dire des molécules, analogues à la morphine, sécrétées par notre propre organisme, mais en très faibles quantités. Elles portent les noms d’enképhalines et d’endorphines et agissent comme la morphine.

Folklore

Le pavot est mentionné pour la première fois en 3000 avant J.C. sur la tablette sumérienne de Nippur où il est représenté par deux caractères signifiant  » plante  » et  » joie « . On en trouve trace également dans l’Egypte ancienne : sur un papyrus écrit sous le règne d’Aménophis 1er (1500 avant J.C.) et sur un autre papyrus datant de Ramsès II où il et présenté comme une plante qui  » empêche les enfants de crier trop fort « .
On en trouve de curieuses représentation en Crète, sur des statuettes ayant pour couronne un pavot.
Il a ensuite été cité durant l’Antiquité par Hippocrate, Théophraste, Dioscoride et Pline. Certains ont affirmé que la ciguë de Socrate avait été additionnée d’opium pour adoucir son supplice. Le pavot entrait dans la composition de la fameuse panacée de Galien : la thériaque. L’empereur Marc-Aurèle, qui était migraineux, en prenait tous les jours un morceau  » gros comme une fève d’Égypte « . La thériaque a ensuite été longtemps utilisée : elle n’a disparu de la pharmacopée française qu’en 1908 !
Le pavot était aussi très présent dans la mythologie, comme symbole de l’oubli et du sommeil : Homère le mentionne dans l’Odyssée sous le nom de « népenthes »; les Grecs représentaient les dieux de la Mort (Thanatos), de la Nuit (Nyx) et du Sommeil (Hypnos) couronnés de pavot ; Morphée (fils d’Hypnos) apportait chaque soir rêves et sommeil en secouant ses pavots sur les mortels.
Au XIIIe siècle, Albert le Grand affirmait qu’il fallait badigeonner les maisons d’un mélange de chaux et de jus de pavot pour éloigner les mouches. Plus tard, pour soigner ses ulcères, Richelieu consommait de l’opium (plus qu’il n’en fallait, disaient ses détracteurs).
Bien que l’opium ait été employé durant des siècles dans la médecine traditionnelle chinoise, ce n’est qu’au XVIIe qu’on a commencé à le fumer. Cette habitude a déclenché une terrible vague de toxicomanie que les autorités chinoises ont tenté à l’époque d’arrêter en empêchant l’importation de la drogue, mais en vain : les anglais, qui détenaient le marché, ont déclenché les « guerres de l’opium » (1843, 1856 et 1860) pour obliger la Chine à rouvrir ses frontières.
Comme toutes les plantes hallucinogènes, le pavot était une herbe sacrée dans la culture traditionnelle européenne. On lui prêtait de nombreuses propriétés magiques : on disait qu’il ne fallait pas le toucher de peur d’être atteint d’énurésie; on pensait que celui qui regardait fixement sa fleur aurait les yeux rouges ou deviendrait aveugle. Il servait aussi d’oracle, notamment en Roumanie où le rituel voulait que l’on écrive sa question sur morceau de papier que l’on roulait dans une fleur de pavot : en plaçant le tout sous son oreiller on avait la réponse en rêve.

Son fruit, une capsule emplie de nombreuses graines, était symbole de fertilité et entrait à ce titre dans la composition de certains philtres aphrodisiaques.
Dans le langage des fleurs, le pavot est synonyme d’oubli, de repos et de rêve.

Recettes

Porte encens

Versez des graines de pavot bleu dans une coupe de grès de même tonalité.
Vous n’aurez plus qu’à y piquer vos bâtons d’encens.

Garniture de graines de pavot

Ingrédients
250g de graines de pavot
25 cl de lait
125g de sucre
1 noix de beurre
1 cuillère de sucre vanillé
1/2 cuillerée à café de cannelle en poudre
1 citron
rhum

Au fond d’une casserole, délayez dans le lait, les graines de pavot et faites cuire à petit feu sans cesser de remuer. Incorporez le sucre en poudre, le beurre, le sucre vanillé, la cannelle et autant de zeste de citron râpé. Laissez frémir encore 5 minutes sans cesser de remuer.
Si besoin est, faites réduire à feu vif à la consistance d’une purée épaisse. Vous pouvez ajouter 1 cuillerée à soupe de rhum.
Cette garniture peut être utilisée pour une pâte levée.

Cultiver le pavot

Sol assez sec ou bien drainé, en plein soleil.
Multiplication par semis en place tôt au printemps.
Se ressème bien, naturellement.

2 comments for “Dans les larmes du pavot, la molécule de Morphée

  1. 15 juillet 2011 at 15:57

    Népenthès vient du grec νηπενθής, ές (nêpenthès): san chagrin. Homère désigne bien le pavot par la « pharmacon Népenthès », breuvage magique à base de pavot qui, mélangé au vin, chassait la mélancolie.

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