Le Sultan avait trop chaud – chap 5

femmes de Bou Saada (Élie Dubois)

femmes de Bou Saada (Élie Dubois)

Cette nuit-là, Azaïra dormit mal, non que la chaleur fut excessive, mais parce qu’elle retournait inlassablement dans sa tête les événements de la journée.
Elle rêva des adolescents les plus émérites, des architectes les plus divins, des hommes les plus séduisants et invariablement son architecte préféré était beau, fils de prince puissant, et riche. Elle imaginait un homme qui aurait gardé une certaine juvénilité grâce à l’expression adolescente de son visage et dont le teint naturel aurait gardé une vraie pureté et le sourire ambigu, un aspect sauvage, presque animal. Elle l’imaginait robuste, sentait déjà « la belle et douce épaule, contre sa poitrine « .
Elle vécut cette nuit difficile dans l’agitation et s’endormit profondément au petit matin, épuisée par tous ses rêves.C’est son eunuque Razi qui la réveilla doucement en écartant les voiles de la fenêtre. La matinée était déjà avancée et la ville bruissait des rumeurs du marché. L’annonce du concours avait été lancée. Tout le monde devait en faire son petit-déjeuner du matin dans la conversation.
Razi était un noir superbe qui avait longtemps guerroyé au côté de son sultan et qui avait perdu l’essentiel de sa virilité à la suite d’un combat furieux et terrible dans lequel l’ennemi ne faisait pas de prisonniers. Il aurait dû mourir vingt fois, mais sa constitution de géant l’avait sauvé et il avait demandé expressément à son protecteur de s’occuper dorénavant des descendantes de son maître et sultan. Celui-ci avait répondu favorablement à sa demande, car sa politesse était exquise, aussi la douceur de ses manières et la noblesse de son maintien ; et comme en plus Razi était très vigoureux et fort courageux, le sultan lui attribua le service d’Azaïra ; ainsi, était-il bien le gardien respecté de la maison des rois ; Azaïra avait alors à peine six ans et s’était très vite entichée de lui.
– Ô mon grand eunuque d’amour, es-tu au courant des nouvelles décisions prises par le sultan mon père et ton maître ?
– Oui, ce matin la ville résonne de tous les échos de la proclamation.
– Je voudrais descendre parcourir la ville pour voir et entendre par moi-même les choses qui peuvent se dire et happer la rumeur du temps. Emmène-moi au souk, nous écouterons ce que raconte le peuple du sultan mon père.
– Je ne sais si votre père …
Elle l’interrompit très doucement :
– Razi chéri, tu sais bien que tu finiras par m’y emmener. Ta volonté ne sait pas résister à l’envie de me rendre heureuse. Tu n’enfreins aucune loi d’Allah. Et pour ne pas choquer mon peuple, je ferai en sorte qu’il ne me reconnaisse pas. Va me chercher les atours d’une femme de compagnie et viens avec moi.
Sortons.
– Mais tu ne veux rien prendre avant de partir.
– Juste une tasse de thé. Habille-toi et allons-y.
Et ainsi, ils sortirent tous les deux incognitos par une petite porte du palais comme deux adolescents qui préparent une jolie blague, et ils s’évanouirent dans le dédale des ruelles de la ville.

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