Vicissitudes du pouvoir en France entre 1848 et 1914

Fuite de Louis-Philippe

Fuite de Louis-Philippe

De la chute définitive de la royauté à la vraie fin du XIXe : la guerre de 14-18

Le roi de France en fuite

24 février 1848, midi. Monsieur de Girardin entre chez le roi : « Sire, les minutes sont des heures, vous perdez un temps précieux ; dans une heure, il n’y aura plus en France, ni roi, ni royauté. »

Louis-Philippe : « Que faire ? »

Girardin : « Abdiquer ! »

Midi et demi. Louis-Philippe signe son acte d’abdication, s’habille en bourgeois et prend la fuite.

Trois jours plus tôt, l’un des fils du roi avait clamé :

« Nous ne ferons pas comme la branche aînée ; nous nous ferons tuer jusqu’au dernier plutôt que d’abandonner la partie. »

Une heure. Les murs de Paris se couvrent de proclamations :

« Citoyens de Paris, le roi abdique ! Amnistie générale, dissolution de la Chambre, appel au pays. »

C’est la fin de la monarchie en France.

Première élection présidentielle au suffrage universel

Pour cette « grande première », les candidats sont :

– le prince Louis Napoléon Bonaparte: « c’est un crétin qu’on mènera » dit Thiers;

– le général Cavaignac, « homme d’ordre, rempart contre la monarchie mais aussi contre le communisme »; le vainqueur des Parisiens est le grand vaincu de ces élections ;

– l’avocat Ledru-Rollin : en tant que Ministre de l’Intérieur du gouvernement provisoire, il a eu pour mission d’organiser la proclamation du suffrage universel, ce n’est pas cela qui lui fait gagner des voix aux élections présidentielles;

– Raspail, le « médecin des pauvres »;

– Lamartine: sa lyre cette fois n’a pas su charmer les foules. Le ridicule brise sa carrière.

Les résultats donnent une majorité écrasante à Louis Napoléon Bonaparte. Triomphe de la popularité liée au nom de Bonaparte, mais aussi résultat de l’analphabétisme politique des masses que dénoncera bientôt Karl Marx.

La première République n’a pas voulu avoir de président. La deuxième fait le sien trop puissant. A peine président et avec un tel patronyme, il est déjà empereur.

Votants : 7 449 471, suffrages exprimés : 7 426 252, Louis Napoléon Bonaparte 5 534 520 voix, Cavaignac 1 448 302, Ledru-Rollin 371 431, Raspail 36 364, Lamartine 17 914, divers 27 121.

Le coup d’état du 2 décembre 1851

2 décembre, une date sacrée!

« Ah ! qu’ c’est embêtant, l’rang suprême

C’en est fait, je n’veux plus gouverner

Et j’suis déjà tout prêt à m’détrôner moi-même

Puisqu’enfin je n’vois plus personne pour me détrôner. »

Le peuple, aveugle, ne voit pas qu’on se prépare à le détrôner. Dans un inquiétant discours prononcé à Dijon, Louis Napoléon Bonaparte oppose le bien public qu’il veut faire, au refus de l’Assemblée nationale de modifier la constitution pour rendre le président de la République rééligible !

Dès lors, tout laisse présager le coup d’Etat. Louis Napoléon Bonaparte choisit son jour, le 2 décembre, anniversaire de la victoire d’Austerlitz et du sacre de Napoléon Ier.

Dans Paris, 30 000 hommes sont mis en place pour se prémunir contre les résistances possibles et se rendre maître de l’opinion : en occupant l’Imprimerie nationale, en organisant une immense campagne d’affichage, en muselant les adversaires probables : arrêté Thiers, arrêté Lamoricière, arrêtés Cavaignac et Changarnier, et Perdiguier, et Martin Nadaud…et bien d’autres.

« Vous avez muselé les « rouges » et je n’y suis pour rien. C’est merveilleux ». – Falloux –

La répression du 4 septembre

« Pendant quatre jours, Paris, la France, la République, la liberté, la loi, le droit, expirants, se sont débattus, ont lutté et râlé sous l’étreinte de fer du coup d’Etat ». « Heure par heure, minute par minute », Victor Hugo, dans les premiers mois de son exil qui va durer dix-neuf ans, raconte « les pulsations de cette suprême agonie ».

Dès l’annonce du coup d’état, deux cent cinquante parlementaires se réunissent à la mairie du Xe pour proclamer la « déchéance » du président de la République Louis Napoléon Bonaparte. Ils sont aussitôt arrêtés ou dispersés.

Le 3 décembre, les députés républicains tentent de soulever les arrondissements de l’est de Paris. Le peuple de Paris, meurtri par la répression de juin 1848, ne réagit pas : une seule barricade s’élève ; Baudin est tué, « pour vingt quatre francs par mois ».

Dans l’après-midi du 4 décembre, la troupe disperse tous les rassemblements sur les boulevards : dix-neuf minutes de massacre, 200 à 300 victimes. Le Paris bourgeois est ensanglanté. Paris se soumet, la province résiste sporadiquement, quelques désordres apparaissent comme le spectre de l’anarchie. 26 000 opposants arrêtés, 1 000 transportés en Algérie. Et les 20 et 21 décembre, « la France effrayée se donnait à Louis Napoléon ».

Le programme de Belleville – 1869

Questions pour un programme : La candidature doit être offerte au candidat par les électeurs, le programme doit venir du peuple. Aux élections législatives de 1869, Gambetta accepte d’être candidat dans la 1re circonscription de Paris à condition que les comités de quartier rassemblent assez de signatures sur son nom.

Son programme sera celui de ses électeurs, ils rédigent des cahiers à l’intention du candidat : il en sort le programme de Belleville. Gambetta ne propose pas un programme, il répond aux questions qui lui sont posées par ses électeurs ; par cette mise en scène très rituelle, Gambetta veut signifier que la souveraineté du peuple, confisquée par l’Empire, est de retour. Il sait aussi être pragmatique ; il se présente en même temps dans la circonscription de Marseille et fait campagne pour « l’alliance entre la République et les affaires ».

A Paris, il plaît au prolétariat, à Marseille, il flatte les négociants marseillais. « On ne peut gouverner la France sans les classes moyennes, on ne peut la diriger et la maintenir sans une généreuse alliance avec le prolétariat » – Gambetta –

Homme de synthèse, il sera élu dans les 2 circonscriptions.

4 septembre 1871: la République est proclamée !

« Français, le peuple a devancé la Chambre qui hésitait pour sauver la patrie en danger : il a demandé la République. Il a mis ses représentants non au pouvoir, mais au péril. La République est proclamée. La Révolution est faite au nom du droit, du salut public.

Citoyens, veillez sur la cité qui vous est confiée, demain vous serez, avec l’armée, les sauveurs de la patrie ! « .

Tout s’est joué le 4 septembre, après l’annonce de la défaite de l’armée à Sedan et de la captivité de l’Empereur. Le Corps législatif siège sans interruption. C’est la foule qui a imposé la proclamation de la déchéance de l’Empire par Gambetta et c’est Gambetta et Jules Favre qui, respectant la tradition révolutionnaire, ont appelé à proclamer la République à l’Hôtel de Ville.

A dix heures du soir, le 4 septembre, le gouvernement de la Défense nationale, constitué à l’Hôtel de Ville et accepté, bon gré, mal gré, mais sans vote, par le Corps législatif, dont Thiers a présidé la dernière séance, se réunit pour la première fois.

Il va du général Trochu, son président, à Gambetta. Thiers a refusé d’y entrer. Il n’a pas été fait appel aux Internationaux, aux amis de Blanqui, aux hommes des clubs, sauf Rochefort. Le Paris populaire et révolutionnaire est mécontent.

Le gouvernement doit faire face à l’invasion ! Malgré Gambetta, il décide d’ajourner les élections de la Commune de Paris et de la Constituante. Il s’enferme dans Paris, quitte le 7 octobre à envoyer Gambetta à Tours. Sa légitimité reste bien fragile. Tout est incertitude.

Le siège de Paris par les Allemands commence le 19 septembre.

« Citoyens, la patrie est en danger ! Serrez-vous autour de cette municipalité parisienne ».(5 septembre 1870)

Entre le 15 et le 19 septembre : l’ennemi est dans Paris, il arrive de tous les côtés à la fois, après avoir coupé les lignes de chemin de fer et le télégraphe. Mais 22 mille bretons-binious entrent dans Paris.

18 septembre : c’est encore la vie à Paris ; aux alentours, le désert. Tout le monde est venu se réfugier derrière les fortifications avec armes, bagages et vivres.

20 septembre : la Cour martiale est instituée pour juger les lâches et les déserteurs. « Restons donc unis, serrés les uns contre les autres. » -Gambetta-

Jules Favre au retour de son entretien avec Bismarck :

« Ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses. »

23 septembre : arrêté rétablissant Liberté-Egalité-Fraternité sur les édifices publics.

26 septembre : service régulier d’aérostats.

29 septembre : réquisition de tous les blés et farines.

6 octobre : L’Armand Barbès s’envole avec Gambetta qui part pour Tours réorganiser une nouvelle armée pour débloquer Paris, pendant que Thiers essaye de faire un tour diplomatique de l’Europe (il échouera).

8 octobre : 300 ou 400 personnes crient « Vive la Commune ». Le peuple « Vive la République ! Vive le gouvernement, pas de Commune ! »

13 au 31 octobre : tentatives de sorties pas très brillantes.

31 octobre : Flourens proclame la Commune à l’Hôtel de ville, il est arrêté.

15 novembre : la queue aux magasins – 1885 décès entre le 6 et le 12 novembre.

30 novembre : réquisition de pommes de terre – plus de gaz – cartes de rationnement.

18 décembre : il meurt 5 000 personnes par semaine et il fait -13°.

20 décembre au : les canons allemands bombardent Paris.

19 janvier 1871 : rationnement du pain ; les denrées sont hors de prix – Réquisition des logements des personnes absentes.

21 janvier 1871 : la prison de Mazas est forcée – Flourens et ses amis remis en liberté.

27 janvier 1871 : 135e journée du siège. Le canon s’est tu. On parle de négociations, les vivres réapparaissent comme par enchantement.

28 Janvier 1871 : l’armistice est signé à Paris

1er Mars 1871 : l’entrée des troupes allemandes est minutieusement réglée. « Après Sedan et Metz, nous croyions la France abattue et la guerre finie : pendant 5 mois, ses armées improvisées ont tenu les nôtres en échec » -Moltke-

La querelle du drapeau blanc en 1873 évite le retour de la monarchie

« Comme Charles X, comme Charles X », répète inlassablement Louis-Philippe sur la route de l’exil. Ainsi les deux branches de la famille royale, les Bourbons et les Orléans ont dû quitter le pouvoir précipitamment.

Beaucoup restent persuadés du retour possible de la royauté.

Mais les royalistes sont divisés entre les légitimistes partisans du comte Henri de Chambord, descendant de Charles X, et ceux du comte Philippe de Paris, descendant de Louis-Philippe.

Sous le Second Empire, les légitimistes boudent la cour, s’appuient sur la réaction ; les orléanistes abandonnés par leurs troupes ralliées à l’Empire, font des épigrammes dans la presse étrangère.

En 1871, les royalistes qui ont gagné les élections, croient en leur nouvelle étoile. Mac-Mahon, pourtant royaliste, ne cède pas sur le drapeau tricolore auquel tient l’armée. Chambord, lui, refuse de céder sur le drapeau blanc : « Avec ma jambe et ma femme, comment pourrais-je faire figure de roi de France ? Aucun des deux ne marche droit ! », dit-il.

La République s’installe, et les royalistes misent sur un mauvais cheval, le général Boulanger qu’ils poussent à l’Elysée. Sans succès. Les royalistes commencent à s’apercevoir que les Français sont républicains, et que le scandale de Panama ne les rapproche pas de la royauté. La violence, l’insolence de la Ligue d’Action française fondée par Charles Maurras en 1905 parvient à greffer le royalisme sur le nationalisme des ligues antidreyfusardres et nationalistes. Des notables nouveaux, des intellectuels se rapprochent de l’Action française. Mais les masses ne suivent pas.

En 1914, les royalistes, irréductiblement hostiles à « la gueuse » n’obtiendront que 15 députés. Le peuple boude un roi qui n’a pas envie de régner.

Se soumettre ou se démettre

Aux élections de mars 1876, les républicains ont enlevé 360 sièges, contre 160 à leurs adversaires, légitimistes et bonapartistes. Un Président de la république monarchiste, un Sénat conservateur, une Chambre des députés républicaine : le conflit est inévitable ! La chute de Jules Simon le 16 mai déclenche la crise.

Ce jour là, Mac-Mahon retire sa confiance au républicain Jules Simon et appelle au pouvoir le duc de Broglie. La Chambre refuse le duc. Mac-Mahon dissout la Chambre. Gambetta fait campagne pour les Républicains. Il est catégorique : « Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, il faudra se soumettre ou se démettre ».

Les républicains triomphent. Mac-Mahon se voit refuser par le Sénat une nouvelle dissolution. Il se soumet, admettant dans un message au parlement que « la Constitution a fondé une république parlementaire ».

Le plan Freycinet : retenir les capitaux

La République s’installe. Son action n’est pas seulement politique. Les besoins accrus de la circulation, la nécessité d’unifier la République, la lutte contre la crise imposent l’extension des transports et d’abord des voies ferrées. Les travaux publics pour retenir les capitaux.

Le 8 Janvier 1878, Gambetta, Freycinet et Léon Say, sont tombés d’accord : c’est la « soirée historique ». Ministre des Transports, Freycinet met au point en quelques semaines le grand plan des travaux publics qui porte son nom et le fait approuver par le Parlement. Le plan prévoit : – la construction de seize mille kilomètres de voies ferrés (outre des ports et des canaux) – la constitution d’un réseau d’Etat provisoire par rachat à un coût très élevé des petites compagnies de l’Ouest.

En revanche la reprise par l’Etat du contrôle des tarifs des grandes compagnies est différé : sur ce point Gambetta a cédé, pour le moment. Financièrement l’engagement pris par l’Etat est important : 3 milliards pour le réseau ferré (plus de un milliard pour les canaux et les ports). La mise en œuvre du plan se fera en dix ans. On retrouvera le débat de fond, celui du contrôle de l’Etat au moment du « grand ministère » de Gambetta.

1881 : Le grand ministère de Gambetta

Gambetta, c’est la guerre ! Gambetta, c’est le déficit budgétaire ! Gambetta, c’est le gouvernement occulte !

Malgré tous ces reproches, le président de la République, Jules Grévy finit par confier le pouvoir à Gambetta. Il est trop tard. Vingt mois de pouvoir occulte ont sapé son autorité. Et le ministère ne sera grand que par le nombre de ministres et de sous-secrétaires. Tout le monde se dérobe. « Ministère de commis… Gambetta a certes de l’étoffe, mais pas assez pour tant de doublures ! » dit-on.

Pourtant, à l’extérieur, une politique de fierté nationale consolidée par l’entente avec l’Angleterre, à l’intérieur, une politique de progrès social et de justice, aux commandes, des compétences même si elles sont de droite, ne suffisent pas à maîtriser la coalition des passions et des intérêts ; Gambetta tombe, après un discours très applaudi, sur la révision constitutionnelle et le scrutin de liste. Le grand ministère aura été très court : 74 jours, du 15 novembre 1881 au 27 janvier 1882.

1885: Chute pour la « parole donnée »

Un télégramme alarmant sur la situation du corps expéditionnaire français du Tonkin donne lieu à l’une des plus violentes séances qu’ait connues le Parlement sous la IIIe République. Jules Ferry fait front, il sait que la paix est imminente, que le Tonkin va devenir français, mais il ne peut le dire, il a promis le secret tant que la négociation avec la Chine n’est pas achevée. Il se contente de sourire devant les attaques. « On ne rit pas du Tonkin, Monsieur le président du Conseil. Il faut que la France sache que vous venez de rire », interpelle le comte de Mun.

Jules Ferry réclame la priorité pour la discussion sur la demande de crédits. Sa demande est repoussée par 306 voix contre 149. C’est terminé. Jules Ferry va porter sa démission entre les mains du président de la République. Dans la rue, on le conspue : « A bas le Tonkinois, à l’eau Ferry ». Quatre jours plus tard, la paix sera faite sur les bases indiquées par Jules Ferry, celles du premier traité : celui de Tien-Tsin.

1887, le scandale Wilson

Ah quel malheur d’avoir un gendre !

Plusieurs personnes sont mises en cause dans un trafic de décorations : des noms sont cités, le général Boulanger, le sous-chef d’Etat-major de l’armée, le général Caffarel et surtout le gendre du président de la République, le député Daniel Wilson.

L’officine où le trafic se fait est dénoncée : le ministère Rouvier tombe. Jules Grévy laisse tomber « Ah ! quel malheur d’avoir un gendre » mais ajoute « Je suis inébranlable comme un roc ».

Mais poussé par la rue et l’attentisme des parlementaires, le roc dans l’impossibilité de parvenir à réunir un ministère, finit par se démettre.

1894 : Assassinat de Carnot

Un président de la République exemplaire

Le juge :

-« On a dit que vous étiez irresponsable de vos actes. »

Caserio :

. »Moi ? Je suis absolument responsable… »

-« N’avez-vous pas eu un moment d’hésitation ? »

. »Non, je suis venu directement pour exécuter mon acte…le président m’a regardé fixement et s’est reculé. »

-« Et vous avez pu soutenir ce regard sans baisser les yeux ? »

. »Cela ne m’a fait aucune sensation. »

-« Où vouliez-vous frapper ? »

. »Au cœur, mais mon bras a dévié. »

-« N’avez-vous pas dit que si vous retourniez en Italie, vous tueriez le roi et le pape ? »

. » Oui, mais pas le même jour, ils ne sortent jamais ensemble. »

Sadi Carnot, symbole de la continuité et de la vertu républicaine et grand artisan de l’alliance franco-russe a eu une élection mouvementée ; il a une fin tragique.

Il a surmonté des crises aussi graves que le boulangisme et le scandale de Panama ; il tombe frappé par le couteau de l’anarchie, deux mois avant cet interrogatoire, celui de l’assassin !

1899 : Un provincial à l’Elysée

18 février 1899 : le Congrès, réuni à Versailles, vient d’élire un nouveau président de la République : Emile Loubet.

L’élection a été facile et symbolise la défaite des droites ; les réactions sont violentes. Le président est accueilli à son retour de Versailles aux cris de « Panama 1er »: il est accusé d’avoir étouffé le scandale de Panama quand il était président du Conseil et soupçonné d’être le candidat des dreyfusards.

Ces accusations n’amusent pas Emile Loubet ; sa réponse est aussi claire que son élection : »Je ne suis pas venu ici pour mon plaisir, je n’en sortirai pas pour le plaisir des autres. »

Et dans son message présidentiel, il renchérit en affirmant « qu’il ne laissera pas affaiblir entre ses mains les droits que lui confèrent la constitution, et que rien ne le rebutera. »

C’est, dira Clemenceau, « un républicain bonhomme, doublé d’un finaud du midi…Il nous fera un président bourgeois, très simple, amène et bon enfant qui ne se croira pas obligé de faire sonner la trompette toutes les fois qu’il éternue. »

Durant sa présidence, la magistrature suprême parvient à se dégager des polémiques et à demeurer au dessus des querelles partisanes. Loubet sera le premier président à quitter l’Elysée, normalement, à la fin de son septennat.

Un président au milieu de la tempête

Bousculé à Auteuil, le président Loubet sera protégé à Longchamp. L’Affaire Dreyfus suscite des remous ; dreyfusards et antidreyfusards se heurtent sans cesse. Ce sont deux France qui s’injurient en s’envoyant à la tête des anathèmes contradictoires : ils n’expriment que l’idée radicalement différente qu’ils ont de la patrie.

La manifestation d’Auteuil a aplati le haut-de-forme du président Loubet ; tout le monde craint que la contre-manifestation des gauches à Longchamp ne provoque une émeute. Aussi le déploiement de troupes y est-il impressionnant : heureusement, on en reste aux violences verbales.

La République respire, le président Loubet incarne la stabilité des institutions.

1902 : L’anticléricalisme du petit père Combes

Le bloc des gauches soutient l’anticléricalisme militant du petit père Combes. On applique de façon stricte le loi sur les associations : presque toutes les autorisations sont refusées aux congrégations, sauf à celles qui participent aux missions coloniales ! On fait exécuter les expulsions par la troupe s’il le faut : 3 mille écoles primaires tenues par les congrégationnistes sont ainsi fermées.

On fait interdire l’enseignement à toutes les congrégations (loi du 7 juillet 1904). La tension avec le Vatican monte ; on rompt les relations diplomatiques avec le Vatican (30 mai 1904).

On démocratise l’armée et on élimine les officiers antirépublicains. Mais l’affaire des fiches jette le discrédit sur le ministère, d’autant qu’il n’a pas réussi ses réformes sociales, ni imposé l’impôt sur le revenu. Il tombe en janvier 1905 (Ministère Combes (15 juin 1902 – janvier 1905).

1906 : le ministère Clémenceau

Le premier flic de France

L’opposant redoutable qu’il a été pendant longtemps, est au pouvoir l’autoritaire redoutable.

Il fait intervenir la troupe contre les mineurs du nord, fait arrêter les dirigeants et révoquer des fonctionnaires.

Il mate la révolution des viticulteurs du midi, jouant à la fois de la ruse et de la répression.

« Avant de philosopher, il faut être. C’est pourquoi nous entendons maintenir nos forces militaires en état de faire face, sans à-coups, à toutes les éventualités ». – Clemenceau –

Les réformes sociales : la journée de 8 heures dans les mines, les retraites ouvrières ne suffisent pas à gommer l’image répressive du « Tigre ».

Ministère Poincaré

Ministère Poincaré

1912 : Ministère Poincaré

D’un fauteuil à l’autre

« …armé pour exercer le pouvoir, de haute culture, supérieur par le savoir à la plupart des politiques de sa génération, sinon à tous. Formidable puissance de travail… » Portrait de Raymond Poincaré par Caillaux! Son patriotisme et son origine lorraine rassurent ceux qui n’aiment pas entendre parler de détente franco-allemande, son hostilité à l’impôt sur le revenu tranquillise les milieux économiques, son laïcisme confirmé est un brevet d’homme de progrès ; enfin le « roseau peint de fer » plaît aussi aux hommes de lettres (il est académicien).

Le président Fallières entérine un courant en sa faveur, d’autant que Poincaré ne promet guère de réformes sociales et fiscales, mais s’adonne avec acharnement à un gros travail diplomatique.

Il ne cédera son fauteuil de président du Conseil que pour s’installer dans celui de président de la République.

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