Richard Wagner: échecs, succès et déficit

Festival de Bayreuth

Festival de Bayreuth

Wagner? « Ricaner quand on entend son nom et faire des plaisanteries sur la musique de l’avenir. » -Flaubert- Dictionnaire des idées reçues. L’échec de Tannhäuser à Paris le 13 mars 1861 est plutôt un ricanement qu’un scandale.

Une souscription pour un festival

Wagner a toujours souhaité voir ses œuvres représentées « à un endroit fixe et dans des conditions spéciales ». Son idée : construire un théâtre nouveau qui accueillerait ses œuvres toute l’année. Quand il visite Bayreuth, le charme de la petite ville le séduit. Il a choisi : ce sera là.
Il lance une souscription pour faire face à l’immensité de la dépense, donne des concerts dont la recette est versée à la caisse de Bayreuth et fait appel à la générosité de Louis II de Bavière, son protecteur.

Grâce à sa persévérance, Wagner parvient à bout de ce projet colossal auquel il pense depuis plus de 40 ans. Dès les premières répétitions, en 1876n la foule remplit la salle. Le succès artistique est immense, le déficit financier aussi.
Du vivant de Wagner, La Tétralogie n’est chantée qu’un seul été à Bayreuth. Il faudra attendre 1882 pour y écouter Parsifal.

La château de Neuschwanstein

La château de Neuschwanstein

Le crépuscule de la réalité et de l’artiste

Louis II de Bavière, impuissant à résister à la Prusse triomphante de Bismarck, noie sa couronne dans les splendeurs du rêve et de la folie.
En 1869, il fait entreprendre la construction du château de Neuschwanstein sur les dessins d’un décorateur de théâtre.
Chaque décision architecturale se nourrit de la correspondance en amitié de Louis II et de Wagner: ainsi au pied du château, une fausse grotte évoque la légende de Tannhäuser, le décor du salon, celle de Lohengrin.
Partout, jusque dans les reflets du lac de Starnberg, on vit et on ressent le Crépuscule des Dieux.

Richard Wagner

Richard Wagner

Wagner Richard, compositeur allemand
1813 (Leipzig) – 1883 (Venise)

Attiré très tôt par le théâtre, la poésie, la musique, Richard Wagner est un enfant doué. Quand il travaille le contrepoint avec Weinlig, son professeur, celui-ci déclare ne plus rien avoir à lui apprendre au bout de six mois.
Vienne, Prague, Berlin, puis Paris, le jeune Wagner est tour à tour chef des chœurs, chef d’orchestre, compositeur. Il fait représenter sa Défense d’aimer au théâtre de Magdebourg.
Il y glorifie « hardiment la libre sensualité » et ne récolte que des dettes.
A Paris, tous ses projets restent sans suite. De retour en Allemagne, il obtient un premier succès d’estime avec Tannhäuser et commence à composer Lohengrin.
La grande période créatrice de Wagner se situe entre 1848 et 1857 ; dans son imagination, toutes ses œuvres sont faites. Il passe sa vie ensuite à les écrire, les réaliser et les monter sur une scène.
Poète dramatique et compositeur lyrique, Wagner procède dans sa création par étapes successives assez déterminées.
D’abord l’ébauche en prose du sujet, thèmes musicaux, objets symboliques ; puis, l’élaboration sous forme de poème ; la conception du drame musical par parties ou fragments ; la mise en forme adaptée pour le piano ; enfin, l’orchestration complète.
Il a déclaré lui-même avoir voulu « ramasser dans le lit du drame musical le riche torrent de la musique allemande telle que Beethoven l’avait faite. »
Il rejette la forme traditionnelle utilisant les thèmes conducteurs, il veut la fusion entre la poésie et la musique ; pour lui, le théâtre doit réunir tous les arts.
La mélodie continue, ou arioso wagnérien, relie les « grands airs », elle constitue le récitatif. Les thèmes conducteurs « blasonnent les héros », leur servent d’armoiries et d’images symboliques.
La scène est un endroit magique où l’art vit, l’art en harmonie sous toutes ses formes. Le spectacle révèle et réveille des énergies inconnues qui provoquent la communion, régénèrent l’élan et l’enthousiasme.
De l’histoire à la légende, du mythe à l’action sacrée (Parsifal), Wagner aura créé une véritable mystique. Ses dernières années, il les vit dans l’apothéose de Bayreuth.
On a enterré vingt fois Wagner. Il est toujours vivant. « Le Sorcier, l’Enchanteur de Bayreuth, le Vieux Mage du Nord, comme disait Nietzsche, aura toujours des spectateurs. »
Sa « musique de l’avenir » n’est pas morte le soir du désastre de Tannhäuser à Paris. Le chromatisme de Tristan annonce bien l’atonalité du XXe siècle.

1831 : Symphonie en ut majeur
1835 : Défense d’aimer
1841 : Vaisseau fantôme
1842 : Rienzi
1845 : Tannhäuser
1847 : Lohengrin
1851 : L’anneau des Niebelungen
1854 : L’Or du Rhin
1856 : La Walkyrie
1861 : échec de Tannhäuser à Paris
1862 : Maîtres Chanteurs
1869 : Siegfried
1874 : Crépuscule des Dieux

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