Les racines XIXe siècle de notre système éducatif

Jeudi, 3 mars 2011

THE133ALe développement de l’instruction est un phénomène de longue durée dans l’histoire de la France, ainsi que l’a montré en 1879-1880 l’enquête dirigée par l’inspecteur d’académie Maggiola. Il a largement commencé sous l’Ancien Régime et il n’est pas dû qu’à l’École ; la famille, l’atelier y ont leur part.

En 1830, la loi Guizot oblige chaque commune à ouvrir une école primaire. Mais, sauf exception, les parents doivent payer le maître.

La Constitution de 1848 pose le principe du droit à l’instruction, mais le clergé et la bourgeoisie s’effraient ; les ouvriers et les paysans, s’ils savent lire et écrire, ne voudront plus obéir, les instituteurs passent pour des rouges.

L’idée, ancienne, de renforcer le contrôle de l’Eglise sur l’école triomphe avec la loi Falloux en 1850. L’instruction religieuse est obligatoire et, en fait, les curés peuvent contrôler les écoles publiques.

Grâce à Victor Duruy, le nombre d’enfants accueillis gratuitement à l’école augmente et approche 50%. Mais il ne peut pas imposer la gratuité et l’obligation, alors que Napoléon III déclare : « Dans le pays du suffrage universel, tout citoyen doit savoir lire et écrire ».

Au moment du vote des lois Jules Ferry, près de 30% des Français restent encore illettrés: l’école publique devient gratuite, obligatoire et laïque.

Au début du XXe siècle, les conscrits illettrés ne sont plus que 5% du contingent et les femmes ont pratiquement rattrapé leur retard sur les hommes.

École publique école libre

THE021AMême si l’école primaire publique a accordé le jeudi aux enfants pour la leçon de catéchisme, beaucoup de familles sont choquées par le retrait des crucifix et l’absence de la prière. De plus, l’école laïque enseigne une morale républicaine : patriotisme, droits de l’homme, et foi dans la science. Aussi, les catholiques consentent-ils de gros sacrifices pour entretenir leurs écoles et maintenir un enseignement confessionnel.

Dans le secondaire, le problème est différent, puisque l’enseignement secondaire public est resté payant. Ici, le privé accueille autant de garçons que le public, et, malgré la création de lycées féminins, beaucoup plus de jeunes filles.

Les établissements religieux doivent leur succès à une réputation de travail sérieux, et, surtout, d’encadrement moral, au point même que des bourgeois athées y mettent leurs enfants. Ceux qui y enseignent -jésuites jusqu’à leur expulsion en 1880, congrégationnistes- sont la cible préférée des défenseurs de la laïcité. Quant au contenu pédagogique, il est sensiblement le même : écoles religieuses à peine plus littéraires, lycées un peu plus scientifiques, et tous préparaient aux mêmes diplômes décernés exclusivement par l’enseignement public.

Les choix politiques assureront la victoire de l’enseignement public, mais sans qu’il y ait jamais monopole. L’anticléricalisme triomphant au début du siècle, entraîne après l’Affaire Dreyfus en 1904, l’interdiction d’enseigner pour les congrégations. En 1905, sera votée la loi de séparation des Églises et de l’État. Les évêques reprennent l’offensive en 1909 et font campagne contre les manuels du « public ».

L’enseignement de l’histoire

THE101jSi Duruy rendit le manuel d’histoire obligatoire à l’école primaire en 1867, c’est Jules Ferry qui fit de l’enseignement de l’histoire une matière principale. Aux lendemains de la défaite de 1870, au moment où la République s’installe, difficilement, il souhaite ancrer l’idée républicaine et refaire l’unité nationale en créant une mémoire, un passé collectif digne d’admiration.

L’enfant-citoyen verra défiler sous ses yeux un passé exemplaire, de grands héros, Vercingétorix, Louis XI, Jeanne d’Arc, Henri IV, Turenne, et même Louis XIV. Puis Michelet, Hugo, Pasteur, des hommes dont les vies sont des « leçons de vie ». De grandes victoires militaires, Poitiers, Bouvines, Marignan, Rocroi, Austerlitz ; des morts glorieuses, Bayard, Bara et Viala; des scènes morales et édifiantes, la justice de saint Louis sous son chêne, la charité de saint Vincent de Paul, la victoire de Pasteur sur la rage.

L’enfant devient un enjeu de taille. Entre républicains et hommes de la Réaction, s’engage une bataille de mémoires. A l’apologie républicaine de la Réforme et de la Révolution, les catholiques répliquent par l’exaltation du Moyen Age ; aux héros républicains, ils opposent saint Louis, Godefroy de Bouillon et saint Bernard. Un héros exacerbe les tensions : Jeanne d’Arc ! Que l’humble bergère de Lorraine soumise à sa sainte mère l’Eglise puisse être présentée comme le symbole du patriotisme populaire déclenche une véritable guerre des manuels.

C’est ainsi que tous les manuels d’histoire nourrissent l’imaginaire collectif d’images et de valeurs qui aujourd’hui encore se télescopent dans l’inconscient de chaque Français.

L’instruction populaire

THE133BOn instruit le peuple avec le livre et l’image. Des images pour tous : lithographies et chromolithographies prennent place dans le livre illustré et envahissent la presse. Le peuple peut accéder au livre grâce aux cabinets de lecture et aux bibliothèques populaires. Il peut même acheter des livres, ce que certains redoutent. Ils se plaignent : « Ce qui tue la librairie, c’est le bon marché »; « il y a des choses qui ne peuvent pas impunément devenir populaires ».

C’est grâce à des livres comme ceux de Figuier, même s’ils sont parfois obscurs, ou grâce aux conférences de Flammarion et de l’abbé Moigno, que la culture scientifique et technique, sans exclusive idéologique, prend racine chez toute une génération de techniciens autodidactes.

Actualités scientifiques, Le latin pour tous, L’enseignement de tous par les projections, toutes les formes de savoir sont bonnes, pour tous. Les éditeurs offrent au public les « petits formats » des grandes œuvres littéraires. L’éducation politique du peuple, elle aussi, est à faire, il faut le convertir définitivement à la République. Paul Bert, Ferdinand Buisson se donnent à cette tâche. Ils croient que le savoir va déchirer les ténèbres de l’ignorance, responsable de tous les malheurs, et provoquer le progrès moral. C’est alors que fleurissent les conférences populaires : Qu’est-ce que la république ?, République et monarchie, etc.

Les événements

1850 la Loi Falloux : Une transaction et une victoire de la réaction

La loi Falloux

La loi Falloux

L’abbé – « On trouve que vous négligez un peu l’histoire sainte. »

« Oh ! l’histoire sainte, » reprit Bouvard

L’abbé – « Que lui reprochez-vous Monsieur ? »

- « Moi ? rien ! Seulement il y a peut être des choses plus utiles que l’anecdote de Jonas et les rois d’Israël ! »

- « L’heure du catéchisme est trop courte ! »

L’instituteur leva les épaules.

L’abbé – « Faites attention. Vous perdrez vos pensionnaires ! » – Flaubert,  Bouvard et Pecuchet -

Le 15 mars 1850, le « parti de l’ordre » de Montalembert à Thiers fait voter la loi Falloux qui vise à placer l’école publique sous l’autorité morale de l’Eglise et reconnaît l’existence d’écoles libres totalement indépendantes du contrôle de l’Etat, une simple lettre d’obédience suffit désormais à une religieuse pour ouvrir une école.

Cette loi porte une nouvelle atteinte à l’esprit des Lumières ; c’est une étape importante dans la lutte qui oppose l’esprit de 1789 et les forces de la réaction. Elle entérine le premier passage à droite d’un groupe d’hommes venus de la gauche et que la peur sociale a changés.

Thiers : « Courons nous jeter dans les bras des évêques, eux seuls peuvent nous sauver », entre parenthèses de « ces petits rhéteurs » que sont les instituteurs.

1863 : Victor Duruy, ministre de l’instruction publique

EVT130« Comment Votre Majesté a pu songer à faire de moi un ministre ? » Premier remaniement ministériel d’envergure du règne de Napoléon III : Victor Duruy est nommé ministre de l’Instruction publique le 16 mai 1863. C’est une grande rencontre, car les deux hommes ne partagent pas vraiment les mêmes idées ; tout en évitant avec tact les affrontements avec Monseigneur Dupanloup, très jaloux des prérogatives éducatives de l’Eglise, Duruy plante les germes de l’école laïque, gratuite et obligatoire qui mettra des décennies à se concrétiser.

« Tout le monde devrait posséder ces simples éléments que donne l’enseignement primaire ;

il faut un enseignement secondaire professionnel ;

il faut rétablir les cours de philosophie et d’histoire contemporaine dans les collèges ;

il faut lutter contre l’analphabétisme des adultes ;

il faut, à la femme, une instruction forte et simple ;

il faut favoriser la recherche, créer des laboratoires (exemple : celui de Berthelot). » – Victor Duruy -

Il sera sacrifié par l’empereur pour gagner les voix des catholiques aux élections de 1869.

1880 : Loi Sée sur l’enseignement des jeunes filles : Les muses de la maison à l’école

EVT282_1En faisant voter la loi Sée sur l’enseignement des jeunes filles, la République souhaite donner des compagnes républicaines aux citoyens républicains, mais non « détourner les femmes de leur véritable vocation qui est d’élever leurs enfants et de tenir un ménage, ni les transformer en savantes, en bas bleus, en ergoteuses ».

Français, histoire et géographie, langue vivante et science, mais ni latin, ni grec. La scolarité dure cinq ans et est sanctionnée par un diplôme de fin d’études secondaires. Il n’est pas question d’aller jusqu’au baccalauréat ! .

Il n’y a pas que les conservateurs et les catholiques qui s’inquiètent ; certains plus progressistes en apparence, comme Jules Vallès, s’insurgent : « C’est le type de la femme française qui va mourir dans les pattes de ces cuistres… Au secours ! Les muses de la maison courent le risque de s’appeler avant vingt ans Sapho ou la femme à barbe. Il ne leur poussera pas de moustaches et de favoris sur la figure, mais elles auront le cœur engarçonné, et de cet engarçonnement peut naître je ne sais quel mépris de l’homme. »

1882 : Lois sur l’enseignement primaire : L’école, fabrique de bons citoyens

EVT294_3« La rétribution scolaire est le plus inique des impôts » s’insurge Jules Ferry. Après la loi sur la gratuité de l’instruction primaire (loi du 16 juin 1881), Ferry veille à l’application de la loi qui institue l’obligation (jusqu’à 13 ans) et la laïcité.

« Pour l’école, pour la patrie » proclame Paul Bert, et l’instruction morale et religieuse devient l’instruction morale et civique ! La fréquentation scolaire augmente, arrachant souvent l’enfant à l’usine, pour le bien de tout le monde. « C’est le maître d’école prussien qui a gagné la guerre » (celle de 1870), assure-t-on. C’est une référence !

1896  : La France au plein air : rénovation de l’enseignement sportif et premiers jeux olympiques de l’ère moderne

EVT410A Lorsque Jules Simon, « son comité pour la propagation des exercices physiques » et Pierre de Coubertin décident en 1888 de transformer l’éducation et de « rebronzer » la France, ils se heurtent à de violentes et tenaces oppositions de la part des parents, de certains milieux catholiques, d’instances pédagogiques adversaires de la compétition et du corps médical. Mais la vague sportive finira tout de même par gagner la France.

1894 : Pierre de Coubertin fait proclamer à l’occasion d’un Congrès international convoqué par ses soins, la renaissance des Jeux Olympiques. Des tentatives isolées avaient eu lieu au cours des XVIIIe et XIXe siècles en Grèce, Angleterre, Scandinavie. Le Directoire avait même voulu faire revivre les jeux à Paris sur le Champs de Mars.

L’initiative de Pierre de Coubertin arrive au bon moment : « c’est cet internationalisme qui est à l’heure actuelle le seul garant de la durée du mouvement de rénovation sportive si nécessaire pourtant à la vie de nos sociétés modernes ! »

En 1896, on assiste aux premiers jeux de l’ère moderne à Athènes*. Le stade de marbre blanc, réplique du stade antique de Périclès est reconstruit grâce au concours et à la fortune de Georges Averoff. Il vibre de ferveur hellénique quand Spiridon Louys, berger de l’Attique, gagne le marathon. Les princes héritiers portent le vainqueur dans leurs bras jusqu’aux marches du trône. Il faudra attendre l’éclatante réussite des jeux olympiques de Londres pour que triomphe définitivement l’idée olympique. La démocratie du sport viendra avec le goût du plein air et le développement du football !

* 13 nations et 235 concurrents y participent ; épreuves anciennes + la course de Marathon (42,195 km)

1900 – Paris, 1904 – Saint Louis, 1908 – Londres, 1912 – Stockholm, 1916 – Berlin (non célébrée).

Le héros olympique selon Coubertin reste l’adulte mâle individuel ; il n’y a pas encore de femmes !

Les hommes

Victor Duruy, historien et homme politique français

Victor Duruy

Victor Duruy

1811 (Paris) – 1894 (Paris)

Fils d’ouvrier, normalien, il devient professeur d’histoire ; Napoléon III le consulte au sujet de la Vie de César qu’il est en train d’écrire.

Les deux hommes s’estiment malgré leurs divergences ; Victor Duruy devient ministre de l’Instruction publique. Il le reste de 1863 à 1869.

Il joue un rôle majeur dans le développement de l’instruction primaire, mais n’obtient pas qu’il soit gratuit et obligatoire.

Il développe l’enseignement postscolaire pour les ouvriers, rétablit l’enseignement et l’agrégation de philosophie, et introduit l’histoire contemporaine, la morale et la gymnastique au lycée.

Toutes ces initiatives auxquelles il faut ajouter la création d’un enseignement spécial sans grec, ni latin, le développement de l’enseignement secondaire féminin et la fondation de l’Ecole pratique des Hautes Etudes, valent au ministre l’hostilité des catholiques et des orléanistes qui acceptent mal que l’enseignement d’état soit autant favorisé et ne lui accordent que très parcimonieusement les crédits nécessaires à son œuvre.

Napoléon III sacrifie son ministre à la veille des élections en 1869 pour récupérer le vote des catholiques.

Pendant le siège de Paris en 1870, Victor Duruy « donne l’exemple du plus pur patriotisme en prenant à l’âge de 60 ans les armes pour la patrie ».

A sa mort en 1894, le conseil municipal de Villeneuve Saint-Georges fait son éloge pour avoir « rendu les exercices physiques obligatoires dans les écoles ».

1876-85 : Histoire des Romains

1887-89 : Histoire grecque

1884 : Académie française

Ferry Jules François Camille, avocat et homme politique français

Jules Ferry

Jules Ferry

1832 (Saint-Dié) – 1893 (Paris)

Cet avocat, libéral, républicain passionné, journaliste au Temps, obtient sous l’Empire un joli succès avec son livre Les Comptes fantastiques d’Haussmann dans lequel il dénonce la gestion peu scrupuleuse du préfet de Paris.

Élu au Corps législatif en 1869, il est aux côtés de Gambetta et de Jules Favre pour proclamer la République le 4 septembre 1870. Membre du gouvernement de la Défense nationale, maire de Paris en remplacement d’Etienne Arago, il est chargé d’organiser les restrictions alimentaires ; cela lui vaut le surnom de « Ferry la Famine ».

Quand la Commune éclate, il est un des derniers à quitter Paris et, nommé préfet de la Seine par Thiers le 24 mai 1871, il démissionne dès le 5 juin.

Anticlérical convaincu, franc-maçon, influencé par le positivisme humanitaire de son temps, il développe l’enseignement populaire et s’efforce d’exclure l’église catholique du domaine de l’instruction. Ses  réformes  de l’enseignement primaire, entrepris avec l’appui de Ferdinand Buisson et de Jean Macé, ses réformes de l’administration municipale, sa  politique  coloniale d’extension en Afrique et au Tonkin marquent les débuts de la IIIe République.

Cet homme sérieux et austère est aussi très impopulaire. On lui reproche  son opportunisme, on le soupçonne de pactiser avec Bismarck. Il est honni  pour avoir injurié le « général Revanche », surtout pour sa politique au Tonkin et il tombe sous les cris d’ »A bas le Tonkinois ».

Battu aux élections  présidentielles de 1887, puis aux législatives de 1889, il sera élu sénateur des Vosges en 1891, puis président  de la Haute Assemblée en 1893.

1869 : député au Corps législatif

1872-73 : ministre plénipotentaire en Grèce

1876 : député des Vosges

février 1879 – novembre1881 :

janvier 1882 – août 1882 et février 1883 – novembre 1883 : : ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts

septembre 1881 – novembre 1882 : président du Conseil

février 1883 – mars 1885 : président du Conseil

Coubertin, Pierre de Fredi baron de, pédagogue français

Pierre de Coubertin

Pierre de Coubertin

1863 (Paris) – 1937 (Genève)

Coubertin-le sport, Coubertin-les Jeux olympiques ne doivent pas faire oublier le Coubertin obsédé par la réforme nécessaire du système éducatif français. Il est séduit par la nouvelle pédagogie anglaise ; à vingt-quatre ans, il propose à Jules Simon de « rebronzer la France » en introduisant le sport à l’école. Sa méthode d’éducation représente une part importante des 60.000 pages de son œuvre.

Il faut tenir compte de quatre « faits nouveaux »: le progrès du

confort, la spécialisation des activités, la recrudescence du nationalisme, le triomphe de la démocratie, et y opposer quatre parades : la pratique des sports, une vue panoramique des connaissances ou « l’aviation intellectuelle », un enseignement historique donnant le sens de l’universel, une culture accessible à tous.

Coubertin entend que le sport demeure réservé à une élite, que les associations sportives restent des groupes dans le lycée et surtout il veut éviter que les louanges de la presse ne faussent le jugement des jeunes sportifs, enfin que le sport ne devienne un spectacle.

Le jeune bourgeois conquérant et républicain rêve de forger le caractère des futurs chefs de la démocratie libérale, l’homme des jeux olympiques n’y voit qu’une manifestation pédagogique internationale et l’homme mûr de l’Union pédagogique universelle projette une université ouvrière et des gymnases gérés par les usagers.

Elève des jésuites

1881 : reçu à Saint-Cyr, démissionne pour l’Ecole des sciences politiques

1883 : part en Angleterre et découvre la vie d’un collège anglais à travers La vie de collège de Tom Brown de Thomas Hughes (le sport, moyen d’éducation sociale et morale de la jeunesse)

23 juin 1894 : date de naissance des Jeux olympiques modernes.

1924 : il abandonne la présidence du Comité international olympique et fonde l’Union pédagogique universelle dont le siège est à Lausanne.

Falloux Alfred Frédéric, comte de, homme politique français

Falloux

Falloux

1811 (Angers) – 1886 (Angers)

Les mémoires d’un royaliste ou la vie d’un catholique libéral, légitimiste rallié à la République en 1848, membre du Parti de l’ordre, favorable à la candidature de Louis Napoléon Bonaparte, puis hostile aux nouvelles visées du Prince président, arrêté et emprisonné le 2 décembre 1851 ; opposant sous le Second Empire, partisan de la fusion entre orléanistes et légitimistes en 1871, pour la restauration de la monarchie.

Ce royaliste est ministre de l’Instruction publique sous la Seconde République. Il élabore alors une loi qui porte son nom, autorisant l’enseignement confessionnel et congrégationniste dans les écoles primaires et secondaires qui de fait soumet l’ensemble de l’enseignement au clergé.

1846 : député du Maine-et-Loire

1849 : député de la Législative

Décembre 1848 – octobre 1849 : ministre de l’Instruction publique

1856 : élu à l’Académie française

1888 : publication des Mémoires d’un royaliste

Bert Paul, physiologiste et homme politique français

Paul Bert

Paul Bert

1833 (Auxerre) – 1886 (Hanoï)

Les travaux scientifiques de Paul Bert, collaborateur de Claude Bernard, ne sont pas de ceux qui soulèvent de brillantes polémiques, mais leur originalité et leur modernité sont étonnantes. Ils aboutissent à la maîtrise de la transfusion sanguine et sont à la base des recherches sur les greffes humaines. Ils préfigurent les théories essentielles qui permettent à l’homme de s’acclimater dans les conditions extrêmes du fond des océans et de l’espace.

En 1870, Paul Bert tire les conséquences de la défaite ; elle est due aux lacunes de l’éducation en France : « Avant d’être naturaliste, je me sens citoyen et j’applaudis à cette loi de Solon qui notait d’infamie tout citoyen resté inactif au sein des discordes civiles. Il s’en remet alors à Gambetta pour toutes les questions de politique générale et, aidé de Jean Macé, de Ferdinand Buisson et de Jules Ferry dont il distingue pourtant les convictions matérialistes, il va mener une lutte infatigable et originale pour la gratuité, l’obligation et la laïcité en matière scolaire, pour la formation des maîtres et pour l’enseignement des jeunes filles.

Il mourra du choléra alors qu’il est gouverneur de l’Indochine.

1857 : licence en droit

1860 : licence en sciences naturelles

1863 : thèse de médecine sur la greffe animale (Claude Bernard fait partie du jury)

1866 : thèse de doctorat es sciences naturelles – recherches expérimentales pour servir à l’histoire de la vitalité propre des tissus animaux

1868 : Paul Bert travaille avec Claude Bernard

1870 : physiologie comparée de la respiration

1874-86 : député de l’Yonne

1878 : les pressions barométriques

Novembre 1881 – janvier 1882 : ministre de l’Instruction publique dans le « Grand Ministère » Gambetta

Flammarion Camille, astronome français

Camille Flammarion

Camille Flammarion

1842 (Montigny-le-Roi) – 1925 (Juvisy)

Elève astronome à l’Observatoire de Paris en 1858, puis astronome au bureau des longitudes, il quitte bientôt l’observatoire pour son inlassable croisade de la vulgarisation scientifique qui frise souvent la science-fiction. Ses travaux scientifiques : une étude sur la rotation des corps célestes et quelques publications dans les compte rendus de l’Académie des sciences.

Il fait figure de pionnier lorsqu’il étudie les courants aériens et l’état hygrométrique de l’air au cours d’ascensions aérostatiques.

Collaborateur de la revue Cosmos, en 1862, rédacteur de la chronique scientifique du journal Le Siècle, il multiplie causeries et conférences sur l’astronomie, dans les châteaux aussi bien que dans les salles de classe pour enfants et adultes.

Il écrit pour les enfants, pour les enseignants, pour tous, mettant à la disposition du public des instruments d’observation. Un pionnier de l’information scientifique et technique.

1862 : La pluralité des mondes habités

1865 : Les mondes imaginaires et les mondes réels

1867 : Dieu dans la nature

1870 : Contemplations scientifiques

1872 : Récits de l’infini – Lumen – Histoire d’une âme – Histoire d’une comète -

1877 : Les terres du ciel

1880 : Astronomie populaire – L’Astronomie : revue mensuelle d’astronomie populaire

1883 : il fonde l’observatoire de Juvisy

1887 : il fonde la société française d’astronomie

Des livres

1864 : Magasin d’éducation et de récréation  : Plus qu’un journal, un recueil pour constituer une bibliothèque

Monsieur Hetzel et Monsieur Macé ont fait un beau cadeau de Pâques aux enfants et aux parents : le Magasin d’éducation et de récréation, « encyclopédie de l’enfance et de la jeunesse ».

« Si nous ne reculons pas devant la difficulté de l’entreprise, c’est que nous avons en même temps conscience de son extrême utilité ; il s’agit, pour nous, de constituer un enseignement de famille dans le vrai sens du mot, un enseignement sérieux et attrayant à la fois, qui plaise aux parents et profite aux enfants.

L’instructif doit se présenter sous une forme qui provoque l’intérêt ; l’amusant doit cacher une réalité morale, c’est-à-dire utile. Sans cela, il vide les têtes au lieu de les remplir. Compléter l’éducation publique par la lecture au sein de la famille, répondre à tous les besoins d’apprendre… telle est notre ambition ».

Avec « le concours exclusif et précieux de l’auteur de L’Histoire d’une bouchée de pain, Jean Macé, pour la partie éducative du jeune et aimable savant qui a écrit Cinq semaines en ballon, Monsieur Jules Verne, pour les découvertes de la science et de la géographie de l’auteur Stahl, qui n’est autre que Hetzel lui-même, pour la partie récréative et littéraire. Malgré l’originalité de la démarche et le soin apporté à la réalisation, les débuts seront difficiles ; il y a seulement 10.000 abonnés en 1875.

1877 : Le tour de la France par deux enfants : LE livre

Le tour de la France par deux enfants

Le tour de la France par deux enfants

« La connaissance de la patrie est le fondement de toute véritable instruction civique. En groupant ainsi toutes les connaissances morales et civiques autour de l’idée de la France, nous avons voulu présenter, aux enfants, la patrie sous ses traits les plus nobles, et la leur montrer grande par l’honneur, par le travail, par le respect profond du devoir et de la justice. » Préface du Tour de la France par deux enfants de C. Bruno, enfin de Madame Fouillée, si longtemps dissimulée derrière son pseudonyme et surtout derrière LE livre : André et Julien, les deux orphelins lorrains à la recherche d’un oncle et d’une mère. Livre de lecture, manuel de géographie, précis de morale, livre de sciences naturelles, encyclopédie pratique, livre des inventions, mise en scène de la solidarité humaine : livre à tout faire qui s’est profondément inscrit dans la mémoire collective, symbole de la volonté de l’auteur de mêler les leçons de la vie et celles des livres.

1877 : 1re parution,

1887 : 3 millions d’exemplaires,

1901 : 6 millions d’exemplaires,

1976 : 8 millions et demi d’exemplaires depuis la parution.

1903 : Lavisse, « instituteur national »*

Les petits manuels destinés à l’enseignement primaire, véritable « évangile républicain »*, révèlent un Lavisse d’une grande conviction républicaine et patriotique qu’il sait communiquer avec efficacité. Il nourrit de son talent la naissance de l’école républicaine, celle de Jules Ferry, dans laquelle l’éducation civique a une grande place pour façonner l’esprit des bons petits Français.

Lavisse est aussi l’animateur d’une monumentale Histoire de France, dont le premier volume paraît en 1900 : dix-sept volumes de l’Histoire de France illustrée depuis les origines jusqu’à la Révolution (parution 1900-12), et neuf volumes de l’Histoire contemporaine de la France (parution 1920-22).

Une œuvre scientifique, au service d’une idéologie, d’une morale et d’une politique qu’agrémente un style clair ; ces efforts seront récompensés par la large diffusion qui en sera faite.

* Pierre Nora

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