Le Sultan avait trop chaud – chap 4

Chromosphère solaire

Chromosphère solaire

Au grand vizir qu’il reçut juste après sa fille, il dit :
– Grand vizir, je t’ai fait mander pour te charger d’une mission de haute importance. Tu sais que nous souffrons tous des excès de la chaleur chaque année.  Tu sais que depuis longtemps je voulais faire construire un palais dans chaque grande ville, susceptible de me recevoir moi et le diwan.
Si quelqu’un imagine un palais à rafraîchissement, non seulement il construira tous ces palais dans les grandes villes de chaque région, mais je l’enrichirai jusqu’au fils de ses fils, je lui accorderai tous ses souhaits et leur réalisation, je lui donnerai mon bien le plus cher et ferai de lui mon compagnon de boisson et mon ami.
– Ô Sultan fortuné, répondit le grand vizir, je suis toujours très honoré que tu me conserves ta confiance, tes désirs sont des ordres et j’obéirai comme toujours selon tes volontés.
Alors, il ordonna à son vizir faire mander des architectes de toutes nationalités et de préférence beaux.Dès qu’il fut sorti, le grand vizir s’en retourna dans son palais et fit ses recommandations à tous ceux qui le servaient pour qu’ils préparent le règlement du concours.
Quand Azaïra  apprit qu’elle était l’objet principal du concours, elle envisagea les choses tout autrement qu’elle ne l’avait imaginé jusqu’alors.
Elle savait que le vizir protégerait de son bras tutélaire un jeune architecte de grand talent, mais aussi de grand vice. Alors, elle comprit qu’elle allait devoir se battre pour que les règles du concours soient respectées.
Après avoir longuement médité, elle mit ses plus beaux atours et demanda à voir le sultan.
La taille élancée, les joues pleines et lisses mais non saillantes, le visage pur qu’échancraient deux lèvres légèrement pulpeuses mais fermes, Azaïra parfit sa toilette en fardant de kohl noir ses paupières. Le corps délicatement penché, elle portait sur son corps gracile qu’elle enveloppait comme une liane légère, une écharpe de soie bleu canard qui mettait en valeur le vert nacré de ses grands yeux brillants. Elle ne mit pratiquement pas de bijoux, boucles d’oreille bagues ou bracelets, pour que son père ne se méfie de rien. Le sultan se méfiait de ce type de courtisans qui se paraient toujours de leurs plus belles bimbeloteries pour l’honorer, mais aussi pour lui rappeler leur puissance.
– Ô père chéri, dit-elle, tu m’as fait l’honneur insigne de me désigner comme l’objet principal du concours. C’est à la gloire de ton royaume de donner à celui qui répondra le mieux à tes volontés l’objet le plus secret de ton amour.
Mais crois-tu que ta fille aimée n’est pas plongée dans l’indignation à la pensée que tu es prêt à la donner à n’importe quel étranger, ignorant de nos coutumes et de nos traditions séculaires, ou simplement envahie par la panique à l’idée d’être le jouet des trahisons du conseil des califes, l’objet de leurs convoitises et de leurs vaines tractations pour obtenir tes faveurs ou céder aux vilenies de ton grand vizir élevé dans la fourberie, dévoré par l’envie et enivré par les ors et le luxe du pouvoir  ?
Prends pitié de ta fille chérie qui t’aime, qui t’écoute et qui t’obéit toujours, tu le sais. Pour ton bonheur, je ferai ce que Allah par ta bouche prescrira, mais je t’implore, immerge-toi dans la réflexion la plus profonde avant de me sacrifier.
Alors le sultan entra dans une grande confusion suivie d’une pénible hésitation qui s’enchaîna sur une longue méditation, puis il dit :
– Je te remercie et je t’approuve de m’avoir parlé d’une façon aussi franche. Je veillerai personnellement, puisque tu en es l’enjeu, à ce que les règles du concours, qui ne sont pas encore fixées, soient respectées et imposerai de la part de chacun la même loyauté que celle que tu as été en droit d’exprimer aujourd’hui par tes paroles. De même tu devras toi-même être loyale. Si tu reviens sur tes pas, nous t’imiterons, si tu remplis ta promesse, nous remplirons la nôtre, mais si tu essaies d’échapper, nous insisterons pour que tu sois châtiée.
À ces mots, Azaïra fut prise de peur pour elle et pour tous les architectes qui ne seraient pas retenus, car elle connaissait les débordements de cruauté de son père quand il était pris par ses crises.
Alors, elle osa encore dire :
– Ô père généreux, qu’en sera-t-il des architectes qui n’auront pas obtenu tes faveurs?
– Tu le sauras bien assez tôt.
Et un éclair terrifiant passa dans le regard du sultan qui aurait effrayé le guerrier le plus redoutable.

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