Les présidents de la république, de la première à la troisième

THE140ALa première République n’a pas voulu en avoir. La deuxième a fait le sien trop puissant : à peine président, il était déjà Empereur.

La troisième choisit Thiers (1871), qui a gouverné plus qu’il n’a présidé.

Jules Grévy, élu, stabilise la fonction. Il est le premier républicain président de la République. Son rôle, outre représenter la France : conseiller, arbitrer, assurer la permanence en cas de vacance du gouvernement, de crise ou de conflit. Ses successeurs s’y emploient avec plus ou moins de succès. Plutôt plus pour Félix Faure, plutôt moins pour Sadi Carnot.

Félix Faure exerce la fonction avec un grand sens de la représentation et du prestige de la France, Emile Loubet avec bonhomie. Il est le premier à quitter l’Élysée normalement : Thiers a été renversé ( 1873), Mac-Mahon et Casimir Périer se sont démis, Grévy a été comme chassé à la suite d’un scandale, Félix Faure est mort subitement. Armand Fallières, le père Fallières, remplira son septennat, c’est un sage : 1906-13.

Le dernier avant la Grande Guerre sera Poincaré (1913-20). Comme tous les présidents de la IIIe République, il vivra le paradoxe d’une grande responsabilité morale tempérée par une grande servitude, l’inaction. « Je ne me sentais, écrira-t-il, aucun goût pour un rôle dont j’admirais et reconnaissais la grandeur mais qui, ne comportant aucune responsabilité légale, laissait forcément à celui qui l’exerçait peu d’initiative et d’indépendance. »

En juriste éminent, il utilisera cependant pleinement les pouvoirs dont il dispose. Un an après avoir consacré Clemenceau et Foch, le Parlement vote que lui aussi « a bien mérité de la Patrie ».

Le premier président de la République de la IIIe

Ce dimanche-là, en 1873, les Parisiens se réveillent mi-satisfaits, mi-nostalgiques ; ils viennent d’apprendre que Mac-Mahon est élu président de la République par la Chambre (par 390 voix sur 392 votants, les députés de gauche s’étant abstenus ; la majorité n’est pas vraiment écrasante).

Les Parisiens regrettent-ils Monsieur Thiers qui menait depuis quelque temps une guerre sourde à l’Assemblée et qui ayant finalement été mis en minorité par 360 voix contre 345, a donné sa démission ? En revanche, ils ne s’attendaient peut-être pas au rétablissement de l’ordre moral.

C’est pourtant la ligne choisie par le gouvernement de combat qu’organisent Mac-Mahon et le duc de Broglie, après avoir fait voté la loi du septennat en novembre : « Le pouvoir exécutif est confié pour sept ans au maréchal de Mac-Mahon avec le titre de Président de la République. »

Un gouvernement de la République qui écarte les fonctionnaires « républicains », fait enlever des mairies les bustes de la République et évite le mot « république » dans les actes officiels.

Une Constitution ambiguë qui conforte la République

Les lois constitutionnelles, appelées improprement Constitution de 1875, précisent les rapports entre le chef de l’Etat et le chef du gouvernement, et confirment la forme parlementaire du régime. Le président élu pour sept ans par les deux assemblées réunies en congrès, détient l’exécutif ; il nomme les ministres, mais il est irresponsable et ses actes doivent être contresignés par un ministre. Il peut dissoudre la Chambre, sur avis favorable du Sénat. La coutume et la pratique républicaine contribueront à affaiblir les pouvoirs du président ; en France, après l’expérience du 16 mai 1877, il ne sera plus acceptable de dissoudre la Chambre.

Le gouvernement, lui, est responsable devant le parlement.

Les monarchistes ont accepté ces nouvelles institutions -un peu ambigues- dans le but de préparer une restauration ; les républicains ont imposé, par le vote de l’amendement Wallon, le mot de République dans l’expression « président de la République ». Adopté à une voix de majorité, ce fameux amendement contribue à établir la République et rend en fait plus difficile une éventuelle restauration.

Le premier président républicain – 1879

Mac-Mahon ne se soumet pas, il se démet. La présidence est vacante. Le nom de Jules Grévy s’impose. Cet ancien de 1848, ce républicain modéré au talent oratoire reconnu, ce juriste intègre qui a su présider fermement la Chambre des députés depuis 1876 est un excellent candidat.

Il est élu président de la République en 1879  à une large majorité par le Congrès réuni à Versailles. Son élection va stabiliser la fonction. Il est le premier président républicain à l’Elysée. Il saura conseiller, arbitrer, assurer la permanence en cas de vacance du gouvernement, en cas de crise ou de conflit.

Président, il est de ceux dont Raymond Poincaré disait « qu’élus par le Parlement, ils ne devraient jamais leur pouvoir qu’à l’autorité morale que peuvent leur avoir donnée leur expérience, leur connaissance des hommes, leurs services. »

Adolphe Thiers
Adolphe Thiers

Thiers Adolphe, historien et homme d’État français

1797 (Marseille) – 1877 (Saint-Germain-en-Laye)

« Monsieur Thiers, tirez nous de là ! »

Dès le 4 septembre 1870, Thiers est l’homme qui a eu raison. La catastrophe de la défaite, il l’a prédite ; on l’a accusé d’être vendu à la Prusse, d’être la « trompette antipatriotique du désastre ». Mais aujourd’hui la France est vaincue, sans gouvernement, du moins sans gouvernement légitime, sans armée, son territoire en grande partie occupé par l’ennemi.

En février 1871, le « dauphin de la révolution », l’ancien président du Conseil de Louis Philippe qui a contribué à faire voter les lois de répression, celui que les républicains ont haï, celui qui soutient Louis Napoléon Bonaparte parce qu’il admet la république pourvu qu’elle soit conservatrice, celui enfin que l’Empire exile et qui reviendra député en 1863, celui-là, va, en février 1871, devenir le patient fondateur de la IIIe République.

Plébiscité comme député dans vingt-six départements, il est élu le 17 février « Chef du pouvoir exécutif de la République française » par une Assemblée nationale en majorité royaliste. Comme disait déjà de lui Talleyrand en 1834 : « Il n’est point parvenu, il est arrivé. »

Fort d’institutions provisoires, soutenu par la conjonction des centres et parfois par toute la droite, il négocie et signe les préliminaires de la paix, écrase la Commune de Paris au prix d’une répression atroce qui inspire confiance aux « honnêtes gens » et se voit confirmer, en août 1871, dans ses attributions comme « président de la République française ».

Persuadé de sa compétence universelle, doué d’une mémoire sans faille et d’une activité débordante malgré son âge, « Monsieur Thiers » assure la libération du territoire grâce à deux emprunts qui ont offert à la spéculation, selon le Crédit Lyonnais lui-même, des « facilités excessives »; il réorganise l’armée et s’oppose à tout impôt sur le revenu.

La France fait, en outre, avec lui l’apprentissage d’un certain régime parlementaire. Devant les progrès des républicains radicaux aux élections partielles, les conjurés de la droite décident par 362 voix contre 348, de voter la défiance en mai 1873.

L’Assemblée Nationale, dont on a dit qu’elle a été « la pacificatrice du pays et la libératrice du territoire », se sépare de Thiers et le remplace par Mac-Mahon. Dans son dernier message, Thiers proclame « La République c’est, la nécessité ». Jusqu’à sa mort il le pense et, député, il siégera comme chef de l’opposition républicaine.

1823-27 : publication de Histoire de la Révolution

1830 : député d’Aix

1832 et 34-36 : ministre de l’Intérieur (il réprime durement les mouvements insurrectionnels de Lyon et Paris)

1833 : élection à l’Académie française

1836 : président du Conseil

1840 : ministre des Affaires étrangères

1845-62 : Histoire du Consulat et de l’Empire

1851 : exilé en Suisse après le coup d’État du 2 décembre, il revient en 1852

1863 : député de Paris

31 août 1871 : président de la République française

24 mai 1873 : vote de défiance à l’Assemblée

Jules Grévy
Jules Grévy

Grévy Jules, homme politique français

1807 (Mont-sous-Vaudrey, Jura) – 1891 (Mont-sous-Vaudrey, Jura)

« Je ne veux pas que la République fasse peur. »

Jules Grévy le proclame déjà en 1848 – c’est un précurseur – lorsqu’il est élu député du Jura.

Il rêve d’une république bourgeoise et rassurante où une Chambre unique  et raisonnable étendrait progressivement les libertés après en avoir discuté.

C’est pourquoi il propose en 1848 un amendement contre l’élection du   président de la République au suffrage universel. Pas de monarque ! C’est pourquoi sous le Second Empire, il est un des dirigeants de l’opposition  républicaine, le plus âgé, très représentatif d’une certaine bonne bourgeoisie de province.

C’est pourquoi quand il est élu président de la République en 1879, après  la démission de Mac-Mahon, il va fixer les règles du jeu constitutionnel   pour consacrer définitivement la république.

Jules Grévy n’est ni un homme d’action ni un penseur : c’est un juriste  éminent ; il se considère comme le garant de la constitution, le bouclier  de la République et le chef de l’exécutif.

Il usera toujours, habilement, du droit qu’a le président de la République de désigner le président du Conseil. Il est fort imbu de son rôle en politique extérieure.

Homme de sang-froid, il ne se laisse pas entraîner par la passion dans les  moments difficiles comme lors de l’affaire Schnaebelé. Il connaît parfaitement son monde et sait nommer qui ne lui porte pas ombrage. Gambetta n’est pas de ses amis ; il l’écarte tant qu’il peut et quand il le désigne, il ne fait rien pour tempérer les éclats de l’opposition.

Réélu le 28 décembre 1885, Jules Grévy devra démissionner pour une sombre affaire de décorations à laquelle son gendre a été mêlé.

1863 : député du Jura

1869 : élu au Corps législatif

1871-73 : président de l’Assemblée nationale

1876-79 : président de la Chambre des députés

1879-87 : président de la République

Georges Clemenceau
Georges Clemenceau

Clemenceau Georges, homme politique français

1841 (Mouilleron-en-Pareds, Vendée) – 1929 (Paris)

Clemenceau, le tombeur de ministères, est un homme redouté. Républicain sous l’Empire, médecin athée et cultivé, il s’est battu au début de la République contre les opportunistes, pour l’application intégrale du programme de Belleville de 1869.

A partir de 1893, sa carrière politique s’interrompt pendant dix ans : il a un moment soutenu le général Boulanger, et surtout il est soupçonné de compromissions dans le scandale de Panama.

Sa carrière de journaliste, elle, se poursuit ; c’est lui qui, dans le journal qu’il dirige, L’Aurore, trouve le titre « J’accuse » pour la lettre qu’écrit Zola.

Quand il devient en 1906, à 65 ans, ministre de l’Intérieur, puis président du Conseil, celui qu’on nomme « le Tigre », pour ses célèbres coups de patte, se révèle « le premier flic de France » et un authentique « briseur de grèves ». Il révoque les instituteurs qui appellent leurs collègues à se syndiquer, utilise l’armée et la ruse contre les révoltés du midi, et ose envoyer la troupe à Draveil.

– « Que prenez-vous ? lui demande, en mars 1906, son premier président du conseil, en lui offrant l’apéritif.

– « L’Intérieur. » répond Clemenceau.

Pendant la guerre, Raymond Poincaré l’appellera de nouveau au pouvoir pour briser les mutineries dans l’armée et les grèves :

Il fait arrêter les pacifistes, les « défaitistes » et proclame : « Je fais la guerre », d’un ton qui ne souffre aucune contradiction, soutient Foch comme commandant en chef des armées alliées et mérite ainsi son surnom de « père la victoire ». Au moment de construire la paix, les inimitiés contractées dans le passé réapparaissent ; Briand le déteste.

Il est battu par Deschanel à la Présidence de la République. Il se retire alors dans sa Vendée et écrit ses mémoires. Un radical ? Si peu, au sens parlementaire du terme. Un homme d’exception, sûrement.

1871 : député de la Seine

1875 : président du Conseil municipal de Paris

1885 : député du Var

1893 : défaite dans le Var

1902 : sénateur du Var, réélu jusqu’en 1920

1906-09 : ministre de l’Intérieur, président du Conseil

1917-20 : président du Conseil et ministre de la Guerre

1927 : publication de Au soir de la pensée.

Raymond Poincaré
Raymond Poincaré

Poincaré Raymond, homme d’État français

1860 (Bar-le-Duc) – 1934 (Paris)

La raison conduit toute la vie de Poincaré, son attitude se situe toujours à la croisée des chemins, elle lui permet de satisfaire une ambition qui ne s’est jamais démentie. Il rassure la gauche par son rationalisme et son attachement au laïcisme ; il est apprécié à droite pour son nationalisme intransigeant et son refus de l’impôt sur le revenu.

Il évite soigneusement de prendre position dans l’Affaire Dreyfus et ne se mêle pas des luttes anticléricales. Il peut apparaître comme un grand rassembleur, un vrai patriote, au dessus de la mêlée.

Pendant son ministère, puis pendant sa présidence, il conserve une attitude ferme vis à vis de l’extérieur, – ses détracteurs le surnomment « Poincaré la guerre » – ; son nom reste attaché aux malheurs de la guerre, mais aussi à la victoire même si son intransigeance n’est pas toujours appréciée en particulier par son président du Conseil: Clemenceau.

Au traité de Versailles, il n’obtient pas l’occupation définitive de la rive gauche du Rhin. C’est lui qui fera occuper la Ruhr en 1923.

Désavoué aux élections de 1924, il faudra l’échec du Cartel des gauches, pour qu’il revienne au pouvoir.

C’est la deuxième facette de son image d’homme politique : la rigueur financière. Il stabilise le franc, le monde des affaires lui fait confiance. Il ne quittera le gouvernement que pour raison de santé et écrira ses souvenirs durant la fin de sa vie.

1887-1903 : conseiller général, député de la Meuse

1893-94 : ministre de l’Instruction publique

1894-95 : ministre des Finances

1903-13 : sénateur de la Meuse

1906 : ministre des Finances

1909 : Académie française

1912-13 : président du Conseil, et ministre des Affaires étrangères

1913-20 : président de la République

1920 : président de la Commission des réparations, réélu au Sénat

1922-24, 1926-29 : président du Conseil

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