Brevet en béton

première maison en béton à Saint-Denis

première maison en béton à Saint-Denis

A l’Exposition universelle de 1855, « Monsieur Coignet expose un bloc de béton, analogue à celui qui a servi à la construction d’une maison édifiée à Saint-Denis en 1852, et dans les murs de laquelle il n’entre ni pierres, ni briques, ni bois, ni fer. »
Cette construction, dont les fondations, les murs, les caves, les voûtes, les arcs, les tableaux des baies et les carrelages sont en béton, a été moulée de bas en haut comme on fait du pisé. Plus durable que le moellon ordinaire de Paris, cette maçonnerie offre sur ce dernier une économie de 50%, une résistance aux intempéries, à la corrosion, une facilité de bardage incomparables et donne une liberté nouvelle à l’architecte pour la réalisation de tous ses désirs et celle des rêves du propriétaire.
Il faudra attendre l’emploi du béton armé pour voir réellement naître une nouvelle architecture de la souplesse d’emploi du béton, de la suppression de toute subordination entre les parties du bâtiment mais aussi de la facilité d’obtenir une solidarité entre les différentes parties.

édifice Monadnock- Chicago 1891

édifice Monadnock- Chicago 1891

Les « skyscrapers », immeubles de bureau fonctionnels

« Ces monstrueux édifices, ces skyscrapers, gratte-ciels, si vous préférez, ont pu d’abord nous étonner, nous sembler inesthétiques. Maintenant nous y sommes accoutumés, nous arrivons à concevoir que l’énorme, le démesuré a sa beauté …ces façades avec leurs fenêtres innombrables, monotones mais claires, où la lumière semble passer comme à travers une dentelle, ont leur élégance, leur style » c’est dans ce style, appelé Chicago construction que les architectes américains trouvent leur mode d’expression, ces architectes souvent formés en France :
– une préoccupation : la création d’immeubles de bureaux fonctionnels nécessite l’augmentation du nombre d’étages afin de rentabiliser les investissements en ascenseurs, chauffage, électricité, etc. et une technique de construction rapide qui va s’imposer : la structure porteuse en acier habillée d’un mur-rideau extérieur
– une esthétique : augmentation des surfaces vitrées et apparition claire des éléments horizontaux et verticaux de la structure.
– une nécessité : pour réaliser des constructions de 20 étages sur les sols peu résistants et marécageux de Chicago, les architectes enfoncent des pilotis puis établissent des rangées de poutres en fer en treillis, noyées dans du béton ; les murs ne sont plus qu’habillage.

Les champions du gratte-ciel : les premiers sont encore en maçonnerie
1872 : Portland block
1879-81 : Leiter building , déjà une structure métallique
Home insurance building : séparation totale de la structure porteuse d’acier, une révolution (10 étages)
1889-91 : second Leiter building, horizontales et verticales apparaissent clairement (8 étages)
1882 : Montauk block , 10 étages
1889-91 : Monadnock building, le dernier « grand » en maçonnerie
1891 : masonic temple building (16 étages), une rupture dans l’échelle
1894 : Reliance building (surfaces vitrées)
1902 : New-York, Flatiron building, l’immeuble le plus haut du monde
1912 : Woolworth building (228 m de haut, 55 étages, le monument le plus élevés après la Tour Eiffel.

immeuble de la rue Franklin des frères Perret

immeuble de la rue Franklin des frères Perret

Structures apparentes

L’habitation de la rue Franklin, construite par les frères Perret en 1903, consacre la prééminence de la structure que l’on ne cache pas, le triomphe du béton armé considéré comme un matériau révolutionnaire.
Dans cet immeuble, cédant aux réticences de leur père qui aurait préféré de la pierre, les frères Perret habillent l’ossature de dalles en grès ; ils restent malgré cela des promoteurs assidus de la révolution des matériaux et si leur conception de l’architecture reste très classique, dans la ligne rationaliste lancée par Viollet-le-Duc, ils savent aussi innover ; l’immeuble rue Franklin est un des premiers bâtiments d’habitation à Paris où le décrochement sur rue augmente le développé de façades et permet de supprimer la cour intérieure.

Le béton armé renouvelle l’architecture.
En 1849, un certain monsieur Lambot fabrique une embarcation en ciment armé et la présente à l’Exposition universelle de 1855. Le ciment est consacré. La même année, Joseph Monier, jardinier à Versailles, cherche une idée pour lutter contre la destruction des caisses de terre des orangeries. Il invente le béton armé pour pallier la fragilité du béton seul.
Coignet voit tout de suite l’application de cette invention aux maisons d’habitation. Les brevets se succèdent rapidement. Fin XIXe, François Hennebique réussit, par sa confiance dans les qualités du nouveau matériau, à convaincre nombre d’entrepreneurs importants.
L’Exposition universelle de 1900 encourage fortement le béton armé. Ainsi peuvent disparaître les murs porteurs. Les planchers en « dalles » portent sur une ossature de poteaux et de poutres orthogonales, la forme se libère. L’architecture de fer née dans les années 1850, audacieuse, avec ses grandes voûtes de fer et de verre allège les bâtiments, offre des structures délicates et précises, permet l’industrialisation et la préfabrication des éléments. Le béton armé va d’abord à l’encontre de ce courant puis, à son tour, se préfabrique et s’industrialise.

gare d'Helsinki

gare d’Helisinki

Le mouvement romantique national en Finlande

L’architecte finlandais Saarinen est remarqué en France à l’Exposition universelle de 1900; il est l’auteur du pavillon finlandais, fort apprécié.
Leader du mouvement romantique dans son pays, il gagne, en 1904, le concours pour la construction de la gare principale d’Helsinski (1910-14). Les toits sont parmi les premiers à être imaginés en voûtes de béton armé. Ses nombreux succès conduiront l’architecte à s’installer aux Etats-Unis.

Brevet de Coignet

Brevet de Coignet

Coignet François, industriel français
1814 (Lyon) – 1888

Fils d’un entrepreneur pionnier dans la fabrication des colles et des produits chimiques (colorants, engrais) dans deux usines de Lyon, François Coignet est un fouriériste convaincu, grand républicain de février 1848, protégeant les hommes politiques en fuite.
Il reprend les industries de son père et en 1851, il construit une usine à Saint-Denis pour accueillir une nouvelle fabrication tirée du pisé banché à la lyonnaise : une sorte de « béton aggloméré » comportant de nouveaux liants hydrauliques qu’il a imaginés. Immeubles, routes, grands travaux (aqueduc de la Vanne) sont construits avec ce nouveau matériau qui n’est autre chose que l’ancêtre du béton armé.

1855 : brevet du béton aggloméré
1857-1893 : endiguement de la baie de Saint Jean de Luz
1868 : mur de soutènement du cimetière de Passy
1862-64 : Eglise du Vésinet
1867-74 : aqueduc de la Vanne

 

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