Gustave Flaubert

EVT075_1« Madame Bovary, c’est moi ! »

« Quand j’écrivais l’empoisonnement d’Emma Bovary, j’avais le goût de l’arsenic dans la bouche. Mes personnages imaginaires m’affectent, me poursuivent, ou plutôt, c’est moi qui suis en eux. »- Flaubert-
Ce sévère réquisitoire contre la société bourgeoise, contre la médiocrité, contre la niaiserie des conventions est évoqué avec la vivacité du réel, mais surtout avec la lucidité de l’entomologiste qui prend plaisir à étaler les petits côtés de ses personnages pour mieux les cerner.
« Ne disons pas comme tant d’autres l’affirment avec une légère et inconsciente mauvaise humeur que Madame Bovary a dû son immense faveur au procès et à l’acquittement, car déjà sous sa première forme, dans la Revue de Paris, il avait excité un ardent intérêt (…) La magistrature s’est montrée loyale et impartiale comme le livre qui était poussé devant elle en holocauste. »

Qui d’autre que Flaubert aurait pu « accomplir le léger et soudain miracle de cette pauvre petite provinciale adultère, dont toute l’histoire, sans imbroglio, se compose de tristesse, de dégoûts, de soupirs et de quelques pâmoisons fébriles arrachés à une vie barrée par le suicide. » -Critique littéraire de l’époque-
Une vérité à nous en faire crier ! Un succès de scandale certes, mais surtout une influence décisive qui fera dire à Théodore de Banville que de Madame Bovary et de L’Education sentimentale sont sortis le roman moderne.

Bouvard et Pécuchet (Flaubert)

Bouvard et Pécuchet (Flaubert)

Bouvard et Pécuchet

« Du défaut de méthode dans les sciences » (Lettre de Flaubert à Mrs Tenant, pour le sous-titre du livre(.

Bouvard -« Hein, le progrès, quelle blague ! Et la politique, une belle saleté.
« Pécuchet -« Ce n’est pas une science. »
Bouvard -« Un tel affirme que… »
-« Oui mais tel autre soutient que… » répond Pécuchet.
La bêtise consiste à vouloir conclure. N’est-ce pas ?
Rien n’est moins sûr. C’est comme le titre du livre. Flaubert l’appelle d’abord Histoire de deux cloportes, Histoire de deux bonshommes et pourquoi pas Dubolard et Pécuchet ou Bolard et Manichet.
La seule évidence, c’est que l’auteur raconte « la couleur de moisissure de l’existence de deux cloportes. » Les divagations de deux niais ou de deux personnages éclairés sur la naissance et l’avenir de la science. Bouvard et Pécuchet, c’est la bourgeoisie qui pense à la lumière de toutes les connaissances de l’époque qu’ils découvrent et qui les concernent. Ils glosent avec plus ou moins de bonheur, mais au contact de toute cette nourriture qu’ils ruminent avant de l’avaler, il en deviennent moins bêtes et presque plus attachants. C’est le début du développement de l’information. L’auteur meurt d’une congestion cérébrale avant d’avoir achevé l’œuvre qui sera publiée un an après sa mort en 1881.

Gustave Flaubert par Giraud, Musée national de Versailles

Gustave Flaubert par Giraud, Musée national de Versailles

Flaubert Gustave, écrivain français
1821 (Rouen) – 1880 (Croisset)

Enfance dans une aile de l’Hôtel Dieu à Rouen. Voisinage : malades et mourants. Spectacle favori : les dissections de papa qui était chirurgien.
Cela vous laisse un fond de tristesse et de pessimisme, mais aussi un goût de la science et de l’observation méticuleuse et objective. On est bien loin du romantisme et pourtant que de vers de Lamartine et de Musset déclamés nuit après nuit.
Ecrire pour échapper à tout cela. Ecrire plutôt que faire du droit.
Pourtant le droit, c’est aussi Paris et toutes les rencontres chez le sculpteur Pradier, Victor Hugo, l’admirateur et Louise Colet, la passion.
Paris, le droit, c’est fini ; la première crise d’une maladie nerveuse à caractère épileptique va peser sur lui toute sa vie et le condamne à une existence sédentaire ponctuée seulement par des voyages, l’écriture de ses livres, et Paris tout de même, régulièrement.
Entre l’ascèse et les recherches documentaires poussées minutieusement jusque sur les lieux s’il le faut, nuit après nuit, Flaubert écrit laborieusement ; et jour après jour, dans son gueuloir, il élimine tout ce qui ne sonne pas bien à l’oreille, puis soumet ce qui reste au jugement de son ami Louis Bouillet.
A partir des années 70, la mort de ses amis (Sainte-Beuve, Louis Bouillet, Goncourt, George Sand) et les soucis d’argent attristent sa vie – et Bouvard et Pécuchet reste inachevé pour cause de mort subite en 1880.
Réaliste qui déteste le réalisme, observateur minutieux, méthodique et attentif qui fait triompher le roman et campe des types humains universels,
ascète conscient de l’influence de son œuvre, Gustave Flaubert a vécu ses grandes ambitions en confrontation permanente avec le quotidien et l’évolution sociale.

Fils de chirurgien – Lycée de Rouen avec Louis Bouillet
1837-38 : Mémoires d’un fou
1843 : La 1re Education sentimentale
1848 : La 1re Tentation de saint Antoine
1843 : il séjourne à Croisset, sa propriété
1849-1851 : voyage en Orient
1858 : voyage en Tunisie pour préparer Salammbô
1857 : Madame Bovary (succès)
1862 : Salammbô (succès mitigé)
1869 : L’Education sentimentale (échec)
1874 : La Tentation de Saint Antoine (échec) – La légende de saint Julien l’Hospitalier
1877 : Trois Contes (succès) – Bouvard et Pécuchet (inachevé)
1881 : Bouvard et Pécuchet
1911 : publication posthume du Dictionnaire des idées reçues

Portrait : Gustave Flaubert par Giraud, Musée national de Versailles

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