Le Sultan avait trop chaud – chap 7

oasis en Algérie

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Les soupçons des trois architectes étaient malheureusement fondés. Le vizir était un érudit, un homme sage, éloquent, versé dans toutes les sciences, mais il mettait son tempérament, par ailleurs plein de qualités au service de sa grande fourberie.
Pour établir le règlement du concours, il s’était isolé toute une nuit à bord d’une barque sur un petit étang à quelques lieues de la ville où résidait le sultan. Dans cette vaste solitude, au milieu d’une étendue déserte située entre quatre montagnes, il put alors méditer tout à loisir.
Il décida de procéder par étapes. Dans un premier temps, il ferait annoncer le concours, attendrait les premières candidatures ; il prendrait ainsi son temps pour peaufiner en toute tranquillité les articles d’un règlement qui devrait favoriser ses protégés sans que cela paraisse. Il suffisait de trouver suffisamment de contraintes impossibles à contourner et d’entretenir habilement à son égard la chaleur du conseil des califes.Le portefaix, en s’approchant, se prit le pied dans une jarre qui se trouvait là (elle entrait ainsi dans l’histoire sans le vouloir)  ; il étala de tout son long le contenu de la hotte et son grand corps suivit. Les architectes et quelques autres personnes témoins de la scène éclatèrent de rire ; mais, le pâtissier qui ne l’avait pas vu tomber entra dans de violentes imprécations contre lui qui finirent ainsi :
– Malheur à toi ! Pourquoi te donnes-tu ainsi en spectacle dans ma boutique devant des personnes honorables. Misérable ver de terre, nettoie vite tes saletés et sors de ce lieu dont tu es indigne.
L’effet voulu par Azaïra n’était pas celui qu’elle attendait, mais elle put à loisir observer le visage des trois architectes qui discutaient entre eux; c’est ainsi que parmi les trois elle reconnut celui d’Assidi, le célèbre architecte qui avait construit la mosquée sous les ordres de son père.
Elle fit celle d’abord qui ne s’était aperçue de rien, mais lui, qui avait toujours eu un penchant pour les filles du sultan, sans doute parce qu’elles étaient belles mais aussi parce qu’il était un homme riche, connu et de noble prestance, la regarda bien en face (l’ayant reconnu malgré son déguisement à sa façon de se mouvoir) et lui envoya son plus beau sourire. Azaïra n’en parut pas gênée et comprenant rapidement les effets catastrophiques de la situation, lui fit des signes discrets pour lui expliquer son désir qu’il ne parlât pas de leur rencontre fortuite. Il acquiesça bien volontiers, persuadé qu’un jour peut-être, ce petit secret pourrait lui servir dans ses ambitions. En outre, comme tout à chacun, il craignait Razi à qui rien n’échappait. Personne n’aurait voulu mourir étranglé négligemment par le ciseau de ses formidables cuisses.
Le pâtissier qui avait surpris une partie du dialogue muet entre Assidi et Azaïra,  s’empressa auprès de celle-ci tout en ne la reconnaissant pas alors que son image trônait au-dessus de son étal et lui offrit le meilleur de ses gâteaux.
Azaïra avait peine à refuser, elle ne savait comment s’y prendre ; dire non était pour elle un supplice. La vie le lui apprendrait bien assez tôt.
Le pâtissier n’eut pas beaucoup à insister pour qu’elle finisse par accepter. Et pour bien montrer que le portefaix était un des siens, elle mit l’offrande dans sa hotte.

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