De la fascination pour la technique à la naissance du 7e art

L'entrée du train en garde le la Ciotat

L'entrée du train en garde le la Ciotat

1895 Un délire populaire

La Sortie des usines Lumière, Le Voltige, La Pêche aux poissons rouges, Le Débarquement du congrès de photographie à Lyon, Le Jardinier, Les Forgerons, Le Repas, Le Saut a la couverture, Place des Cordeliers à Lyon, La Mer. Quel programme ! Ces boites de 17 m de bande film font une minute de projection. Il y en a beaucoup pour dire que « c’est une curiosité scientifique sans avenir commercial. »

La première projection publique des films des frères Lumière vient d’avoir lieu, elle obtient un succès fou, c’est du délire, et dès la première semaine il y a une queue de 300 mètres sur le boulevard des Capucines devant le sous-sol du Grand Café où ont lieu les séances, une toute les 25 minutes.

Brevet du cinématographe : Louis et Auguste Lumière, déposé le 13 janvier 1895.

Première projection d’un film tourné par Louis : 22 mars 1895.

Première projection publique : 28 décembre 1895.

le Studio de Méliès

le Studio de Méliès

1896 : Méliès, le Studio : Tout pour le spectacle

Sa vie pour le spectacle, la prestidigitation, l’illusion. A l’affût de tout ce qui peut devenir spectacle, Méliès sort fasciné de la première séance du cinématographe. Il construit lui-même sa propre caméra et se lance dans la production de films. Les commandes affluent et comme Méliès n’aime pas dépendre des conditions atmosphériques, caprices de la pluie et du beau temps, pour tourner, il plante au milieu du jardin potager de sa propriété de Montreuil une grande salle vitrée qu’il baptise : Atelier de prise de vues cinématographiques.

17 m sur 10 m, l’atelier est orienté pour que la lumière attaque de face la scène de 11h à 15h ; système de cordages et de poulies pour tirer des châssis qui permettent de régler la lumière, loges pour les comédiens, rues, trappes, treuils, mâts à décor ; sinon le premier studio au monde, sûrement le premier atelier de prises de vue conçu pour filmer de l’illusion et plaire aux spectateurs.

Méliès, le premier créateur du spectacle cinématographique.

1908 : Le Film d’art

L’Assassinat du duc de Guise, un chef-d’œuvre du Film d’Art; la société fondée en 1908 par les frères Laffitte sur les instances des sociétaires de la Comédie-Française fait appel à « nos grandes étoiles, tout le dessus du firmament ».

« Le Film d’Art nous a conviés Salle Charras à son premier spectacle. Vous savez l’origine de cette ingénieuse tentative. Elle ne peut être vulgaire puisque Lavedan y a attaché, avec son nom, son concours assidu et personnel. Monsieur Camille Saint-Saëns a écrit pour L’Assassinat du duc de Guise un chef-d’œuvre de musique symphonique. Ce fut une des parties les plus goûtées de cette représentation un peu tâtonnante, imparfaite mais intéressante ainsi que tout ce qui commence et tout ce qui promet. »

-A. Brisson dans Le Temps-

L’élite cultivée apprécie mais » le gros du public resta froid, il ne comprit pas ». Ce sont là les limites du « théâtre filmé ». « Le film n’a pas encore trouvé ni son Shakespeare ni son Molière…Et qui n’a rêvé d’une dramatique spéciale, intelligemment appropriée à ce mode d’interprétation. » -G. Babin dans L’Illustration-

Prise de conscience de la spécificité de ce nouvel art et relatif échec marquent ainsi l’histoire du cinématographe. En découvrant sa volonté d’autonomie, il saura ensuite la conquérir et devenir le septième art.

1912 : Le Nu descendant l’escalier de Marcel Duchamp: un nu qui pose le problème du mouvement dans la peinture

Quand la vision du Nu lui est apparu, Duchamp a compris qu’elle « briserait pour toujours les chaînes d’esclavage du naturalisme… »

Il reconnaît aussi dans le Nu une influence du cinéma ou plus exactement de la chronophotographie de Marey. Il recherche la démultiplication du mouvement.

« J’avais vu dans son livre comment il indiquait les gens qui font de l’escrime, ou les chevaux au galop, avec un système de pointillé délimitant les différents mouvements. C’est ainsi qu’il expliquait l’idée du parallélisme élémentaire. »

« En même temps, je gardais beaucoup de cubisme en moi, du moins dans l’harmonie des couleurs. Des choses que j’avais vu chez Picasso et chez Braque. Mais j’essayais d’appliquer une formule un peu différente. »

« Ce n’est que maintenant, quarante ans après, qu’on trouve que, quarante avant, il s’était passé des choses qui auraient pu gêner les gens, mais alors ils s’en fichaient complètement. »

Cependant… « Quand j’ai apporté le Nu descendant un escalier aux Indépendants, on m’a demandé de le retirer avant le vernissage (…) des gens comme Gleizes qui étaient pourtant extrêmement intelligents on trouvé que le Nu n’était pas tout à fait dans la ligne qu’ils avaient déjà tracée…une ligne de conduite absolument nette, droite, prévoyant tout ce qui devait arriver. J’ai trouvé cela insensé de naïveté. Alors, cela m’a tellement refroidi que par réaction contre un tel comportement, venant d’artistes que je croyais libres, j’ai pris un métier. Je suis devenu bibliothécaire à Sainte-Geneviève. »

« Je me suis toujours posé beaucoup de « pourquoi » et de l’interrogation est venu le doute, le doute de tout. Je suis arrivé à douter tellement qu’en 1923, j’ai dit : « Bon cela va bien. » (…) Alors j’en ai eu assez et j’ai arrêté mais sans heurts, sans décision brusquée ; je n’y ai même pas pensé. » -Conversation avec Pierre Cabane, Belfond (1967)-

Les frères Lumière

Les frères Lumière

Lumière Louis

1864 (Besançon) – 1948 (Bandol), chimiste et industriel français

« Un matin je me rendis dans la chambre de mon frère, qui, un peu souffrant avait dû rester alité. Il m’apprit que ne dormant pas, il avait, dans le calme de la nuit, précisé les conditions à remplir pour atteindre le but cherché et imaginé un mécanisme.

Il consistait à imprimer à un cadre porte-griffe un mouvement produit par un mécanisme analogue à celui du pied de biche de la machine à coudre. Ce fut une révélation… »

Louis Lumière vient, dans cette nuit, d’inventer le cinématographe, en faisant la synthèse des informations et techniques connues de lui et en y ajoutant la marque de son génie. Le brevet est déposé par les deux frères Louis et Auguste : il décrit la petite boîte de 5 kg qui sert à la fois de caméra, de projecteur, et de tireuse. Les feuilles de celluloïd qui viennent des Etats-Unis sont émulsionnées, découpées en bandes de 35 mm et perforées.

Tout est là pour le futur. A ce moment là, ils – c’est à dire le père Antoine et les deux fils – ne s’intéressent qu’accessoirement à la découverte.

Leur usine de plaques photographiques est florissante ; ils en vendent dans le monde entier et Louis s’intéresse d’abord à ses recherches sur la photographie en couleur.

Il organise quand même diverses projections. La première « publique » le 28 décembre 1895, bd des Capucines entraîne un mouvement formidable d’adhésion dans le public.

Une deuxième salle est ouverte bd Saint Denis. Des demandes d’achat de la miraculeuse boîte viennent du monde entier : il faut lancer une fabrication en série, créer une école d’opérateur-démonstrateur. Les frères Lumière parcourent le monde pour rapporter des films qui sont exploités immédiatement dans leurs salles.

Et pourtant Louis Lumière est sceptique sur l’avenir de l’invention, quand il engage Félix Mesguich comme opérateur il lui confie :

« Vous savez, ce n’est pas un poste d’avenir que nous vous offrons ; c’est un métier de forain. Cela peut durer six mois … une année peut-être… »

Cela dure encore. Louis expérimente la profondeur de champ, le film passé à l’envers, le travelling. Il fait un triomphe à l’Exposition universelle. Il léguera mille huit cent films en 1946 à la Cinémathèque.

13 février 1895 : dépôt du brevet du cinématographe

28 décembre 1895 : première séance publique de cinéma

1900 : le cinématographe est présenté à l’Exposition universelle

1903 : invention de la plaque autochrome, premier procédé commercial de photographie en couleur

1919 : Louis Lumière, membre de l’Académie des sciences

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