Suivez mon regard!

comment on regarde un visage

comment on regarde un visage

L’eye traker est un dispositif permettant de suivre et d’enregistrer de façon très précise les mouvements oculaires grâce à une caméra infra-rouge filmant en permanence l’oeil du sujet analysant ainsi la direction du regard et la taille de la pupille. Les possibilités de déplacements libres de l’oeil dépendent de la précision que l’on souhaite obtenir.

En demandant au sujet de focaliser totalement son attention sur l’image qu’on lui présente, dans un environnement neutre, on peut étudier:

– l’influence d’un projet sur les mouvements oculaires,

– l’influence des représentations mentales de chacun: apprentissage, culture, niveau de connaissance ou de spécialisation sur l’image présentée,

– influence de la structure de l’image et des conditions physiques représentées: symétrie, éclairement, flou, etc.

– influence de l’état psychique du visiteur: stress, problèmes de latéralité, drogue, etc.

Découverte des mouvements de l’oeil

C’est parce que quelque chose des objets extérieurs pénètre en nous que nous voyons les formes et que nous pensons. (Épicure, lettre à Hérodote)

Notre oeil est en mouvement perpétuel, même lorsque nous ne nous en rendons pas compte. L’exploration visuelle est liée à la scène regardée, elle varie d’un individu à l’autre et dépend de la « mise en scène », de l’objectif poursuivi et de la rapidité d’exploration imposée.

La poursuite oculaire d’un objet n’est pas volontaire: on ne peut pas suivre une ligne immobile dans s’arrêter en certains de ses points.  La saccade oculaire est volontaire, elle est la règle générale. Lorsque rien ne bouge dans la scène que l’on observe, les yeux choisissent ce qu’ils veulent observer précisément dans l’image et se déplacent par saccades d’un point à un autre. Pour observer une image dont les détails sont mal définis, les yeux sont obligés de bouger plus rapidement. En déplaçant très vite le point de vision centrale, le regard tente de recueillir les informations refusées à la vision périphérique par la mauvaise qualité de l’image.

Lorsqu’on pense à quelque chose d’affectif (un bon souvenir par exemple), les yeux ont tendance à s’orienter vers la gauche. Lorsqu’on poursuit un raisonnement ou une déduction, ils s’oriente plutôt vers la droite. Ce comportement est lié à la différence de nature entre hémisphère droit et gauche du cerveau.

Dans la lecture, le mouvement des yeux est critique par rapport à l’identification, c’est à dire que le regard saute de points en points plus ou moins espacés suivant la rapidité de lecture, il recule très souvent et bien sûr les mouvements ne sont pas les mêmes pour lire du chinois ou de l’arabe.

Dans la reconnaissance d’images, le regard s’accroche plus volontiers aux zones de contrastes et au zones sémantiquement fortes.

Une objet suivant exactement le mouvement de l’oeil devient théoriquement invisible. Par exemple si une personne utilisant l’eye tracker regarde une image à laquelle on superpose un spot qui suit les mouvements de ses yeux, une personne à côté d’elle ne verra que le spot qui se déplace sur l’image alors que celle qui utilise l’eye traker ne voit que l’image qu’elle explore et pas le spot.

Devant un film, l’histoire racontée influe sur notre mode d’exploration des images forcément incomplète donc sélective. La prévention routière en avait tiré parti pour analyser ce que regarde un conducteur dans différentes situations (danger, stress, passages piétons, feux, autoroute, route de montagne, vitesses différentes, etc.).

Un synthétiseur d’images économique

La vision périphérique nécessite une image beaucoup moins précise que la vision centrale, elle nous sert à détecter un élément intéressant qu’une saccade de l’oeil amène alors dans son champ central. Dans une image de synthèse, on peut imaginer que celle ci n’est calculée en détail que dans la zone située dans le champ central de l’observateur. Si une seconde personne regarde la même animation que celle qui est calculée en fonction du regard de celui qui utilise l’eye traker, il voit une image totalement imprécise hormis une zone qui se déplace en permanence selon les mouvements oculaires de l’utilisateur de l’eye traker.

Des jeux avec un eye traker

Dessiner avec les yeux: le mouvement oculaire laisse une trace à l’écran.

Pousser un objet avec les yeux : par exemple pousser une bille dans un trou: dès qu’elle est atteinte par le regard, la bille saute dans la direction inverse de celle du mouvement de l’oeil.

Aider quelqu’un à sortir d’un labyrinthe ou à piloter une voiture en la conduisant avec les yeux: dès que l’oeil s’écarte de la voiture, elle va dans le fossé.

Les facteurs qui influent sur le trajet oculaire

L’intention que l’on met lorsqu’on regarde une scène influe sur le trajet oculaire. L’articulation de la pensée dirige le regard.

Exemples : si l’on doit chercher quelqu’un de connu sur une photo, on ne l’explore pas de la même manière que si l’on n’est pas prévenu. Si on doit lire pour chercher les fautes d’orthographes, pour compter le nombre de « z » dans un texte ou pour en trouver le sens, les yeux ne parcourent pas les pages de la même façon. Même chose pour trouver les caractéristiques communes à plusieurs figures géométriques.

Le niveau de connaissance

Exemples : un radiologue ne regarde pas une radio comme un patient, un entraîneur sportif ne regarde pas les même détails sur la vidéo d’un match qu’un spectateur non connaisseur. Celui qui ne sait pas lire ne déplace pas ses yeux sur un texte comme celui qui apprend à lire ou comme celui qui a une lecture rapide. Le peintre ne regarde pas un tableau comme le néophyte et un amateur d’art ayant à décider entre trois portraits de la Joconde, lequel est le véritable, multipliera les saccades.

La culture et la sensibilité : la sémantique du regard

Quand on regarde quelqu’un, le regard saute d’un détail à l’autre et les yeux s’accrochent surtout sur les zones révélatrices de l’expression: les yeux et la bouche surtout. Les mouvements du regard d’une personne sur une personne de même sexe ou de sexe opposé sont très différents et dépendent du degré de nudité, de l’environnement sonore, ils cherchent l’émotion et cherchent à déterminer si l’autre est « sympathique » ou non. Chaque individu possède un pattern du regard, plus ou moins stable d’une rencontre à l’autre. Il est influencé par le partenaire, le type de relation, l’opinion sur l’autre et l’opinion sur soi prêtée à l’autre.

Exemples : Casanova et utilisation du regard par les femmes de la cour à Madrid au XVIIIe, la morale de l’époque interdisant tout autre forme d’échange; Stendhal, précurseur de l’étude de la communication non verbale. A Bali, le comportement de cour passait par les échanges de regards.

Le regard dans l’interaction : les yeux trahissent

Le regard réciproque qui permet le contact visuel est un signal non verbal au même titre que l’expression faciale, la posture, la proximité et la tonalité vocale. Capter le regard de quelqu’un est le début de l’interaction.

Pendant une conversation, les interlocuteurs maintiennent difficilement un contact visuel, ils ont plutôt tendance à l’éviter: en moyenne, ils ne se regardent que pendant 60% de la durée de l’interaction. On maintient de façon plus ou moins continue son regard sur son partenaire lorsqu’on écoute, alors que lorsqu’on parle, on ne jette que de brefs coups d’oeil qui occupent moins de la moitié du temps de parole et qui provoquent chez celui qui écoute des hochements de tête régulateurs, facilitant ou inhibant (s’ils sont absents) le discours de l’émetteur.

La durée moyenne du regard est de 3 secondes, la longueur moyenne du regard réciproque qui n’occupe qu’un tiers du temps, est de 1,2 secondes. Les femmes regardent davantage, en particulier lorsqu’elles parlent à d’autres femmes.

« Regarder quelqu’un dans les yeux » est une expression impropre. Même un regard que l’on dit fixe est une série de balayages répétitifs rapides où l’on regarde les yeux mais aussi la bouche, le nez, le menton, etc.

Situations critiques pour le regard

Excitation sexuelle : les pupilles sont dilatées. les hommes préfèrent les photos retouchées de visages de femme dont on a agrandi le diamètre pupillaire.

Antipathie et hostilité: soit on « jette » un regard de haine, soit on détourne le regard, sorte « d’inattention courtoise » pour ne pas manifester ouvertement son hostilité.

Dominant, dominé/ connu, inconnu: Il est difficile de prouver qu’il existe un code implicite qui interdit à l’oeil de fixer un inconnu plus de 2 secondes de suite, pourtant le regard d’un inconnu sur soi est ressenti comme une agression et il joue un rôle décisif dans le déclenchement des bagarres.

Honte/embarras : fait baisser les yeux. C’est le comportement de l’autruche, si on ne vois pas quelqu’un on pense que l’on n’est pas vu.

Le mauvais oeil et sa signification magique, les sorcières qui émettent des rayons avec les yeux, la signification magique du fait de na pas regarder quelqu’un: les Mende de Sierra Leone croient que la mort s’incarne en être humain et ne regarde jamais l’autre en face pour ne pas être reconnue. Ils se méfient donc de ceux qui détournent le regard au cours des conversations.

Combien de temps et comment regarde-t-on?

Plus une personne regarde l’autre, plus cette dernière a le sentiment d’être appréciée. On préfère de longs regards aux regards fréquents mais brefs. Mais un regard trop continu est indiscret ou gênant.

Les regards accentués sont censés émaner de personnes plus sincères et crédibles. On regarde moins lorsqu’on ment ou lorsqu’il s’agit de questions trop personnelles.

Ce ne sont pas les yeux exophtalmiques qui engendrent la peur chez l’homme, mais plutôt les borgnes, les paupières tombantes, deux yeux de couleurs différentes ou atteints de strabisme convergent.

Détournement du regard

La plupart des gens détournent le regard lorsqu’on leur pose une question.

On détourne le regard au début de l’énoncé verbal pour revenir sur l’interlocuteur à la fin de l’énoncé, comme pour lui passer la parole. Le détournement du regard est souvent associé à l’hésitation verbale ce qui explique le détournement au moment de la prise de parole, liée à l’hésitation dans la planification du discours.

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