Le Sultan avait trop chaud – chap 2

Shéhérazade de Rimsky-Korsakov © 1848-1914, Toute une histoire

Shéhérazade de Rimsky-Korsakov © 1848-1914, Toute une histoire

– Mon cher père, lui dit-elle dans ce langage si frais qui avait le don de ravir le sultan et de le bercer sur un nuage rose de félicité, comme toi, tu sais que je souffre beaucoup des temps chauds. À chaque vague de chaleur, mon corps se couvre de petits boutons rouges contre lesquels le médecin ne peut rien et j’ai une sensation de tremblement intérieur qui me fait oublier qui je suis, comme si j’étais prise d’une grande fièvre.
– Je sais, je sais, répondit-il, et moi, cela me remplit de l’affliction la plus noire et de la tristesse la plus profonde chaque fois que je sens souffler le vent du désert dans notre campagne. Mais je n’y puis rien. J’ai tout essayé, sans résultat.
– J’ai eu une idée, ô mon père plus que chéri, organisons sous l’égide du conseil du royaume et sous ta présidence un concours d’architectes, afin de trouver une solution pour l’amélioration du confort intérieur de nos palais.
Comme dans toutes les grandes occasions, le sultan ne répondit pas. Il n’était cependant pas difficile de voir qu’il était entré dans une grande réflexion. Azaïra qui le connaissait bien s’interrompit sur le champ. Elle pressentait qu’il ne fallait pas le déranger alors qu’il entrait dans les transes de la réflexion et tentait de gouverner l’agitation de ses multiples pensées.
Elle attendit ainsi plusieurs heures, droite comme un I, comme si elle avait été transformée en une statue de sel. Puis, les yeux de son père se mirent à clignoter et le sultan sembla sortir d’un grand songe qui illumina sa face habituellement fort sévère.
– Dis à mon chambellan, en sortant, de convoquer le grand vizir  ; j’ai des choses importantes à lui communiquer concernant l’architecture de nos palais. Ô ma fille chérie, je te suis reconnaissant de m’avoir apporté tes lumières juvéniles. Rien n’est plus merveilleux qu’une fille attentionnée pour un père aimant. Et il l’embrassa avec toute l’affection que l’on peut imaginer.
Quand le vizir entra, le sultan était encore sous le choc de la révélation. Il sentait tous ses palais frais pendant la saison chaude et tempérés pendant la saison froide. Un profond bonheur gagnait progressivement la circulation de son sang et un grand bien-être envahit son esprit et son corps à tel point que la présence du grand vizir le dérangea.
Il le renvoya, et remit la convocation au lendemain.
Le grand vizir allait franchir la porte, tout dépité d’avoir été éconduit, mais surtout inquiet d’être mis à l’écart de quelque chose qu’il pressentait comme un bouleversement : c’est le moment que ne choisit pas un serviteur fidèle pour apparaître et donner communication d’un fait important au sultan.
Une fois la porte refermée, le serviteur se glissa jusqu’à l’oreille de son maître et lui parla à mi-voix de façon que le grand vizir ne put rien en percevoir, ce qui augmenta son irritation.

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