Les Muses de Maurice Denis

Les Muses de Maurice Denis - Musée d'Orsay

Les Muses de Maurice Denis - Musée d'Orsay

Réalisme et symbolisme

« Elle est plus belle que toutes les images, que toutes les représentations, que tous les effets subjectifs. Elle est en dehors de moi, ce n’est pas moi qui la crée », un cri d’amour de Maurice Denis, le nabi aux belles icônes, à sa femme Marthe.

Sous les marronniers, quatre groupes de femmes se sont réunis. Figures nettement cernées, légers modelés, impression de simples silhouettes, sentiment d’une seule inspiratrice, qui est cette muse ? Une réalité familière changée de décor. Toujours la même, elle se déplace au rythme des volutes qui hantent ce sous-bois. Principal sujet de cette toile, à vous de l’identifier !

1893 – 171,5 cm x 137,5 cm

Sujet

La scène se passe dans un parc de marronniers en automne, qui ressemble à la terrasse de Saint-Germain-en-Laye où habitait l’artiste. Trois femmes assises dont l’une s’apprête à dessiner et l’autre un livre ouvert sur les genoux sont en premier plan ; sept autres femmes, que des femmes, déambulent entre les arbres du parc. Au total, dix personnages alors que les Muses étaient au nombre de neuf.

Ce qui frappe immédiatement à regarder ce tableau ce sont les visages qui semblent appartenir tous à la même personne on sait d’ailleurs de qui il s’agit puisque Maurice Denis a peint sa femme Marthe dans beaucoup de tableaux. Il l’épousera d’ailleurs l’année de ce tableau. L’œuvre s’intitule d’autre part « les muses » c’est à dire les inspiratrices. Ce tableau est un hommage aux femmes qui cache fort mal un vibrant éloge de la femme aimée. Mais M. Denis prend ses distances avec la mythologie en peignant dix femmes et en leur donnant l’apparence contemporaine de Marthe. M. Denis qualifie cette toile de « panneau décoratif » quand il l’expose au Salon des Indépendants au printemps 1893.

Composition

La diagonale de construction de l’espace est donnée par les personnages et non par les choses elles-mêmes, cette ligne part de la tête de la jeune femme à l’extrême gauche du tableau passe par la nuque de sa voisine pour rejoindre les têtes des trois personnages centraux assis sous ce grand arbre. Un ligne d’horizon, le fond du jardin soutenue par les quatre personnages qui fond l’éloignement vers le fond du parc.

Les arbres comme de grandes colonnes sont disposés de la même manière que les femmes, ils structurent l’espace comme éléments fixes qui donne par leur fixité un vie plus intense au mouvement de ces femmes. Mais tout dans ce tableau est organisé pour soutenir un mouvement lent de balancement quelque peu hypnotique, qu’il s’agisse de la formes des branches, le l’étoilement des feuilles des marronniers que l’on retrouve au sol en feuilles mortes mais qui ont plutôt l’air d’être des ombres de feuilles. L’agencement décoratif de cette toile et les rythmes verticaux donnés par les troncs d’arbres et les personnages trahissent l’influence des grands décors de Puvis de Chavannes.

Couleur, lumière

Cette œuvre comporte une volonté décorative, on sait les idées des Nabis à ce sujet, leur désir de recréer un art décoratif de haute valeur spirituelle, on sait tout ce qui les agitait

Concernant les arts primitifs à la suite de Gauguin, et toutes leurs recherches autour de l’art médiéval, la tapisserie, et l’art de l’antiquité. Cette hantise du décoratif leur a fait redécouvrir non seulement les styles décoratifs mais aussi ce qui faisait l’esprit décoratif c’est à dire le motif et la répétition.

Cet esprit habite « les muses », en premier dans le travail de couleur qui se rapprochent plus des couleurs de la tapisserie que de celles de la peinture ; c’est un jeu qui tient du camaïeu, pratiquement basé sur 4 couleurs : l’ocre, le blanc, la terre de sienne et la terre verte. On peut y ajouter le noir comme symétrique du blanc, mais ce sont surtout ces couleurs de terre (oxydes de fer) les plus traditionnelles de la peinture (que les magdaléniens utilisaient déjà) sur lesquelles Maurice Denis construit sa palette, une palette très restreinte comme on peut le voir. La lumière est donc faite avec ces coloris, et l’ombre des arbres sera intelligemment serrée entre l’horizon extrêmement lumineux  et le premier plan illuminé aussi par la lumière du jour sur les deux robes, les visages et l’épaule de la femme qui pose.

Matière, forme

Tout la toile contient un mouvement de circulation d’une même forme, qui crée dans la composition cette impression de balancement, on voit cette forme en bas de la robe de la première femme en noir sur la gauche du tableau, mais elle est aussi dans les chevelures, dans les positions des bras, et surtout dans les robes des deux jeunes femmes du premier plan. Son départ est dans les épaules dénudées, elle se communique à la robe qui fait un mouvement tournant, puis à l’autre femme la dessinatrice, se continue avec la femme en noir et s’achève au loin dans cette silhouette qui semble elle aussi assise dans la lumière. Cette forme est une volute douce et « calme », elle habite aussi les arbres, elle organise ce mouvement général dans la toile qui est une sorte de danse lente imaginée sans doute dans la contemplation de la démarche d’une femme.

Le sol est traité en miroitement, les feuilles mortes étant en rouge ou en ocre d’or couleur du sol, elles forment un ensemble décoratif, mais à la manière d’un accompagnement musical. On sait l’amour que Maurice Denis portait à la musique, ami de Chausson et de Debussy, toute sa peinture a été imprégnée de musique et son désir d’atteindre à une harmonie aussi puissante que celle qu’elle apporte est visible dans son œuvre. mais il s’agit aussi dans cette œuvre de poésie, symbolisée par le livre que tient la jeune femme en noir. Ce tableau est un des sommets de la peinture symboliste.

Analyse réalisée pour le CD-Rom Secrets d’Orsay

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