La folie

La Salpétrière : les folles

La Salpétrière : les folles

La fin du XVIIIe siècle se met à identifier la possibilité de la folie avec la constitution d’un milieu : « la folie, c’est la nature perdue, c’est le sensible dérouté, l’égarement du désir, le temps dépossédé de ses mesures. En face de cela, la nature au contraire, c’est la folie abolie, l’heureux retour à l’existence à sa plus proche vérité.” – Michel Foucault –

La folie objet d’observation, de connaissance : “si le nouvel espace de l’internement rapproche, au point de les réunir en un séjour mixte, la folie et la raison, il rétablit entre elles une distance bien plus redoutable, un déséquilibre qui ne pourra plus être renversé, aussi libre que soit la folie dans le monde que lui aménage l’homme raisonnable, aussi proche qu’elle soit de son esprit et de son coeur, elle ne sera jamais pour lui qu’un objet.”

Les désordres de la conduite, de l’affectivité ou de la pensée s’expliquent-ils par la pathologie mentale ? Peut-on faire tendre la psychiatrie vers la neurologie ?

Les découvertes de Freud permettent d’accepter que le terme de folie est incompatible avec la psychanalyse, que ceux que l’on nomme “fous” sont une réalité de la vie sociale. Point.

Leur conduite n’est comparable qu’à celle de ceux que l’on dit “normaux”, normaux socialement parlant.

La réponse de Freud se résume en : « est pathologique la conduite de celui qui ne peut aimer (rappports affectifs et sexualité) ou qui ne peut travailler (assurer une fonction en fonction de ses talents). »

1872 Les leçons de Charcot à la Salpétrière ou l’hystérie dans tous ses états

Chaque dimanche à 9 heures 30, un auditoire de plus en plus nombreux se presse dans une petite salle pour écouter les leçons cliniques de Charcot sur les principaux types de névroses, épilepsie, hystérie, paralysie agitante, lésions cérébrales. Les raisons de la vogue des cours de Charcot pendant 20 ans sont ambiguës, l’engouement pour le magnétisme importé par Mesmer en 1778 n’est pas totalement mort.

Ni les fanatiques du merveilleux, ni les chaires officielles ne font la différence entre les voyants ou autres complices de prétendus magnétiseurs et le travail expérimental de Charcot qui ose mettre de l’ordre dans un domaine jusque là tabou ou occulte : les affections nerveuses.

Freud suivra ces cours en 1885 pour essayer de découvrir les origines psychologiques de la névrose.

Charcot cherchait à faire tomber les hystériques dans un état de catalepsie ou de somnambulisme en les plaçant au foyer de lumières intenses (arc électrique) ou en les faisant asseoir sur des caisses de résonance sur lesquelles il fixait un diapason géant.

Psychonévrohystérofolie: essayez d’y comprendre quelque chose!

Anglais et Allemands introduisent la mesure et les mathématiques, construisent la psychologie rationnelle pendant que les Français, avec Victor Cousin, s’enlisent sous le verbalisme de l’école spiritualiste. C’est dans ce climat, en 1870, que l’introduction de la Psychologie anglaise contemporaine de Théodule Ribot éclate comme un manifeste subversif. Son enseignement :

– édifier une psychologie objective, solidaire de la physiologie à laquelle il faut emprunter ses méthodes,

– étudier la pathologie mentale : le malade est « un instrument de grossissement qui amplifie le phénomène normal ».

Pavlov ira plus loin, en mettant la psychologie sous la dépendance de la neurologie : ce que nous croyons être notre libre arbitre n’est que système de réflexes conditionnels acquis au cours du dressage et de l’éducation.

Pendant que la psychologie tourne autour du libre arbitre, la psychanalyse tourne autour de l’hystérie. C’est en pourchassant l’hystérie que les médecins ont cerné bon nombre de maladies. C’est d’ailleurs un médecin, chef d’un service de convulsionnaires à la Salpêtrière, Jean Martin Charcot, qui fait entrer l’hystérie dans la neurologie. Son élève, Babinski achève son œuvre. Et un autre de ses élèves, Sigmund Freud apporte les clés du langage de l’inconscient.

Groddeck, lui, invente le « ça », principe universel de vie, auteur du phénomène psychique et du phénomène organique, cause réelle de toute maladie.

Freud et Groddeck sont arrivés à l’inconscient, séparément, par l’analyse de leurs symptômes. La nature de leurs « maladies créatives » a déterminé leur voie. Groddeck était atteint de toutes sortes de maladies psychosomatiques et Freud de troubles névrotiques.

La psychanalyse, longtemps contestée, conquiert à la fin du XIXe siècle le territoire qu’on lui laisse entre le psychique, le métaphysique et le religieux, avec comme no man’s land le psychosomatique : l’irrationnel scientifique.

Les principales psychoses

Psychose

Anciennement maladie de l‘âme, la psychose recouvre un ensemble de maladies mentales différentes des névroses et des perversions.

Ce sont d’une part la paranoïa et la schizophrénie, d’autre part la mélancolie et la manie.

Par opposition aux névroses qui caractérisent plus une maladie des nerfs, affections qui touchent un organe ou l’autre, sans lésion, sans fièvre, une maladie fonctionnelle des nerfs, les psychoses, aux symptômes psychiques, relèvent de l’aliéniste : confusions hallucinatoire, paranoïa, psychose hystérique.

La psychose, (si l’on veut en préciser les critères de définition) c’est : l’incapacité d’adaptation sociale, la gravité des symptômes, l’atteinte de la faculté de communication, absence de conscience de l‘état morbide, perte de contact avec la réalité, caractère non compréhensible des troubles, altérations du moi.

Toute psychose est une névrose, mais toute névrose n’es pas une psychose.

La paranoïa

Paranoïa, en grec : folie, indique certains dérèglements de l’esprit. Ce terme englobe les différentes formes de délires chroniques comme la maladie de la persécution, le délire de la jalousie, certains aspects d’érotomanie, la folie des grandeurs.

Un délire systématisé progressif, “qui se présente comme une interprétation particulière du monde extérieur dans ses relations avec la personnalité du malade qui rapporte tout à à lui, soit en mal, soit en bien.” – Seglas – Leçon clinique sur les maladies mentales et nerveuses -1895 – et auquel s’ajoute un manque de critique et de contrôle.

“Une perception interne est réprimée, et, en ses lieux et place, son contenu, après avoir subi une certaine déformation, parvient à la conscience sous forme de perception venant de l’extérieur. Dans le délire de persécution, la déformation consiste en un retournement de l’affect ; ce qui devrait être ressenti intérieurement comme de l’amour est perçu extérieurement comme de la haine. “ – Freud – Cinq psychanalyses – 1935.

“La paranoïa chronique sous sa forme classique est un mode pathologique de défense comme l’hystérie, la névrose obsessionnelle et les états de confusion hallucinatoire. Les gens deviennent paranoïaques parce qu’ils ne peuvent tolérer certaines choses.” – Freud –

Freud insiste sur le fait que “symptômes paranoïaques et schizophréniques peuvent se combiner dans toutes les proportions ».

Position paranoïde

L’adjectif paranoïde rappelle l’aspect persécutif du délire que l’on trouve dans la paranoïa et la schizophrénie paranoïde.

“… ces ensembles d’anxiétés et de défenses, bien qu’ils apparaissent pendant les stades les plus précoces, ne se limitent pas à cette période, mais resurgissent pendant les premières années de l’enfance et ultérieurement dans certaines conditions”, ils caractérisent la position paranoïde. Mélanie Klein – Quelques conclusions théoriques ayant trait à lavie émotionnelle de l’enfant – 1952. »

La schizophrénie

Incohérence de la pensée, de l’action, et de l’affectivité, perte du sens des réalités, repli sur soi, vie intérieure livrée aux fantasmes, une activité délirante plus ou moins chronique, conduisant à une détérioration intellectuelle et affective, une allure démentielle. Une ‘démence précoce’ qui va au delà des symptômes accessoires, un trouble des associations qui régissent le cours de la pensée : ‘… les associations perdent leur cohésion. Parmi les milliers de fils qui guident nos pensées, la maladie en rompt, ici et là, de façon irrégulière, tantôt tel ou tel, tantôt un certain nombre, tantôt une grande partie. De ce fait le résultat de la pensée est insolite et souvent faux du point de vue logique.’ Bleuler – 1911.

Les leçons de Charcot à la Salpétrière ou l’hystérie dans tous ses états

Chaque dimanche à 9 heures 30, un auditoire de plus en plus nombreux se presse dans une petite salle pour écouter les leçons cliniques de Charcot sur les principaux types de névroses, épilepsie, hystérie, paralysie agitante, lésions cérébrales. Les raisons de la vogue des cours de Charcot pendant 20 ans sont ambiguës, l’engouement pour le magnétisme importé par Mesmer en 1778 n’est pas totalement mort.

Ni les fanatiques du merveilleux, ni les chaires officielles ne font la différence entre les voyants ou autres complices de prétendus magnétiseurs et le travail expérimental de Charcot qui ose mettre de l’ordre dans un domaine jusque là tabou ou occulte : les affections nerveuses.

Freud suivra ces cours en 1885 pour essayer de découvrir les origines psychologiques de la névrose.

Charcot cherchait à faire tomber les hystériques dans un état de catalepsie ou de somnambulisme en les plaçant au foyer de lumières intenses (arc électrique) ou en les faisant asseoir sur des caisses de résonance sur lesquelles il fixait un diapason géant.

Extraits du glossaire du CD-Rom Le psy c’est vous et de 1848-1914, Toute une histoire!

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