Les relations avec le Vatican et l’unité italienne

THE032_3Après des heures de richesse et de gloire, la péninsule italienne, l’Italie d’aujourd’hui n’est plus au XIXe siècle, selon Metternich, « qu’une expression géographique ».
Presque tout le nord-est est directement ou indirectement sous administration autrichienne, le sud en pleine décadence, les états du pape dans une situation féodale ; seul le royaume de Piémont-Sardaigne, malgré ses faiblesses et l’indécision de ses souverains, porte les espoirs des patriotes libéraux qui rêvent à la « Résurrection » (le Risorgimento).
Cavour, en faisant du royaume un modèle moderne, aidera à jeter les bases d’une unité que la plupart des Italiens souhaitent, conscients que l’orgueilleux « Italia fara da se » n’est pas une vue pragmatique des choses.

L’attentat d’Orsini, prétexte pour intervenir en Italie ? Peut-être, d’autant que, avant de monter sur l’échafaud, l’assassin adjure l’Empereur « de rendre l’Italie à l’indépendance ». Napoléon III a toujours considéré l’Italie comme sa « seconde patrie ». La guerre de Crimée a déjà été l’occasion d’une première alliance entre Napoléon III et Victor Emmanuel. L’entrevue de l’empereur avec Cavour à Plombières, puis la signature d’un traité défensif entre le Piémont et la France en décembre 1858, confirment la volonté des deux pays d’amener l’Autriche à déclencher la guerre. Ce qu’elle fera en 1859.
Quand Napoléon III prend le départ pour l’Italie à la gare de Lyon, il est accueilli par une foule enthousiaste. Il proclame qu’il fera « l’Italie libre des Alpes à l’Adriatique. »
Après une courte guerre, qui ne comble pas, loin de là, les espoirs des Italiens, puisque l’Italie demeure morcelée en sept états, des préliminaires sont signés à Villafranca que confirme le congrès de Zurich.
Dès la fin de 1860, au mépris des accords passés, les peuples d’Emilie (Modène, Parme et la Romagne) ainsi que ceux de Florence et de la Toscane plébiscitent leur rattachement au royaume sarde : les Etats italiens ont « forcé la main à l’Europe ». Neuf mois plus tard, grâce à l’œuvre de Garibaldi, le royaume de Naples et des Deux-Siciles (l’île et l’extrême sud de la botte) se joint à la confédération. Cavour ne verra que partiellement l’achèvement de son rêve, certes, son roi, Victor Emmanuel est roi d’Italie, mais il faudra encore dix ans pour que ses successeurs achèvent son œuvre. Il manque la Vénétie qui tombera dans l’escarcelle de la « Maison de Savoie » après la défaite de l’Autriche à Sadowa et… Rome, sa vraie capitale, que Victor-Emmanuel conquerra après le départ des Français en 1870, car la chute de Napoléon qui s’y opposait, en défenseur des intérêts matériels du Saint Siège, est proche.

Rome, capitale de l’Italie, « Il capo nostro »*

« L’Eglise libre dans l’Etat libre » -Cavour-. Le vieux rêve enfin réalisé : les Italiens viennent de retrouver leur tête; le 20 septembre 1870, le canon piémontais de Victor Emmanuel défonce la porte Pia, et, le 2 octobre, les habitants du territoire de Saint-Pierre ont voté à la quasi unanimité leur annexion au royaume d’Italie.
Le pape s’est enfermé au Vatican, prisonnier volontaire, et n’en ressortira plus jamais. « Aucune concession ne pourra être faite ni par aucun de mes successeurs de siècle en siècle. » -Pie IX-
Rome est capitale de l’Italie; l’unité italienne est achevée.

Les relations avec le Vatican

Napoléon III avait défendu le Saint Siège en 1949 lors de l’expédition de Rome, un « manquement à l’esprit de la constitution » selon Ledru-Rollin.

Le pape exilé à Naples, la République proclamée à Rome, les Autrichiens forts d’une victoire récente sur le Piémont, prêts à intervenir : tous ces faits incitent la France à prendre les devants. Elle envoie un corps expéditionnaire commandé par Oudinot qui met le siège devant Rome. L’expédition est tout de suite dénoncée comme une violation de la constitution qui dans l’article V du préambule proclame : la République « respecte les nationalités étrangères comme elle entend faire respecter la sienne, n’entreprend aucune guerre dans des vues de conquête, et n’emploie jamais ses forces contre la liberté d’aucun peuple. »

L'expédition de Rome

L’expédition de Romoie jamais ses forces contre la liberté d’aucun peuple. »

Ledru-Rollin dénonce à la tribune l’expédition de Rome, sans succès. Il tente alors de mobiliser « le peuple de Paris » le 13 juin 1849, sans plus de succès. La manifestation est réprimée par l’armée et Ledru-Rollin s’aperçoit, à ses dépens, (il parvient à se cacher puis à fuir à Londres) qu’il est difficile de mobiliser les masses pour un « manquement à l’esprit de la constitution ».

 

L’intransigeance faite loi

Combes fait appliquer strictement la loi sur les associations : elles doivent être autorisées. Beaucoup de congrégations ne sont pas en règle avec la loi : elles sont dissoutes, et leurs écoles fermées.
L’élection à Rome de Pie X le 4 août 1903 n’arrange rien. Conseillé par un nonce apostolique puissant et réactionnaire, celui-ci se montre fort intransigeant et très susceptible sur la question de Rome : il accepte mal la visite du président Loubet à Humbert I, dans la ville éternelle.
Il accepte encore plus mal le fait que Combes, qui est pourtant dans son droit, puisqu’il ne fait qu’appliquer le Concordat de 1801, interdise aux deux évêques, Mgr Le Nordez d’Orléans et Mgr Geay de Laval, de se rendre à Rome. Le pape les a convoqués pour les admonester, car ils se sont montrés fort conciliants vis à vis de la République. Le 30 mai 1904, les relations diplomatiques entre la France et le Vatican sont rompues.

 

Le pape Pie IX

Le pape Pie IX

Pie IX, Giovanni Maria Mastaï Ferretti, pape italien
1792 (Senigallia) – 1878 (Rome)

Pie IX a souffert d’assister en spectateur à la fin du pouvoir temporel de l’Église, et à l’unité italienne. Il a voulu – est-ce par réaction ? – consacrer l’infaillibilité pontificale ; en fait il n’a pas perçu les changements de son temps. Son libéralisme de composition s’est vite évanoui devant les réalités, et il s’est comporté pendant tout son temps de chef de l’Église en adversaire des progrès, des révolutions, des mouvements qui ont traversé la fin du siècle. C’est un personnage très émotif qui subira toute sa vie les séquelles des troubles nerveux de sa jeunesse, il peut être coléreux et emporté et bien que très autoritaire et conscient de la supériorité de sa fonction, il lui arrive d’être hésitant et même irrésolu.
En 1848, il condamne la révolution, puis il fuit la révolution républicaine qui le chasse de Rome ; il doit beaucoup à Louis Napoléon Bonaparte d’être rétabli dans son pouvoir temporel, mais pas pour longtemps : la chute de l’Empire le prive de son dernier allié et le nouveau roi d’Italie envahit le territoire pontifical et annexe Rome.
Malgré une loi des garanties très favorable au pape, Pie IX, se considérant prisonnier au Vatican, interdit aux catholiques de participer à la vie politique du pays et aux souverains catholiques de venir rencontrer le roi d’Italie à Rome. Il ne cesse de condamner les « erreurs modernes »: rationalisme, socialisme, libéralisme, indifférentisme religieux. Il ne veut pas transiger avec le progrès, la liberté et la civilisation moderne. En revanche, il enrichit
la doctrine de l’Eglise en proclamant le dogme de l’Immaculée Conception (Marie est le seul être humain né sans la tache du péché originel) en convoquant un concile au Vatican au cours duquel sont votés : la Constitutio Dei filius, où la doctrine catholique s’oppose au rationalisme et au matérialisme modernes ; la Constitutio Pastor Aeternus qui déclare : « le pape, lorsqu’il parle du haut de la chaire, c’est à dire lorsqu’il définit une doctrine sur la foi ou les mœurs… possède en vertu de l’assistance divine… cette infaillibilité dont le Divin Sauveur a voulu investir son Eglise ».
Pie IX a été sans conteste l’artisan efficace d’un fort courant de dévotion populaire et de spiritualité qui a favorisé l’expansion missionnaire, mais aussi l’édification d’une Eglise plus centralisée sous son autorité : « une grande puissance mondiale dont toute politique doit tenir compte. »
Quand il meurt après un pontificat particulièrement long (31 ans), l’Eglise s’est consolidée intérieurement et s’est développée extérieurement, même si elle apparaît sur la défensive.

1819 : il est ordonné prêtre
1824-25 : secrétaire du légat apostolique au Chili
1827 : archevêque de Spolete
1832 : évêque d’Imola
1840 : cardinal
1846 : il est élu pape
1854 : proclamation du dogme de l’Immaculée Conception
1864 : encyclique Quanta Cura – Syllabus
1871 : il refuse la « loi des garanties »
1869 : il réunit le premier concile du Vatican

 

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