Naturalisme et réalisme

HCD24_20Naturalisme et réalisme portent le même mouvement.

Le mouvement réaliste en littérature succède à celui des peintres. Les pratiques et les évolutions se font parallèlement mais restent autonomes. Ceux qui le conduisent sont des critiques d’art et des romanciers comme Champfleury, Duranty, Baudelaire, mais aucun grand romancier ne parvient à incarner le mouvement, à remplir le rôle de chef de file.
Il en résulte un foisonnement d’écoles aux contours incertains que grignotent tous les aléas, les reniements, les ambiguïtés et les contradictions de multiples filiations.

Le romantisme se réclamait déjà de la nature, de la vérité et du réalisme, mais il les traitait autrement, en célébrant le rêve, le fantastique et l’imagination. L’histoire des mœurs contée à travers la Comédie humaine (Balzac est mort en 1848) et le réalisme psychologique des héros stendhaliens pourraient offrir d’illustres précédents.

Inspirée du scientisme et du positivisme, la réaction réaliste s’insurge contre le sentimentalisme romantique et contre un art dont le beauté est réservée aux artistes, contre une idéologie et ceux qui l’incarnent, le pouvoir en place et les artistes et penseurs en faveur. Elle traduit surtout une volonté de réhabiliter le peuple et la recherche d’un langage simple en exprimant aussi une revendication politique qui provoque la réaction de la bourgeoisie. Homère, déjà, était considéré comme un dangereux réaliste par Cicéron.

Pour ou contre le réalisme dans les arts plastiques ?

Le Salon de 1848 avait été déclaré libre !

Des artistes qui jusqu’alors n’avaient pas le bonheur de plaire à l’Institut ou à l’administration des Beaux-Arts de Louis-Philippe exposent et sont récompensés : Corot, Diaz, Troyon, Daubigny, Rosa Bonheur.

Courbet obtient une seconde médaille et l’État lui achète L’Après-dînée à Ornans, ce qui soulève de nombreuses discussions. Les critiques se préparent à combattre pour ou contre le réalisme dans l’art.

« Il faut espérer que, sous prétexte de réalisme, quelque peintre de la même école représentera bientôt un fumier. Il trônera dessus et les bohémiens de la Sociale danseront autour. » Le Corsaire, 28 février 1851. Peu à peu, l’administration des Beaux-Arts grignote ce qu’elle avait concédé en 1848 et l’Institut retrouvera en 1857 les pouvoirs que lui avait confisqués la Seconde République. L’art officialisé par les jurys retrouve son influence.

Le réalisme dans l’art dramatique

Renouveler l’art dramatique « Dégager le style des grands poètes », créer un répertoire moderne, d’auteurs actuels, appliquer les nouvelles méthodes du réalisme scénique », depuis 10 ans déjà Stanislavski a fait de ces principes son bréviaire pour renouveler l’art dramatique. Cela le conduit de l’amateurisme au théâtre public : il fonde en collaboration avec Vladimir Nemirovitch Doutchenko, auteur et novateur avisé, le théâtre artistique de Moscou (Théâtre d’art) 1897.

Cette scène aura une résonance mondiale. Stanislavski y tente toutes les expériences, ne se fermant pas aux tendances qui animent le concert théâtral européen. En 1908 il écrira « Bien sûr, nous sommes revenus au réalisme mais enrichis d’expérience, de travail, à un réalisme affiné, profond et psychologique ».

Le naturalisme en littérature

Grâce à son expérience personnelle de la misère (1860-61), du journalisme, son adhésion à la doctrine positiviste, son engouement pour les découvertes scientifiques, Zola a entrepris depuis 1869 le cycle des Rougon-Macquart qu’il achèvera en 1893 ; il poursuit aussi inlassablement son activité militante et critique.

Le groupe de Médan, constitué en « Ecole » depuis 1877, publie en 1880 un recueil collectif Les Soirées de Médan, en réaction contre l’ordre moral et en souvenir de l’Année terrible, qui constitue plus une illustration de ses principes qu’un véritable manifeste de l’école naturaliste. Celard, Huysmans, et surtout Maupassant, rivalisent avec une même exigence documentaire et artistique suivant l’esthétique que Zola décrit dans le Roman expérimental(1880).

L’année suivante, il publie Les Romanciers naturalistes, mais déjà le groupe se disperse, car des divisions éclatent, l’individualisme et les oppositions doctrinales se retournant contre le maître: « Sa charrue s’embourbe dans l’ordure », lui reproche-t-on en 1887, au moment de la publication de La Terre.

Ainsi passent les écoles dans le milieu littéraire du XIXe siècle. Et, cependant que Zola poursuit son œuvre de créateur, les disciples essaient de voler de leurs propres ailes, mais c’est à l’étranger que le manifeste et la doctrine naturaliste connaissent le plus de succès.

Au théâtre, malgré le dynamisme d’Antoine et de son Théâtre libre, les pièces de Zola et celles des naturalistes ne rencontrent guère de succès.

Après 1880, une crise du roman « description du réel » tel que l’ont façonné Balzac, Flaubert ou Zola, succède au primat du roman. La poésie à nouveau apparaît comme la forme la plus achevée de la littérature. Marquée par les proclamation des écoles nouvelles, l’idéologie spiritualiste va s’efforcer de terrasser non pas tant la forme romanesque que les derniers avatars du réalisme.

Vers le naturalisme dans l’opéra italien

L’opéra italien s’appuie sur la longue tradition du bel canto de la fin du XVIIIe siècle que les maîtres du premier romantisme, Rossini, Bellini, Donizetti ont poursuivi en l’infléchissant vers l’opéra historique.

Rossini cesse brutalement de composer lorsqu’il constate le succès inouï remporté à Paris par le médiocre Meyerbeer. Ainsi la scène est libre où se développera le génie de Verdi qui marie heureusement la virtuosité vocale, les sujets historiques et une orchestration puissante.

La popularité, Verdi l’a gagnée par son talent original, mais aussi grâce à la situation politique particulière de son pays. Si en France, tout finit par une chanson, on peut dire que, en Italie, tout finit par un opéra : les œuvres à sujet historique de Verdi, certains chœurs surtout (Nabucco) ont joué un rôle essentiel dans la réalisation de l’unité italienne, ils sont l’expression musicale parfaite de l’identité d’un peuple qui devient une nation. Au milieu du siècle, Verdi atteint à la maîtrise avec sa fameuse trilogie, Rigoletto, Le Trouvère, La Traviata; avec Don Carlos, écrit pour l’Opéra de Paris (1867), puis Aïda (1870), Othello (1887) et Falstaff (1893) d’après Shakespeare, Verdi atteint au grand style.

Ses successeurs exploreront des direction toutes autres, adoptant des sujets familiers situés dans le monde contemporain : le vérisme est en Italie le correspondant du naturalisme en France. Mascagni et Leoncavallo lancent le mouvement avec Cavalleria rusticana (1890) et Paillasse (1892), mais c’est Puccini qui donnerra à ce courant son meilleur développement, La Bohème (1896), La Tosca (1900) et l’étonnant western qu’est La Fille du Far West, créé par Caruso à New-York en 1910.

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