Mails SOS

La cigale et la fourmi illustré par Benjamin Rabier

La cigale et la fourmi illustré par Benjamin Rabier

De  : Judith
Objet  : m’aimes-tu encore  ?
Date : 14 mai 2010 22:10:21
À  : Christophe
Bonsoir mon amour,
Ne sois pas sadique, ne sois pas distant, ne ma prends pas pour une débile, reviens… Te souviens-tu de notre virée à Nice sous la tempête de neige  ?
Je ne veux plus jouer à ton petit jeu. Je suis à bout, à chialer tous les jours. Je devrais nettoyer par le vide, mais je n’y arrive pas.
BISOUSSSSSSSSDe  : Christophe
Objet  : RE  : m’aimes-tu encore  ?
Date : 15 mai 2010 09:15:45
À  : Judith
SADIQUE ? Moi qui ne suis à ton égard que tendresse et compréhension??
Ô ingrate que tu es….
Je ne regrette qu’une chose, c’est d’avoir laissé des traces de mauvaise éducation sur ton mobilier patrimonial. Tu m’en vois confus. Je te renouvelle mes plus humbles excuses.
En me rappelant de bons souvenirs, ton mail n’a pas réussi à me gâcher ma soirée.
Tu me reproches ma distance, je ne suis pas distant, je suis dilettante, en amour comme dans le reste.
DILETTANTE:
1. Personne qui exerce une activité comme un passe-temps, généralement de façon fantaisiste.
2.  péj. Personne qui ne se soumet à aucune norme d’ordre intellectuel ou spirituel, ne vit qu’au gré de sa fantaisie, de ses goûts, cultive une sorte de plaisir exclusivement esthétique.

Je travaille en dilettante, j’aime en dilettante, car j’aime ce que je fais autant qu’on puisse aimer jouer.
Je t’aime en dilettante, car tu es ma fantaisie et mon passe-temps favori.
J’aime la vie en dilettante…
As-tu remarqué que dilettante est toujours féminin, même si on a comme moi une barbe de trois jours (tu remarqueras ma réserve quant à mes autres attributs que tu connais bien !).
Je comprends que tu aies envie de me voir, je me sens soudain beau pendant cette matinée où, portant le t-shirt « sea, sex, and sun » que tu m’as donné, j’ai vu le regard des passants plonger sur moi. Erreur.
Je me croyais le pectoral aguicheur (confirmant ainsi la bisexualité que tu me prêtes) quand j’ai compris que c’était le t-shirt qui avait tant de succès aussi bien auprès des filles que des garçons. Enfin, avenue d’Italie, j’existais. Merci ! Il n’est jamais trop tard pour plaire.
J’ai bien peur de ne pas pouvoir passer avant dimanche.
Je dois aller à Calais demain matin pour convoyer un journaliste et un photographe du Times et je ne me pose que pour repartir lundi matin pour trois mois en Albanie. On se verra lorsque je reviendrai.
Sache que je ne t’ai jamais prise pour une débile ! Pour une chieuse… des fois.
Je t’aime comme tu es et cesse de penser que je suis sadique !
Comme disait mon père : »Tout finit par s’arranger, même mal, mais tout s’arrange. »
Une chose est certaine, tu m’aimes trop !
Baisers tendres

De  : Judith
Objet  : enterrement de Pierre
Date : 15 mai 2010 16:30:52
À  : Victorine
Viendras-tu avec moi à l’enterrement de Pierre jeudi  ?
Bises
Ta mère

De  : Victorine
Objet  : RE  :enterrement de Pierre
Date : 15 mai 2010 18:45:13
À  : Judith

Et moi, suis-je encore vivante  ? Je vis d’atroces souffrances, j’ai été opérée ce matin. Du coup, j’aimerais bien être chouchoutée…
JE DECONNE !!!!
J’ai été opérée, oui, mais d’un tout petit truc. Je ne souffre pas du tout du tout.
Je n’aurai même pas de cicatrice si je fais attention.
Mais, je veux bien être chouchoutée quand même parce que c’est trop bon ! Sauf que je pars en Écosse pour une campagne photo d’une semaine.
En un mois, j’ai eu le temps de faire plein de trucs marrants que je pourrai te raconter.
En ce qui concerne Pierre, j’ai fait le bide chaque fois que je lui ai proposé de le voir.
Avec Carlos, j’ai aussi tout raté à la fin parce que j’étais hyper-inhibée et 200% dans le déni… alors, je ferme ma gueule.
Je n’ai finalement aucun conseil à donner pour accompagner quelqu’un qu’on aime et qui s’en va.
Je t’aime. Des tonnes de bisous.

De  : Judith
Objet  : nous voir avant de nous être autodétruits
Date : 15 mai 2010 22:30:52
À  : Henry
Bonjour Henry,
Quand es-tu libre  ?
Je t’ai entendu dire à la télé dire que la spécificité de l’intelligence humaine est la capacité à s’autodétruire. Comme nous sommes très intelligents….il faudrait que nous prenions date avant d’être destroy.
Tu vas mettre ce mail dans la liste infinie de tes mails, dans le dossier : répondre un jour…En seconde urgence car tu viens de recevoir un mail d’une étudiante jeune et jolie qui ne peut pas attendre.
Je ne te propose pas de date, mais dis-moi quand tu es libre.
Bises

De  : Henry
Objet  : RE  : nous voir avant de nous être autodétruits
Date : 16 mai 2010 04:15:12
À  : Judith

Coucou Judith,
Depuis des mois, je cours après le temps ….Dans la même minute, je reçois un message de Marseille reportant notre réunion de demain au mois de mars (je devais me coucher à 3 heures du matin et me lever à 5 pour prendre l’avion de 6 et être à l’heure pour la réunion de 9h) et un message de ta part qui me fait plaisir. Deux bonnes nouvelles par minute : à ce rythme, ma santé va y passer.
Mon éditeur ne m’a pas lâché de tout l’été. J’ai passé des nuits pour finir le bouquin qui a été imprimé dans la semaine. Depuis je cours les émissions de radio et de télé, souvent épouvantables.
Je n’ai même pas eu le temps de dédicacer quelques livres. Je vais essayer de t’en envoyer un la semaine prochaine ou la suivante.
D’un côté, j’ai N urgences , dossiers, problèmes, retards, … qui se sont accumulés. De l’autre, je suis envahi par une grande flemme. Pour l’instant, je suis comme l’âne entre le chou et la carotte. À moi de décider quelque chose avant de mourir de faim.
Je t’appelle la semaine prochaine si l’heure est décente. Je t’envoie un courriel si elle ne l’est pas.
Je t’embrasse.

De  : Judith
Objet  :que deviens-tu  ?
Date : 16 mai 2010 10:22:54
À  : Jean-Marc

Bonjour Jean-Marc,
En manque de nouvelles de toi, pourrions-nous déjeuner ou dîner ensemble, Je t’invite  ?
Bises

De  : Jean-Marc
Objet  :RE  : que deviens-tu  ?
Date : 16 mai 2010 22:30:15
À  : Judith
Ah ben tiens, que devient Judith?
Depuis la dernière fois que nous nous sommes vus, je suis parti en mission humanitaire au Darfour, puis en Tchétchénie où je vais rester deux ans pour diriger un journal et une maison d’édition.
J’écris un roman qui se passe en Russie, ça devrait me prendre 4, 5 ans en tout voire 6.
Si je dois faire un saut à Paris, je te préviendrai.
Amitiés

De  : Judith
Objet  : vernissage
Date : 16 mai 2010 23:15:05
À  : Julie
Je ne t’ai pas vue à mon vernissage  ? Dis-moi si tu peux venir un autre jour pour que je sois là.
Bises

De  : Julie
Objet  : RE  :vernissage
Date : 17 mai 2010 09:15:02
À  : Judith

Je vis une période chaotique. Nous avons été cambriolés et je n’ai plus un bijou, plus un petit souvenir…
Le jour de ton vernissage, Olivier assistait à une master class tandis que moi, j’étais grand-mère.
Je suis passée le lendemain voir ton expo. Bravo, ton imagination est fascinante, ce que tu peux arriver à créer avec des outils  !!
Nous partons demain pour Lourmarin et rentrons dans une semaine, tâchons de nous voir…

De  : Judith
Objet  : te parler
Date : 17 mai 2010 10:15:22
À  : Roland

Cher Roland,
J’aimerais vraiment te voir pour te parler de mes dernières réalisations et pour te remercier de tes conseils. Quand es-tu dispo  ?
Baisers

De  : Roland
Objet  : RE  : te parler
Date : 18 mai 2010 16:25:15
À  : Judith

Judith bonjour !
La politesse, qui permet si délicatement de se rapprocher d’autrui par le jeu des codes communs, finit aussi par maintenir une distance, qui le cas échéant me semble superflue, non ?
C’est pourquoi je ne peux, en toute rigueur, accepter tes remerciements : c’est toi-même qui a provoqué ce dont tu te réjouis.
Sachant que toute rencontre est un agencement, un emboîtement de deux formes, avec leurs pleins et leur creux, avec leurs con-vexités et -cavités, toute rencontre de retrouvailles est l’occasion de prendre la tangente pour ne pas tourner en rond dans un circuit fermé par la répétition du même, bref, le temps passé ensemble ne peut pas être perdu d’un côté, gagné de l’autre, « sacrifié au bénéfice de » etc…
Il m’apporte autant qu’à toi, sous une forme complémentaire, par une loi de la nature.
Malheureusement, je quitte Paris ce soir pour l’Est ; c’est donc râpé pour ce coup-ci.
Bon travail, chère Judith, au sens physique du « travail d’une force ». Nous trouverons sûrement une occasion.

De  : Judith
Objet  : pourrait-on déjeuner ensemble  ?
Date : 18 mai 2010 17:32:22
À  : Yves
J’aimerais te parler d’un projet qui peut t’intéresser. Quand  ?
Amitié

De  : Yves
Objet  : RE  : pourrait-on déjeuner ensemble  ?
Date : 18 mai 2010 19:45:34
À  : Judith
Bonjour Judith,
Il va m’être totalement impossible de déjeuner avec toi car, comme tu peux le constater, je suis mort. En voulant prévenir la revue HEC, en tant que délégué de promo, de la disparition d’un de nos camarades, une erreur de transcription a été commise. C’est ainsi que les abonnés de la revue et moi-même avons été informés de ma propre disparition. Je ne m’en remets pas et ma femme ne trouve pas cela drôle du tout. Elle a exigé une « rectification ».
«  Contrairement à ce qui est indiqué dans la rubrique nécrologique de la dernière revue Hommes & Commerce, Yves Q. – délégué de sa promotion et frère de Michel Q. – n’est pas décédé.
Nous présentons nos excuses les plus sincères à Yves Q. ainsi qu’à toute sa famille.  »
Tu comprendras, chère Judith qu’il faille que je me remette de ma mort avant de penser à des agapes.
Bises

De  : Judith
Objet  : gâteau de foie
Date : 18 mai 2010 22:15:13
À  : Élise

Tu fais durer le plaisir de l’attente, trois fois déjà que tu dois m’inviter pour déguster ton gâteau de foie de volailles…Alors  ? Je me doute que ça coince quelque part, mais où  ?
Bises

De  : Élise
Objet  : RE  : gâteau de foie
Date :   18 mai 2010 23:45:12
À  : Judith

Pour ne pas te faire languir, je te confie mon secret, MA recette, pour que tu puisses te régaler en attendant qu’on puisse se voir.
Ingrédients : foie de volaille, foie de veau, lard, restes de viande blanche genre veau
Hacher avec du persil (beaucoup), oignon, échalote
faire tremper de la mie de pain dans du lait (un petit bol), 2 ou 3 jaunes d’oeuf
mélanger avec le précédent
battre les blanc en neige
assaisonner : poivre, gingembre, noix de muscade
un peu d’alcool fort
mélanger avec les blancs
four moyen, cuit = couteau planté propre !

Bon, c’est sûr, ce n’est pas très précis dans les proportions et le temps de cuisson ;  telles étaient les recettes de nos grand-mères.

Amitié

De  : Judith
Objet  : Marrakech
Date : 19 mai 2010 02:20:42
À  : Marie-Claude

Bonjour Marie-Claude,
Mon plan vacance en Bretagne tombe à la mer et j’ai besoin de grand soleil pour me remonter le moral. Es-tu à Marrakech cet été  ?
A bientôt j’espère.

De  : Marie-Claude
Objet  : RE  : Marrakech
Date : 19 mai 2010 18:35:13
À  : Judith
Chère Judith
Nous ne serons malheureusement pas là cet été pour t’accueillir, et la maison sera fermée pour la protéger des grandes chaleurs.
Le temps passe , nos habitudes changent …quand maman vivait dans l’île de Ré , je rentrais tous les mois, passais une semaine avec elle, dînais avec les enfants au passage et le reste du temps j’étais à Marrakech  ; et puis mi 2004 , plusieurs incidents cardiaques, il a fallu s’organiser, la vie a évolué.

Jacques et moi sommes maintenant à Marrakech de début octobre   à mi juin, les enfants viennent nous voir, le voyage Paris/Marrakech reste facile et bon marché.

J’ai récupéré la maison de l’île de Ré , et nous voilà maintenant avec trois maisons bien agréables , au Maroc, dans l’Oise et dans l’île de Ré  ; l’année est trop courte pour pouvoir bien en profiter.
Si tu veux venir, choisis une semaine hors été et hors des vacances scolaires ( tu éviteras les tarifs aériens trop chers) et envoie-moi un mail un peu avant pour vérifier qu’il y a de la place à la maison. Je serai ravie de te montrer ce pays très original et très accueillant.
Amicalement

De  : Judith
Objet  : et ton dos  ?
Date : 19 mai 2010 22:08:15
À  : Régine

Bonjour Régine,
Je m’inquiète pour ton dos. Va-t-il mieux ? Pourras-tu bientôt venir dîner à la maison comme je te l’avais proposé la semaine dernière  ?
Bises

De  : Régine
Objet  : et ton dos  ?
Date : 21 mai 2010 10:12:42
À  : Judith

J’ai grand honte de ne pas avoir répondu à ton mail et à ta proposition de dîner. Mais mon docteur de mari avait un rendez-vous volant un soir de cette semaine et m’a laissé dans l’expectative quant à la date.
Nous partons demain soir à Avoriaz jusqu’à lundi soir. Ensuite, travail tard et anniversaire de Loïc ( 35 ans, ce bambin…)
Pourrions-nous nous voir la semaine suivante qui, vue d’ici et d’aujourd’hui, paraît plus calme.

De  : Judith
Objet  : Pourquoi ce si long silence  ?
Date : 21 mai 2010 17:28:09
À  : Claude
Cela ne te ressemble pas de rester silencieuse aussi longtemps et je me demande si tu as oublié de venir l’autre soir parce que tu as gardé un mauvais souvenir de la dernière soirée, si tu es débordée ou si tu dépressionnes comme moi dans ton coin.

De  : Claude
Objet  : RE  :Pourquoi ce si long silence  ?
Date : 21 mai 2010 19:30:52
À  : Judith
Ton mail s’est croisé avec celui que j’avais l’intention de t’adresser en objet « kess kiss pass », mais un problème informatique a fait que tu as écrit avant.

Je suis désolée d’avoir annulé au dernier moment et sans te prévenir. N’oublie pas de me réinviter une prochaine fois.
J’ai été très  occupée par la naissance d’Alexandre avec quelques émotions (du côté de la mère cette fois).
Comme tu l’imagines ce n’est pas tant la naissance qui m’a occupé (encore que!) que la garde des deux autres,   Arthur surtout, 20 mois, très rigolo et inventif ne laisse pas bcp de répit dans un appart comme celui de la rue Boissière pas vraiment fait pour. Heureusement que j’avais trouvé une Fatima pour le promener tous les AM. Ensuite, j’en ai tellement eu marre de tout, de tous et du mauvais temps que pour me remonter le moral, René a décidé de m’offrir un voyage; nous partons donc dimanche prochain pour l’île Maurice jusqu’au 15 juillet.

De  : Judith
Objet  : Petit tour dans le Sud
Date : 21 mai 2010 23:14:23
À  : Noémie

Bonjour Noémie,
Comment va-tu  ? J’ai quelques jours de vacances dans deux semaines, je serais bien descendue dans le Sud pour vous voir tous les deux et surtout pour te donner du courage.
Bises

De  : Bertrand
Objet  : RE  :Petit tour dans le Sud
Date : 22 mai 2010 08:51:02
À  : Judith

Chère Judith
Noémie était hier sur le point d’achever ce long combat qu’elle a mené avec une force exceptionnelle.
Elle a abordé cette ultime étape, le grand passage, dans la paix et le total abandon.
Elle était profondément heureuse après une après-midi passée mercredi dans notre maison avec tous ses enfants et petits enfants, moments extraordinaires et privilégiés. Elle m’a murmuré lorsqu’elle pouvait encore un peu s’exprimer : « je suis bien ». Bien sûr c’était dur, mais c’était aussi merveilleux.

Noémie s’est endormie cet après-midi avec un magnifique sourire qui avait quelque chose d’universel. Elle était dans la paix et la confiance.
Tu ne pourras sans doute pas être là vendredi pour célébrer la belle vie qui a été la sienne. Ensuite, je pars quelques temps. Mais l’essentiel c’est de vivre et de garder vivant son souvenir.
Je t’embrasse.

De  : Judith
Objet  : y a du caca dans le tuyau  ?
Date : 22 mai 2010 12:30:52
À  : Jérôme
Je ne sais plus quoi faire  ? Où es-tu depuis quatre mails  ? Je voulais te proposer de renouveler l’expérience réussie de notre dernière soirée improvisée et aucune réponse  ? C’est volontaire ou es-tu à l’autre bout du monde ou très malade  ?

De  : Jérôme
Objet  : RE  : y a du caca dans le tuyau  ?
Date : 22 mai 2010 22:20:52
À  : Judith

Où je suis ??? Mais dans ma culotte, malheureuse !!!
C’est vrai que je ne t’ai pas même remerciée de cette si agréable soirée impromptue.
Bon je sais. Pas d’excuse. Juste la flemme. Immense et si bonne. Messages restant dans la boite, j’attends pour répondre  ; à force les messages sortent de l’affichage par le bas.
Je viens de m’apercevoir que j’ai fait la même chose avec une lettre du fisc.
N’ayant pas pris de vacances cet été, je suis dans le midi, je fais la cuisine, la sieste, je mange, je fais du lard et c’est tout.
Bises

De  : Judith
Objet  : faisons la paix
Date : 23 mai 2010 02:13:22
À  : Jacques

Bonsoir,
Samedi, à la fin de la projection, alors que tu bavardais avec le réalisateur, j’ai voulu te rejoindre pour te dire bonjour, mais tu as, à ce moment précis, tourné les talons. Était-ce intentionnel ou bien ne m’as-tu pas vue ?
Décontenancée, ne sachant pas bien où j’en suis après ce long silence
entre nous, je n’ai pas voulu te forcer la main en te poursuivant
sur le trottoir.
Il me semble que, le temps passant, nous pourrions avoir des
relations apaisées. Dis-moi ce qu’il en est de ton côté, je respecterai ton choix.

De  : Jacques
Objet  : RE  : faisons la paix
Date : 23 mai 2010 19:54:15
À  : Judith
Mon dieu que ce mail sent le temps d’orage. Je suis dans le Lot pour quelque temps. A+

De  : Judith
Objet  : puis-je t’aider
Date : 23 mai 2010 22:20:52
À  : Frédéric
Puis-je t’aider pour que tu sois dans les temps pour ton bouquin. Je suis à ta disposition quand tu veux.
A+

De  : Frédéric
Objet  : RE  :puis-je t’aider
Date : 26 mai 2010 04:26:33
À  : Judith
L’heure est tardive pour t’appeler, alors je t’envoie rapidement ce courriel.
Je te remercie pour ta proposition d’aide. Elle me touche beaucoup. Mais pour ce projet, il faut vraiment que j’arrive à mettre un point final et à me clarifier les idées. Je crois que cela dépend essentiellement de moi. J’ai changé 8 fois de titre, 12 fois de plan et 2 fois de sujet. Je vais essayer de me fixer les bornes du livre, de mettre un peu de chair sur le squelette et je serai prêt pour demander quelques jours de sursis à l’éditeur.
J’ai embauché un jeune étudiant pour l’iconographie, la mise en page, la maquette. Il fait un joli travail. J’ai même réussi à faire travailler ma copine qui était initialement très opposée à ce projet. Elle est tout de même plus utile qu’au fond du puits où je l’avais reléguée pour être un peu tranquille  !
Je n’ose pas allumer mon portable  : je viens de le faire  : trois messages de l’éditeur, quatre urgences du laboratoire, une étudiante en fin de thèse, un cousin qui veut me voir, etc. Je l’ai vite éteint sinon je vais traiter les urgences et revenir jeudi prochain à Paris, bredouille.
J’espère tout de même te voir très bientôt.
Amicalement

De  : Judith
Objet  : Peut-on se voir pour discuter des trois textes  ?
Date : 26 mai 2010 10:45:54
À  : Alain
As-tu bien reçu mes textes, peut-on se voir pour en discuter  ? Je te les renvoie
Amitiés
De  : Alain
Objet  : RE  : Peut-on se voir pour discuter des trois textes  ?
Date : 29 mai 2010 23:53:32
À  : Judith
Je viens de rentrer de 3 jours de mission avec une «  crève  » carabinée. La rédaction de mon dossier n’est pas terminée et je suis censé déménager l’appartement que mes parents louaient depuis 1934 à la fin de la semaine prochaine sans oublier 3 jours complets de séminaire, une interview radio et les urgences habituelles.
Je vais d’abord essayer de dormir. J’ai réussi cette fois à décharger tes trois textes!
Je te fais signe dès que je mets la tête hors de l’eau et que j’ai pu les lire (8 jours, 10 jours, 12 jours  ?).
Amicalement

De  : Judith
Objet  : RE  :RE  :Peut-on se voir pour discuter de mes textes
Date : 30 mai 2010 01:05:12
À  : Alain
C’est bien d’un normalien lettres, ça de décharger du texte!!!!! J’espère que ta pauvre femme arrive à lire à la volée….C’est une idée pour une version porno de l’apprentissage de la lecture, pour nos ados illettrés.

De  : Judith
Objet  : ça fait trois semaines que tu ne m’as pas appelée
Date : 7 juin 2010 16:30:52
À  : Valentine
FAUDRAIT JAMAIS Ô GRAND JAMAIS FAIRE D’ENFANTS……
Ou j’étais en coma éthylique la dernière fois qu’on s’est vues, ou je perds la mémoire mais il me semble que ça fait bien longtemps que tu n’es pas venue m’embrasser…
Ta mère

De  : Valentine
Objet  : RE  :ça fait trois semaines que tu ne m’as pas appelée
Date : 7 juin 2010  22:35:45
À  : Judith
Non, tu ne perds pas la mémoire, mais la dernière fois que nous nous sommes vues, je n’ai entendu que le bruit sec des talons qui s’éloignait doucement et régulièrement. Après t’être activée dans la cuisine, tu as abandonné l’appartement sans m’embrasser. Il y a quelques temps, tu aurais eu peur de me blesser en faisant une chose pareille. Aujourd’hui,  dans la spirale haineuse et égoïste des femelles de la famille, tu fais ça sans remords. Les mal baisées ont réussi à nous asphyxier grâce aux vapeurs pestilentielles qui s’échappent de leur triste orifice. Cette apogée du médiocre et du self-centrisme égomaniaque et égophile me donne envie de vomir. Je regrette amèrement que tu t’y prêtes. Je t’aime, mais je peux pas venir te voir, .je suis aux Arcs avec mon copain Benjamin.
Nous sommes dans un chalet magnifique et nous avons skié et surfé comme des dingues. Trop chouette.
Ici au moins tout le monde est gentil avec moi.
Ta fille qui t’aime

De  : Judith
Objet  : mon anniversaire
Date : 8 juin 2010 01:30:52
À  : Jean-Loup
Tu ne m’as pas dit si tu pourras venir à mon anniversaire le 15 juin

De  : Jean-Loup
Objet  : RE  :mon anniversaire
Date : 8 juin 2010 09:15:32
À  : Judith
Merci pour l’invitation mais je ne pourrai pas venir à Paris cette semaine là…. et je réalise qu’effectivement, plus le temps passe, plus je m’éloigne de la Capitale (phénomène bien connu dans le cadre de la   Relativité : le temps étire l’espace… en plus de la distance qui suppose de la durée et des dates qui ne sont pas toujours bien placées). Je le regrette d’autant plus que les soirées chez toi sont synonymes de joyeux moments…
Le passage à la retraite il y a un an avec déménagement immédiat dans la campagne profonde (in the middle of nowhere, comme disent les Anglais) a représenté un gros remue-méninge. Marie-Françoise a vécu un passage un peu difficile. Il fallait tout repenser. Rétrospectivement, il y a des choses dont nous sourions déjà. Par exemple, il nous a été impossible de dormir pendant plusieurs semaines, alors que la maison se trouve dans un environnement absolument calme : un loir avait pris ses quartiers dans les combles au-dessus de notre chambre.. Nous l’ignorions en arrivant, l’expression « dormir comme un loir » est valable pour la journée, la nuit au contraire le loir, animal très joueur et taquin, court, saute, bondit, entasse des morceaux de tuiles ou tout ce qui lui tombe sous la patte dans un grenier, jusqu’à ce que la pile s’écroule bruyamment, puis recommence, court, saute, bondit etc et ce jusqu’à l’aube.  Dans un dessin animé de Tex Avery, le chien d’un chasseur est empêché de dormir par un lapin, la veille de l’ouverture de la chasse : le comique du film tient dans l’expression de plus en plus épuisée du chien, complètement ramollo avec des poches sous les yeux.
Paris déjà ne me manque plus, je vais bientôt m’y sentir étranger.

De  : Judith
Objet  : problème de serveur
Date : 8 juin 2010 18:05:23
À  : Jonathan
Tout à l’heure, je me suis rendu compte que des petits malins avaient réussi à faire une intrusion dans la base de données.
Les enregistrements disparaissaient en temps réel…J’ai coupé le serveur et l’ai relancé, mais ils vont sûrement réitérer et je ne maîtrise pas grand chose.
Ce qui est plus grave, c’est que tu n’as toujours pas corrigé ni le bug des heures, ni les autres. Tu promets toujours et puis…rien. Je vais finir par croire que tu es vraiment pervers pour me faire souffrir ainsi.
Peut-on se voir rapidement pour remettre tout ça à plat  ? Et il faut que tu me dises combien je te dois.
A+

De  : Jonathan
Objet  : problème de serveur
Date : 8 juin 2010 23:22:35
À  : Judith

Vraiment, je pense qu’il y a un pb + profond que le fait que tu ne « maîtrise pas » le réseau…
Je n’ai même pas tenu compte de ton précédent message illisible. C’est rien, queue d’chi, que dalle, zobi, nada, une misère par rapport aux « nervouss braikdonne » qu’on se prépare….Même pas malte… !

« nouh, weiss mir ! » Je me fais des « tsuris » (des soucis) pour toi, et je ne pense pas que ça vaille la peine de te mettre dans un tel état de stress avec des « buchweïtek » (crampes de bide) ou « kopfweïtek »(migraines), bien que je sois d’accord avec toi: rester sans voix « wie a debik » (comme un idiot) devant l’infini de notre   méconnaissance plonge dans une sorte de torpeur.(marrant comme les mots Yiddish me viennent pour décrire les emmerdements).
Je me suis couché à 3 heures et relevé en sursaut vers 5h00 à cause d’un cauchemar:
j’étais chez moi et tu m’appelais paniquée car des joueurs russes râlaient… L’heure des départs des courses affichée sur le site n’était pas l’heure de Moscou !! On frisait l’incident diplomatique ou la descente de Mafia… Je te disais de mettre le PC à l’heure moscovite, mais là, un Libanais s’en mêlait Je me disais: »putain, pourquoi je n’ai pas mis le compteur??? , Je vais peut-être mourir à cause de ça , c’est trop con… Surtout que ce n’est pas la mer à boire, il suffit de etc. » ça a fini par me réveiller, vers 5h00. Du coup je l’ai mis ce !#$#!$£??!!   de compteur !
Pour l’intrusion, je suis arrivé à la conclusion que c’est un robot qui a du s’infiltrer sans que son auteur ait eu le temps ou l’envie de s’amuser. J’ai tout sécurisé et je leur ai mis profond, ils ne doivent plus savoir où s’asseoir!
Quant au bug des heures, au moment d’écrire: »ne pas oublier de corriger le bug de l’indice 0 des heures », eh ben MON MINI-BLOC RHODIA N’ETAIT PAS SUR LE BUREAU !!
« Nouh Weiss mir aderata Ya kougn, Krapiiiiiert ! » (C’est du Yiddish intraduisible, sauf la fin qui parle de mourir..)
Tout ça parce que ma femme est une rangeuse… oui, elle range.. elle plie, repasse, amidonne, elle astique (bon, là je dis pas..), elle récure elle guette la moindre saleté, le moindre petit morceau de mouche ou de vermisseau: c’est ma fourmi, ma concubine…

Tout ça pour dire que si c’est pour foutre la merde dans mon couple, tu pourrais trouver autre chose que ce bug insignifiant…
Ma pauvre, si tu savais… J’ai perdu 4, OUI MADAAAAAAAAAAAAAAAAME
!!!! QUATRE HEURES !!!!!
POUR AVOIR MIS UN ZERO A LA PLACE D’UN O
Je suis une merde infâme, un déchet, un moins que rien, même une crotte de bique serait fière à coté de moi….
Je m’en bats les couilles que tu me paies ou pas, si je faisais ça pour l’oseille ça se saurait.
C’est pas joli joli de prévenir au dernier moment que tu veux me voir, en sachant pertinemment que je ne pourrai pas me dégager comme ça.
On peut régler ça par mail. Je veux finir tout le taf en cours avant que Sylvie n’accouche.
Ma grosse femme a décidé, en bon   oiseau, de faire son nid. Ce qui signifie que je suis envahi par une horde de Polonais venus refaire mon intérieur. Je ne supporte pas qu’une bande de slaves, Polonais de surcroît, entrent dans ma niche avec leurs mains calleuses, leurs yeux bleus mais chafouins, et surtout cet accent derrière lequel je ne peux m’empêcher d’entendre : » Auschwitz c’était pas plutôt en Espagne ??? »
Ces fils de Bolcheviques s’en sont pris à mon lit, cette excroissance de moi-même, mon refuge, ma niche. Dès le premier jour, les fumiers, ils ont démonté un des rares meubles dans lequel je jouis sans entrave (en effet, pas évieriste pour un sou, je bande peu à la vue d’un lavabo).
Mon bureau, cher bureau sur lequel je note d’improbables notes et collectionne les cendres de cigarettes a été également sacrifié, démonté, remisé au nom de la modernité, il gît désormais dans un coin sous une bâche en plastique, sans vie, sans âme…
Tels les hordes de Huns, ils ont repoussé les limites de mon territoire jusqu’aux confins de la cuisine.
C’est donc serré entre le frigidaire et la table en formica que je résiste et t’envoie ce mail.
Je sais qu’un jour, suite à une attaque commando contre leurs pots de peinture et autres outils, ou juste parce qu’ils auront fini, ils partiront et que je reverrais mon cher plumard.
Mon lit ! Mon lit outragé ! Mon lit brisé ! Mon lit martyrisé ! mais mon lit libéré ! libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France !!!!
Bon, je reconnais que là je m’emporte un peu, la horde se limite à un brave type plutôt souriant qui travaille dur et bien.

De  : Judith
Objet  : théâtre
Date : 9 juin 2010 11:08:38
À  : Rémy
J’espère te voir demain soir au théâtre. Tu as reçu l’invitation, c’est la première de la pièce de ma fille. A demain

De  : Rémy
Objet  : RE  : théâtre
Date : 9 juin 2010 19:51:22
À  : Judith
Non, tu ne me verras pas demain soir.
La promiscuité au théâtre, au cinéma ou dans n’importe quel spectacle m’est odieuse.
Pourquoi faut-il que je tombe toujours à côté d’un importun qui, s’il ne grignote pas des bonbons enveloppés dans du scratch, se croit malin à commenter le film avec sa truie ?
Et même s’il a le bon goût d’être muet et divorcé, il a pris, pour mon malheur, 30 kilos (liés peut-être à la susdite séparation) et me chamaille en silence l’accoudoir dont j’aimerais seul être l’unique bénéficiaire.
J’en ai raté des films à faire cette guerre de position aussi silencieuse qu’usante, guettant, de mon siège transformé en tranchée, un bâillement, une démangeaison, où Ô sublime jouissance, le départ de l’ennemi.
Bon, je te passe les cas de guerre totale, devant lesquels l’holocauste nucléaire n’est qu’un camouflet, qui sont le mec qui pète et celui qui téléphone.
J’en suis, à ma grande honte, même déjà venu aux mains avec un de ces « standardistes cinéphiles ».
Séance interrompue et intervention des vigiles et de la maréchaussée… je pouvais plus m’arrêter de cogner… Cela dit, m’est avis que le malgracieux, au vu de sa mâchoire, n’a pas pu téléphoner pendant quelques jours.
Sans compter que les sièges, non contents d’être durs comme de la pierre, couinent comme des porcs qu’on saigne dès qu’on se gratte ou qu’on change de position.(ce qui est pervers, vu qu’on change de position parce que les sièges sont justement trop durs…)

De  : Judith
Objet  : adieu
Date : 10 juin 2010 02:05:22
À  : Judith
Cci  : amis
Au cours de ces derniers mois, j’ai bien compris que j’étais éjectée de la sphère sociale active, abandonnée par mes amis et par la vie tout simplement.
Je vous ai tous aimés, admirés et je vous dis adieu.

Au petit matin, Judith était retrouvée morte dans son appartement, elle avait avalé une boîte entière de somnifères arrosée de deux bouteilles de vodka.

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