Banque et banquiers au XIXe siècle

Le Crédit Lyonnais

Le Crédit Lyonnais

La haute banque décrite par Balzac, les vieilles maisons, comme celles des Rothschild, continuent de se développer, mais on voit apparaître les comptoirs d’escompte, chers aux commerçants. C’est la naissance, également, des grandes banques d’affaires qui ne travaillent pas avec leurs propres fonds, mais collectent l’épargne du public, surtout sous forme d’obligations émises au nom de la banque elle-même. Elles favorisent le développement des chemins de fer, de la navigation maritime, des assurances, de la construction immobilière, des houillères, et la création de sociétés qui existent encore, le Crédit mutuel des frères Pereire, Paribas.
Les banques de dépôts drainent l’épargne des petits clients (Crédit Lyonnais, Société Générale) assurant les fonds de roulement.
La Banque de France, institut d’émission créé sous Napoléon Ier est garante des escomptes et fixe pratiquement le loyer de l’argent. Et l’on voit souvent la vieille dame et son gouverneur tenir la dragée haute à tous et même à l’Etat. « Ah ! les Turcs n’ont pas de grand livre de la dette publique, ni de la Banque de France », disait Balzac.

 

Quelques banques

6 juillet 1863, fondation du Crédit Lyonnais : une étape vers la libéralisation.

Moins de mille créations de sociétés anonymes en cinquante ans ; et encore, beaucoup d’entre elles ont-elles disparu !
La création des banques et l’expansion industrielle sont freinées par une législation draconienne : pour créer une société, il est nécessaire d’attendre une décision gouvernementale aléatoire et révocable.
Napoléon III, soutenu par son ministre des finances, Achille Fould, cède aux pressions des milieux d’affaires : « Il faut laisser une liberté plus grande aux associations commerciales et dégager la responsabilité, toujours illusoire de l’administration. »
Aussitôt, Henri Germain fonde le Crédit Lyonnais ; dans la foulée, se créent bien d’autres SARL. C’est le début des banques de dépôt, du crédit et la naissance des chèques.

Société générale

Société générale

Le 4 mai 1864, fondation de la Société Générale :

« Vive la concurrence, mais que vont devenir les Pereire ? »*

L’entreprise industrielle est une espèce récente en voie de développement rapide, et très friande de capitaux. Le public a beaucoup de mal à apprécier la valeur et l’intérêt de telles exploitations, aussi s’en tient-il aux valeurs d’Etat ou se confie-t-il au quasi monopole des frères Pereire du Crédit Mobilier.
Joseph Eugène Schneider et Paulin Talabot, en créant la Société Générale pour favoriser le développement du commerce et de l’industrie en France ont compris la nécessité de servir de trait d’union et de garantie entre le capital, qui est du travail ancien et le travail actif, militant, qui entretient la vitalité nationale. Non pas produire mais susciter la production, initier, patronner, soutenir, apporter une aide diversifiée. Les souscriptions affluent, surtout d’Angleterre.

1878, Création de l’Union générale

« Les nations ne vivent pas seulement de politique, elles vivent aussi d’affaires et d’intérêts matériels… »

La France apparaît dans le domaine industriel comme un îlot de prospérité (réparation des dommages causés par la guerre, travaux publics du plan Freycinet, tarif protecteur de 1881).
Le polytechnicien Boutoux crée l’Union générale en 1878 qui place des titres de sociétés industrielles et financières. L’engouement est extraordinaire dans les populations aux revenus modestes, ce qui ne va pas sans faire des jaloux parmi les autres banquiers. Mais, pour soutenir les cours, l’Union rachète les titres de plus en plus cher jusqu’à ce que le 28 janvier 1881, elle ferme ses guichets.
Personne ne fait rien pour aider la maison « bien pensante », qui a dérangé trop de monde. C’est l’industrie et le commerce qui feront les frais de ce premier krach : dix ans de dépression générale dans les affaires.

1904 : Banque de l’Union parisienne: pour le développement de l’entreprise
A la différence de la haute banque qui utilise ses capitaux propres pour des opérations traditionnelles, la banque d’affaires se spécialise dans des opérations d’aide à la création ou à la réorganisation d’entreprises sous la forme d’investissements, de prise de participations-contrôle (achats d’actions).
En dehors de ses capitaux propres, elle utilise des dépôts à moyen et long terme de particuliers aisés ou de sociétés : les capitaux, ainsi immobilisés, le sont à plus long terme, mais rapportent des bénéfices conséquents.
Issue de la « haute banque » protestante, l’Union Parisienne, créée en 1904, réunit les banques Hottinguer, Mallet, Mirabeau, Neuflize ; elle est appuyée par la banque Heine et la Société Générale de Belgique. Elle s’associe tout particulièrement avec Schneider et, donc, l’industrie sidérurgique du Creusot.
La Banque de l’Union Parisienne participera aux grands travaux de l’époque : chemins de fer de Buenos Aires, tramways de Shanghai, caisse de prêts fonciers et industriels du Brésil, chemins de fer Chiliens, opérations industrielles au Maroc dans le cadre de la Compagnie marocaine, Transports automobiles du Nord, développement industriel de la Russie.

Deux banquiers: un financier et un industriel

Germain Henri, financier et homme politique français
1824 (Lyon) – 1905 (Paris)

Son milieu familial (la soierie lyonnaise), une conjoncture économique favorable (le développement des entreprises), la connaissance du métier (il est agent de change depuis 1855 et présent dans plusieurs conseils d’administration) incitent Henri Germain, quand la loi sur les SARL est votée, à fonder sa banque : le Crédit Lyonnais.
Il applique des principes de base devenus traditionnels depuis :
– s’entourer d’amis sûrs, commerçants, industriels lyonnais, banquiers suisses,
– favoriser la petite et moyenne épargne pour populariser le dépôt bancaire,
– développer la publicité par le truchement d’une notice explicative sur l’ouverture et le fonctionnement d’un compte,
– gérer prudemment en multipliant les services.
Grâce à cette politique, il supporte la crise de 1881-82 et le Crédit Lyonnais devient avant la fin du siècle la première banque française.
Mais son fondateur lui préfère la politique et le monde littéraire et artistique qu’il reçoit dans son hôtel particulier du faubourg Saint-Germain ; il en reste toutefois jusqu’à sa mort, président du Conseil d’administration.

6 juillet 1863 : fondation du Crédit Lyonnais
Accroissement des dépôts du Crédit Lyonnais :
1866 : 40 millions
1869 : 83 millions
1879 : 178 millions
1895 : 846 millions
1869 : député du Corps législatif (centre gauche)
1888 : il est élu à l’Académie des sciences morales et politiques
1871-89 : membre de l’Assemblée nationale

Eugène Schneider

Eugène Schneider

Schneider Eugène, industriel et homme politique français
1805 (Bidestroff) – 1875 (Paris)

Les premiers rails, les premiers blindages de la marine de guerre, les premiers canons en acier, la première locomotive française en 1838, c’est l’acier Schneider du Creusot.
Les deux frères, Adolphe et Eugène Schneider, en reprenant l’ancienne forge royale du Creusot parient sur l’innovation et sur le développement du chemin de fer. Ils lui doivent leur fortune.
A la mort de son frère, Eugène dirige seul l’usine et se lance dans la politique. Il y réussira pendant tout le Second Empire, ayant approuvé le coup d’Etat ; il sera le candidat officiel de la Saône-et-Loire et député jusqu’en 1870.
Président du Conseil d’administration de la Société Générale, puis régent de la banque de France, directeur du Creusot jusqu’à sa mort, Eugène Schneider est le symbole de la réussite industrielle sous le Second Empire.
Il y a des statues des Schneider au Creusot ; elles rappellent que les dirigeants sont aussi très actifs sur le plan social.

1838 : construction de la première locomotive française.
1841 : utilisation dans les usines du Creusot du marteau-pilon, mis au point par François Bourdon.
1851 : ministre de l’Agriculture et du Commerce
1867 : vice-président du Corps législatif.

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