Fléaux et catastrophes au XIXe siècle

CD20_054« Décidément, l’industrie moderne qui rend si facile les choses de la vie, nous offre les chances les plus inattendues de la quitter ! » L’histoire des techniques est souvent silencieuse sur les risques encourus face aux nouvelles innovations.

Ce sont les journaux qui alimentent l’imaginaire des lecteurs face aux catastrophes ; ils leur font vivre l’événement et fournissent tous les détails de l’horreur avec un grand souci de précision. L’esprit positiviste refait surface.

On redoute l’explosion des machines à vapeur (environ trente deux accidents par an entre 1865 et 1885). La maîtrise de la mobilité, maîtrise de l’équilibre sur la bicyclette, maîtrise de la puissance et de la signalisation pour l’automobile et le train implique la maîtrise psychologique. Tout ce qui provoque un incendie frappe particulièrement l’imaginaire populaire, que la catastrophe soit due à la technologie ou à un phénomène naturel (foudre, éruption volcanique).

On s’indigne sur les catastrophes minières, salaire cruel d’un travail inhumain. On subit le phylloxéra ou la maladie du charbon comme s’il s’agissait de fléaux naturels.

Et, avant Pasteur et Koch, les épidémies, peste ou choléra, variole ou typhoïde, sont encore souvent perçues comme les manifestations d’une vengeance divine. Elles restent mystérieuses, redoutées et les conseils prodigués sont plus près de l’exorcisme que de la médecine.

Quant à la guerre, par le nombre de ses victimes, on pourrait facilement lui donner le nom de plus grand des fléaux. Mais qui y songe ?

« La médecine n’a pas seulement pour objet d’étudier et de guérir les maladies, elle a des rapports intimes avec l’organisation sociale. L’hygiène publique est l’art de conserver la santé aux hommes réunis en société ». Hygiène morale et hygiène sociale vont bientôt se confondre. Il est temps, car en France la mortalité augmente, pendant qu’elle diminue dans les villes étrangères où existe le tout à l’égout.

« V’là l’choléra ! »*

l'épidémie de choséra à Paris en 1854

l'épidémie de choléra à Paris en 1854

En octobre 1853, le choléra fait peser sa sombre menace sur Paris, puis on croit le danger écarté. Mais en mars 1854, les mouvements de troupes vers la Crimée favorisent la propagation de l’épidémie. 75 000 soldats succombent au choléra, presque autant qu’il en tombe devant Sébastopol.

La gloire…et le choléra.

Le fléau disparaît en 1855 et revient ravager la France en 1884, venant de la Mecque via Constantinople, Malte, Marseille et Toulon. En 1883, on annonçait encore qu’on ne rencontrait chez les cholériques aucun micro-organisme caractéristique et lorsque le docteur Koch, en 1884, observe le bacille en forme de virgule bien caractéristique, le monde scientifique pense qu’il est prématuré de voir en lui l’agent responsable du choléra et accorde souvent plus de crédit aux 237 communications reçues par l’Académie en 1884 prônant des remèdes allant de l’immersion dans des bains d’urines aux traitements par l’essence de pétrole qu’aux résultats obtenus par Koch et la mission allemande du choléra.

* Chanson populaire de l’époque

Un fléau nommé phylloxéra.

« La viticulture française était à peine remise des souffrances causées par l’oïdium qu’une maladie nouvelle plus terrible que la première l’attaquait à son tour : le phylloxéra. »

Cet insecte, voisin des pucerons a été introduit dans nos cultures par des vignes d’origine américaine. Les premières taches jaunes, symptômes de la maladie, apparaissent vers 1864 dans la vallée du Bas-Rhône, sur le plateau de Pujaux près de Roguemanne où un propriétaire avait planté des vignes américaines provenant de Géorgie.

En 1868, le mal prend des proportions catastrophiques ; la production chute de moitié dans les Bouches-du-Rhône et de plus des trois quarts l’année suivante. Le terrible insecte a détruit le vignoble français en moins de 10 ans.

Malgré des recherches actives pour trouver des remèdes, les solutions proposées sont souvent fantaisistes. Des essais de sulfatage sont proposés dans les années 1870, mais le patrimoine viticole national sera sauvegardé par le greffage, à partir de 1878, de nos cépages sur des plants de vignes américains résistants au phylloxéra. Les vignobles du Languedoc-Roussillon sont nés de ces nouvelles plantations.

1897 : L’incendie du bazar de la charité: La nouvelle idole, le cinématographe, fait ses premières victimes

L'incendie du bazar de la charité

L'incendie du bazar de la charité

Paul Morand : « … Clovis se retourna et vit une flamme se dresser sur l’estrade. Elle s’enrubanna autour du cinématographe qui, dans un grésillement instantané, se mit à fondre avec toutes ses pellicules. Les gestes qu’on pouvait faire pour se protéger ou pour fuir arrivaient trop tard, car l’incendie avait déjà lancé son coup de gueule au ciel, ses griffes à travers la foule.

Le vélum tendu au-dessus du bazar se gonfla d’air chaud comme une montgolfière, fit craquer ses cordages, tendit une vaste bannière mouchetée de jaune, puis de roux, enfin de noir, qui se perfora, avant de se déchirer. Les têtes levées, aveuglées par le soleil, ne voyaient pas que le plafond de toile brûlait ; ce ne fut que lorsqu’il eut cédé au passage de l’appel d’air, qu’il fléchit sous son poids et se rabattit sur les assistants.

Avant de comprendre qu’il allaient être rôtis, avant de chercher une issue, ceux-ci reçurent l’averse de feu sur les épaules. Les ruchés et les festonnés, la paille des grands chapeaux, la mousseline des robes, le taffetas des volants et la soie des ombrelles, les voilettes, les rubans et les plumes, l’organdi et la percale, tous les tissus légers comme des vapeurs qui habillaient les corps des femmes, heureuses de s’abandonner à un précoce été, s’allumèrent comme des feux de joie, flambèrent dans l’air tiède, imprégné des parfums exquis et de lotions ambrées.

Tout le monde s’empare du fait divers, la presse dramatise, en amplifie l’horreur : « C’est le deuil des riches, clament les uns, on ne s’émeut pas autant devant une catastrophe minière, disent les autres. 110 femmes sur 116 victimes, c’est bien là la lâcheté des hommes ! Mon Dieu quelles mœurs ! les femmes sont responsables, reprennent les derniers. C’est la main de Dieu : le châtiment de ceux qui se détachent de lui en adorant une nouvelle idole : le cinématographe. Dieu n’existe pas rétorquent d’autres : le bazar avait été béni par le nonce pontifical quelque temps avant l’incendie. »

On édifiera sur les lieux l’Eglise Notre Dame de la Consolation en mémoire de la catastrophe, en mémoire surtout de la duchesse d’Alençon, l’une des premières dames de France, disparue dans l’incendie.

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