Le vote au jugement majoritaire, l’écologie et le reste

Le suffrage universel en 1848

Le suffrage universel en 1848

Dans les discours des candidats à la présidence de la république, l’écologie n’est guère présente. Après moi le déluge, ce n’est pas nouveau dans la pensée politique!

Habituellement, ce blog ne fait que valoriser nombre de travaux auxquels j’ai participé. Mais en cette période d’élection, je ne peux m’empêcher d’exprimer ma stupéfaction devant l’indigence des discours et des propositions des candidats sur deux grands secteurs importants pour notre survie, l’environnement et l’éducation.

Le Chinois, qui ont bien pris conscience qu’ils étaient en train de mourir de pollution, risquent de faire la révolution écologique avec autant de brutalité et d’efficacité que la révolution culturelle du temps de Mao. Ils achètent tous les systèmes de potabilisation et d’épuration qui existent dans le monde, les testent avant de se décider. Et bien tôt, ils risquent d’envoyer des bataillons, armés de petits livres vert,s pour fermer toutes les usines polluantes. Et quand ils mettent le paquet, le Chinois sont d’une efficacité redoutable.

En 1960, 12% seulement des Français étaient raccordés au tout à l’égout et on a attendu les années 1970 pour expliquer aux agriculteurs que les surplus d’engrais qu’ils utilisaient aller polluer les nappes d’eaux souterraines.

En 1974, dans les instances internationales, les chercheurs tiraient la sonnette d’alarme: l’humanité va mourir sans doute de chimie avant de mourir de biotechnologies.
Les nouvelles pathologies sont liées aux contaminants issus des activités humaines dont la présence ubiquitaire, polyvalente et insidieuse a des effets à long terme sur la santé de l’homme (cancers, altérations endocriniennes, intoxications, etc.).

La lutte contre la pollution devient très technique, aussi sophistiquée que la chimie qui produit les nouveaux polluants.

Quant à l’éducation, elle ne remplit pas sa fonction de levier contre le chômage : les filières techniques continuent d’avoir une image d’enseignement poubelle, même s’il y a eu quelques progrès, on ne donne pas les bonnes armes aux enseignants pour captiver leur public et surtout pour être crédibles. L’industrie n’arrive pas à pourvoir les postes d’ingénieurs dont elle a besoin, et au ministère de l’Éducation, on débat depuis de nombreuses années sur la meilleure méthode pour apprendre à lire alors qu’un bon instituteur sait très bien comment faire et y parvient parfaitement lorsqu’on le laisse faire.

Enfin, si on regarde l’industrie : les groupes qui fonctionnent sont ceux qui ont mis la question humaine et l’innovation au centre de leurs stratégies et non les tours de passe passe boursiers.

Bien sûr que la mondialisation existe et qu’il faut la gérer, mais, c’est comme le grand cycle de l’eau et le petit cycle de l’eau, si on ne maîtrise pas le petit cycle, on gangrène le grand.

Il est regrettable qu’aucun des candidats aux présidentielles n’apporte un regard « développement durable » sur les solutions d’avenir à envisager. On ne peut pas résoudre des problèmes complexes avec des idées simplistes.

Dommage que le scrutin ne soit pas un vote au jugement majoritaire  (voir Pour la science N° 414 : ne votez pas, jugez!).

Les paradoxes su scrutin majoritaire à deux tours sont bien connus depuis Condorcet. Si on compare le résultat issu de ce scrutin au résultat d’un scrutin dit vote au jugement majoritaire, on constate qu’il est très différent (Par exemple Marine Le Pen qui dans certains sondages est donnée arrivant en troisième position, arriverait dernière dans un scrutin au jugement majoritaire selon une simulation fait auprès de 991 personnes ).

Dans le scrutin au jugement majoritaire, on ne vote pas pour une personne: on place tous les candidats dans un tableau et on note chacun d’eux sur une grille de sept évaluations : excellent, très bien, bien, assez bien, passable, insuffisant, à rejeter.

C’est le dépouillement de ces tableaux qui donne le résultat, bien plus conforme aux aspirations de citoyens. Depuis l’instauration du vote pour le président de la république au suffrage universel en 1848, on se mord les doigts avec ce scrutin. Mais personne ne bouge.

2 comments for “Le vote au jugement majoritaire, l’écologie et le reste

  1. Lucien
    23 avril 2012 at 10:28

    Le mode de scrutin classant les candidats sur la base du jugement majoritaire a de remarquables qualités tant dans sa fidélité aux nuances des avis exprimés par les électeurs que dans sa résistance aux stratégies de manipulation des votes qui font malheureusement le cœur de l’activité politicienne.

    Il est simplement dommage que pour le défendre vous ne trouviez rien d’autre que de lui trouver le seul intérêt d’être moins favorable à Marine Le Pen que le mode de scrutin actuel (avis d’ailleur contestable). Vous vous révélez ainsi être vous même un peu manipulateur sur les bords alors que se sont les qualité intrinsèque de ce mode de scrutin qui devraient être exposées et démontrées (au sens rationnel et même mathématique du terme).

  2. 23 avril 2012 at 11:06

    Je cite mes sources et dans l’article de pour la Science, la simulation qui a été faite est très démonstrative en ce qui concerne Marine Le Pen. N’importe quel extrême aurait donné le même résultat puisque le principe de ce vote est de tenir compte de ce que les électeurs refusent, c’est une façon plus astucieuse encore que de tenir compte des votes blancs. Je renouvelle mon conseil de lire cet article car la démonstration mathématique est est clairement expliquée. Je ne voulais pas la recopier!

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