Le sultan avait trop chaud – chap 1

Costumes de Bakst pour Shéhérazade de Rimsky-Korsakov

Costumes de Bakst pour Shéhérazade de Rimsky-Korsakov

Ceci est un conte à raconter aux enfants le soir avant de s’endormir. Un conte à la façon des Mille et une nuits. Il se passe en Perse (l’Iran d’autre fois).

Il y avait autrefois, il y a longtemps longtemps, un sultan qui possédait d’immenses richesses et beaucoup de bétail. Maître d’armées et de forces considérables, il était entouré de nombreux alliés qui protégeaient les portes de son royaume. Il n’était pas très avancé en âge, marié et père de plusieurs filles dont l’aînée était pleine de beauté, d’éclat et de charme et surtout douée d’une odeur et d’un goût délicieux.
Le lieu d’habitation de ce sultan était une prairie féconde au bord d’un fleuve ; il avait su la rendre fertile en faisant travailler les habitants de la contrée. Ces gens ne manquaient de rien, car le sultan aimait les pauvres et les petits, et la société des savants, des sages et des poètes. Et ils auraient été tous pleinement heureux, si le caractère de ce monarque exigeant n’avait été affligé d’une maladie pire que la lèpre et qui lui dévorait l’esprit : la cruauté. Il arrivait souvent que la chaleur devînt trop forte, ce qui le rendait encore plus cruel. Il n’y avait aucun arbre sous lequel il faisait suffisamment frais pour qu’il se calmât.Les médecins et les savants avaient été consultés pour trouver un remède efficace à cette affreuse maladie qui ne mettait pas ses jours en danger, mais souvent ceux de son entourage. Hélas ! ni les pommades, ni les pilules et les cachets n’étaient parvenus à tempérer son mal.
On fit venir des alentours toutes les femmes qui, jeunes, avaient été initiées à la sorcellerie, à l’art des enchantements et qui auraient pu, par leur magie et leur science, soulager le sultan et éviter ses débordements de cruauté.
Sans succès ; à la grande déception de ses femmes qui étaient les premières à pâtir de ces égarements.
Durant plusieurs années, elles souffrirent d’accablement de leurs sentiments, d’affliction dans leur cœur et mouillèrent leurs yeux de pleurs incontrôlés.
En désespoir de cause, elles se concertèrent et décidèrent de demander à la fille du sultan, maintenant qu’elle avait grandi, de les aider dans leur démarche pour donner à rafraîchir leur maître et tyran. Elles firent avant une longue prière à la Fortune lui demandant de prendre les humains du royaume en pitié afin qu‘à l’ombre de ses branches, le sultan pût enfin se reposer.
Azaïra, la fille du sultan dont la cruauté suivait les montées du mercure, était très belle et avait l’oreille de son père. Elle réfléchit plusieurs jours et fit répondre qu’elle ferait son possible pour trouver un moyen de l’apaiser pendant les grandes chaleurs, pour le bien de toute sa famille et de son peuple.
Elle avait atteint depuis peu le très bel âge de dix-huit ans et paraissait femme véritablement accomplie. Elle savait que la Fortune n’aime pas le mouvement et qu’il faudrait, pour conquérir ses faveurs, la contourner le plus savamment du monde.
Un matin de douceur, elle s’habilla légèrement pour rendre visite à son père, plongea son joli minois pour se rafraîchir dans une superbe jarre enveloppée d’un drap mouillé, et, aussi pure que la rosée du matin, elle traversa les multiples cours du palais, espérant que le vent de la Fortune soufflerait dans le sens qu’elle convoitait.
Le sultan, entouré de ses chambellans et de son vizir, ne l’attendait pas à cette heure matinale. Occupé à gouverner, à traiter des affaires urgentes et à donner ses instructions pour la journée et pour l’avenir, il fut surpris de cette intrusion mais charmé aussi car, bien que cruel, il adorait sa fille et la chérissait comme le meilleur des pères.
Texte déposé © JL et MP

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