L’Académie française au XIXe

HTHE175AEn dépit de notables absents, les 162 élections à l’Académie française, entre 1830 et 1914, dressent un palmarès des plus brillants.
Les politiques, tout d’abord. Libéraux, élus sous la monarchie de Juillet, bourgeois issus de l’Université, aristocrates ralliés à Louis-Philippe, ils peuplent, dès 1852 l’Académie d’opposants au régime de Napoléon III.
L’Académie n’échappe pas aux polémiques qui divisent la France : l’affaire Dreyfus, oppose sympathisants de la Ligue des droits de l’homme aux antidreyfusards de la Ligue de la patrie française.
L’entrée des romantiques, inaugurée par Lamartine en 1829, assure à l’Académie française une des périodes les plus glorieuses de son histoire : Hugo, Mérimée, Vigny, Musset, composent un ensemble rare de talents.L’Académie qui a refusé d’élire Balzac en 1849, ne semble pas savoir séduire Flaubert, et préfère promouvoir le roman mondain de Feuillet et Sandeau. De même, hostile au naturalisme, elle repousse la candidature de Zola pour choisir le charme naïf de Loti et l’esprit sceptique d’Anatole France.
En poésie, des raisons morales lui font évincer Baudelaire, et préférer « l’art pour l’art » du Parnasse. Malgré des choix et des refus parfois discutables, l’Académie n’oubliera pratiquement aucun domaine : journalisme, science, théâtre, histoire ; dans ce XIXe siècle ambitieux et passionné, tous ont leur place.
L’arrivée de Littré parmi ses membres ne lui fait pas négliger sa propre tâche ; deux éditions du Dictionnaire paraîtront : en 1835 (la 6e) et en 1878 (la 7e).

HCD29_14Le dictionnaire de l’Académie française et l’introduction de nouveaux mots

Clérical : qui est favorable au clergé, à l’Eglise

Anticlérical : adjectif, qui est opposé au parti clérical. La passion anticléricale ! – Journal officiel du 27 Juin 1876 -. Cet adjectif entre dans le supplément du Dictionnaire de la langue française par Emile Littré de l’Académie française en 1877, librairie Hachette. L’adjectif est consacré par l’usage, il apparaît vers 1852, se répand dans la presse, les discours et à la fin de l’Empire, il est courant. Une presse des adversaires de l’Eglise est née.
Le Littré, suivant la définition arrêtée par l’éditeur et l’auteur, voulait introduire l’histoire des mots dans un lexique de langue française. Il se devait, dès lors, d’y faire entrer le mot « anticlérical » et comme pour tout autre vocable de faire figurer une suite chronologique « d’exemples empruntés aux meilleurs écrivains », même anticléricaux.

1896 : l’entrée d’Anatole France à l’Académie Française

Anatole France succède à Ferdinand de Lesseps dans le onzième fauteuil

« C’est votre voix que je veux à l’Académie. Si vous me la donnez, j’en serais fier comme du suffrage du plus parfait homme de lettres et du plus galant homme que je connaisse. »
C’est le type de lettre de candidature qu’envoie Anatole France. Il est élu, brillamment, grâce au soutien de Ludovic Halévy, dès le premier tour avec 21 voix sur 34.
Plus difficile pour lui sera de faire l’éloge de son prédécesseur : Ferdinand de Lesseps, terrassé l’année précédente par la faillite des affaires de Panama. La famille communique des documents à partir desquels Anatole France prépare son discours qu’il prononce le 24 décembre 1896 :
« Je devine qu’en me désignant pour parler devant vous de l’académicien extraordinaire qui fut le plus grand entrepreneur du siècle, vous avez voulu qu’une vie de tant d’affaires fût considérée avec cette liberté et cette indépendance que donnent à l’esprit le commerce des livres et l’habitude de la pensée pure… »

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