Rochefort et La Lanterne

Caricature de Rochefort, créateur du journal La lanterne

Caricature de Rochefort, créateur du journal La lanterne

Les 7 février 1870, Rochefort se fait arrêter, une fois de plus.

1868, premier numéro de La lanterne

« La France contient, dit l’Almanach impérial, trente six millions de sujets sans compter les sujets de mécontentement. »

Rochefort aime « confier ainsi ses petites idées sur nos grands hommes dans un journal » : La Lanterne. Couverture rouge, petit format (in 32), il disparaît dans n’importe quelle poche et traverse aussi les frontières. La loi libéralisant la presse venant d’être votée, Henri Rochefort peut donner libre cours à ses humeurs.
« Ecrit à bâtons rompus, sans méthode fixe, ce journal qui ressemble à un volume ou plutôt ce volume qui a la prétention de représenter un journal, variera son programme d’autant plus facilement qu’il n’en a aucun. »
Numéro après numéro, Rochefort lance ses pamphlets contre l’Empire, accumulant les condamnations. Il persiste jusqu’à la déclaration de guerre. En effet :
« Le véritable auteur de La Lanterne, ce n’est pas moi, c’est l’Empire. »
– Victor Henri de Rochefort –Quelques exemples des moqueries de Rochefort

Mort d’un modéré antiesclavagiste: l’assassinat de Lincoln (1865)

Comme si les quatre années de guerre civile acharnée n’avaient pas été assez horribles, le crime universel vient de nous plonger dans la stupeur : Ce soir du 14 avril 1866, au théâtre de Washington, Abraham Lincoln, qui vient d’être réélu pour quatre ans à la Présidence des Etats-Unis, a été tué d’un coup de revolver dans sa loge par l’acteur Booth, partisan de l’esclavagisme.
« Ah, vous avez cru que tant de témérité resterait impunie, vous vous êtes imaginé que Dieu, à qui rien n’échappe, vous laisserait ainsi bouleverser, à vous tout seul, tous les usages adoptés et toutes les idées reçues ! Cette outrecuidance appelait un châtiment exemplaire. » Faut d’la vertu, mais pas trop n’en faut »

Henri Rochefort.

Une image de légende voulu par le neveu

« La statue équestre où Napoléon III est représenté en César (rions-en pendant que nous y sommes) et dont j’ai parlé dans mon dernier numéro, est l’œuvre de Monsieur Barye en 1865.
On sait que Barye est le plus célèbre de nos sculpteurs d’animaux. »
Rochefort dans La Lanterne du 10 octobre 1868 se moque ainsi d’un des plus célèbres de nos sculpteurs animaliers, mais il fustige surtout la « Napoléomanie » qui permet au neveu de se glorifier à travers l’oncle, quels que soient ses travers.

Henri Rochefort

Henri Rochefort

Rochefort Victor Henri, marquis de Rochefort-Luçay, journaliste et homme politique français
1831 (Paris) – 1913 (Aix-les-Bains)

Le « prince » des journalistes et des pamphlétaires, l’idole de Paris et des parisiens, la bête noire des hommes au pouvoir est un aventurier qui a fait de sa vie une course rocambolesque au travers des agitations de l’Empire et des tumultes de la IIIe République.
Victor Henri de Rochefort-Luçay, fils du marquis Arnaud de Rochefort, vaudevilliste -de noblesse berrichonne-, tient sa foi républicaine et son mépris des castes de sa mère. Employé à l’Hôtel de Ville, antiquaire, amateur de courses, il écrit aussi des vaudevilles comme son père, mais surtout des articles de journaux : au Mousquetaire que dirige Dumas père, à la Chronique parisienne et au Charivari. On se l’arrache, jusqu’au jour où « sa phrase à aiguilles, d’où l’épigramme part comme un plomb mâché « ira éclairer sa propre Lanterne.
Pour chaque numéro de La Lanterne il est poursuivi, mais le journal est très lu. Les condamnations pleuvent, les duels se multiplient, le tout entrecoupé de séjours à la prison de Saint-Pélagie, de périodes d’exil, et de retours triomphants à Paris.
Après avoir accablé l’Empire, il attaque sans nuances la République opportuniste dans son nouveau journal L’Intransigeant. Ce mystique d’une république pure n’accepte pas qu’elle soit vendue aux marchands. Et peu à peu celui qu’on appelait le « marquis rouge » va glisser de l’esprit républicain le plus sincère au nationalisme cocardier le plus intransigeant, soutenant l’aventure de Boulanger, faisant campagne pour les antidreyfusards. Le hardi sagittaire ne supporte pas plus le socialisme doctrinaire que l’Empire autoritaire. Il est rebelle à toute discipline. Le monde change. Il continue de lancer ses flèches et de crier sa souffrance. Il rêve d’un code dont le premier article serait : « la recherche de la popularité est interdite ».
« Cheveux en flamme de punch sur un front trop vaste, à la fois boîte à migraine et réservoir d’enthousiasme » – Léon Daudet –
mais surtout machine à écrire, superbe boîte noire qui révèle l’histoire du XIXe siècle.

1868 : 1er numéro de La Lanterne
1869 : 1er numéro de La Marseillaise – élu député républicain de Paris
1870 : ministre du gouvernement de la Défense nationale, démissionnaire quand il est question d’abandonner l’Alsace et une partie de la Lorraine
1871 : il est condamné à la déportation en Nouvelle-Calédonie
1874 : évasion
1880 : retour d’exil en France – Création de L’Intransigeant
1889 : il est condamné par contumace à la déportation perpétuelle
1895 : retour d’exil après avoir été amnistié

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