La fougère mâle

Fougère mâle © Secrets de plantes

Fougère mâle © Secrets de plantes

La fougère mâle, ou polypode mâle, Dryopteris filix-mas, de la famille des Fougères, est une plante des bois et lieux couverts ; elle se plaît dans les taillis, les haies, les fossés humides, surtout en exposition nord et dans les forêts de hêtres. Elle préfère les sols riches, argilo-siliceux ; on la trouve partout, sauf dans les plaines méridionales et en haute montagne.

C’est une plante vivace, haute de 40 cm à 1 m, à souche très épaisse. Ses frondes courtement pétiolées, sont oblongues, lancéolées, nombreuses, d’abord enroulées en crosse, puis disposées en entonnoir autour de la souche. Les feuilles, à segments étroitement lancéolés, portent à leur envers, de juin à octobre, des sores (groupes de spores) en forme de rein, assez gros, peu nombreux, en 2 lignes rapprochées de la nervure médiane et couvrant à peine les 2/3 supérieurs du lobe. La spore germera en donnant naissance à une plantule.

Usages

On utilisait rhizome, frondes et crosses.
La plante fraîche devra être partiellement séchée sans la laver. Sa récolte intense avait raréfié cette plante commune, aussi faut-il en modérer la cueillette ou la mettre en culture.
Le rhizome peut être récolté toute l’année et on ne le sépare pas de la base des feuilles. Il est employé dès l’Antiquité contre les parasites intestinaux de toutes sortes: il avait la réputation d’agir en particulier sur la douve du foie. Mais s’il est un bon ténifuge, il peut se révéler inconstant et parfois dangereux.
Les frondes possèdent des propriétés calmantes. Un bouquet de feuilles fraîches, appliqué sur les rhumatismes, lumbago, sciatique, en calme la douleur.
En usage externe, le rhizome de fougère, utilisé en bains, dissipe les douleurs spasmodiques ou goutteuses et la friction avec son vinaigre fait disparaître les raideurs ou enflures rhumatismales. Sa décoction  est détersive sur les plaies.
On utilisait le rhizome de fougère mâle comme ténifuge vétérinaire.
En Scandinavie, on mange les jeunes crosses en asperges. En Sibérie, on parfumait la bière avec le rhizome. En temps de famine, le rhizome séché et pulvérisé servait à faire du pain.
Là où la plante abonde, on nourrissait les porcs avec le rhizome pour les faire grossir. Les feuilles mêlées à la paille ont souvent constitué un fourrage de remplacement mais qui, selon des travaux récents, ne serait peut-être pas sans danger.
On a utilisé la cendre de fougère dans la fabrication de la porcelaine de Chine, de savon et de verreries.

Composition chimique

Le rhizome renferme :

– des glucides notamment des oses et des osides (amidon)

– des lipides plus particulièrement des acides gras tels que l’acide caprylique, l’acide oléique, l’acide palmitique, l’acide cérotique et l’acide butyrique

– des matières minérales

– des composés phénoliques constitués : de flavonoïdes dont des tanins condensés : tanins catéchiques (7 à 8 % d’acide filicotannique et acide protofilicotannique), de quinones : des phloroglucinols (composés instables de phloroglucine et d’acide butyrique ou isobutyrique qui se condensent en aspidinol, albaspidine, aspidine, desaspidine et en acides flavaspidique et filicique).

– des terpénoïdes : triterpènes : stéroïdes (phytostérol)

– des vitamines B

– des traces d’huile essentielle

Cette composition chimique fait que la fougère mâle est utilisées dans le traitement des douleurs rhumatismales (goutte et arthrite) et en cosmétique pour des propriétés astringentes et tonifiantes (produits capillaires, pour le corps et soins du visage)

Folklore

Dryopteris vient du grec « drus », « druos », arbre, chêne et « pteris », fougère. D’autre part « filix » en latin signifie fougère et « mas », mâle, à cause du port robuste de la plante.
D’où peut être son symbole de sincérité.
Elle est utilisée dès l’Antiquité, par Théophraste (IIIe siècle av. J.-C.) puis par Dioscoride et Pline ( au début de l’ère chrétienne). Délaissée au moyen âge, la plante refait son apparition en tant que médicinale au XVIe s. pour être à nouveau oubliée sauf par quelques détenteurs de son secret qui en firent leur fortune.
Le pain de fougère était consommé lors de famines : il était grossier et surtout très mauvais. Le duc de Choiseul en présenta un morceau au roi Louis XV en lui disant : « Sire, voyez ce que votre peuple mange ».
Matelas ou coussins de fougères étaient courants dans l’usage populaire : en Normandie, ils étaient destinés traditionnellement aux  nouveaux-nés pour les préserver du rachitisme. On couchait aussi sur des paillasses de fougères – que l’on appelait significativement des « pisseux » – les enfants maladifs ou urinant au lit.
La fougère a servi à la fabrication de certains verres, comme l’atteste ce vers : « la fougère où pétille un breuvage écumant ».
La fougère mâle est une de nos grandes herbes magiques. Les pousses munies de 5 crosses étaient vendues en Allemagne sous le nom de « Main de Saint Jean » pour protéger contre le mauvais sort.
Pour se protéger des morsures de serpent, il faut couper avec les dents puis rejeter par dessus la tête, la première crosse de fougère enroulée comme un reptile que l’on rencontre au printemps.
On dit qu’une femme enceinte qui marche sur une fougère avortera.  Une racine de fougère placée sous l’oreiller provoque rêves et visions. Les feux de fougères allumés au crépuscule font venir la pluie.
L’Église, au Synode de Ferrare, dut interdire une pratique très répandue qui consistait à cueillir les “fleurs” de la fougère mâle, la nuit de la Saint Jean, afin de se rendre invisible. En Bretagne, comme en Franche-Comté, il fallait être en état de grâce pour pouvoir la cueillir.

Recettes

décoction vermifuge

Ingrédients
30 à 60g de rhizome
1 litre d’eau

faire réduire de moitié
prendre le matin à jeun
une heure après absorber un purgatif doux tel celui de bourdaine

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