Le Sultan avait trop chaud – chap 11

Algérie 1929

Algérie 1929

Puis, Julien, comme s’il avait soudainement atterri de son rêve paradisiaque se prit à interroger l’architecte Assidi avec une certaine véhémence qui ne lui était pas coutumière.
– Pour parler comme vous le faîtes dans vos contrées, ô très respecté architecte que j’honore et que je respecte, je dirai que  je suis comblé de la confiance que tu me fais et apprécie le travail dont je suis chargé chaque jour sous ta respectable autorité. Quand je suis arrivé dans la ville, tu m’as accueilli avec des paroles de bienvenue et tu as toujours tout fait pour que l’accueil ici soit large et amical. J’ai eu mes aises et ce sans conditions. Nos relations de travail ont toujours été très enrichissantes, tout au moins pour moi, mais il y a des choses que je comprends mal.Tâche à ton tour de plonger dans ma perplexité pour mieux apprécier l’objet de ma question et explique-moi la mentalité de ton peuple. Comment tant de raffinement dans ses façons de vivre, de créer et de réaliser des splendeurs dans le domaine de l’architecture par exemple ou dans sa façon de lisser des tapis mais, aussi…. enfin ! Pourquoi tant de brutalité et parfois même d’injustice et de cruauté  ?  Je suis effrayé quelquefois quand je suis confronté aux ténèbres de vos âmes, hermétiques à l’Occidental que je suis. Tâche de m’éclairer de ta philosophie à laquelle je ne puis adhérer sans la comprendre.
–  Ce n’est point moi, répondit Assidi, mais Allah qui t’éclairera. Allah est grand, et il ne peut se laisser deviner à travers quelques phrases. Quelques mois passés chez nous ont provoqué chez toi des questions, il en faut beaucoup plus pour connaître les réponses …
À ce moment, Assidi fut interrompu par le portefaix qui lui présentait des olives de la part de Azaïra. Il les accepta. Le jeune homme, profitant de l’occasion, saisit le messager par la manche et lui demanda de parler en son nom à Azaïra.
Assidi sourit alors et lui demanda très négligemment :
– Tu crois vraiment qu’un interprète aussi grossier peut exprimer les raffinements d’un cœur amoureux ? Traverse toi-même la ruelle et commence ton chemin : la voie est déjà tracée.
Julien sourit lui aussi et, hochant la tête d’approbation, traversa vers l’étal opposé à la pâtisserie. Il pensait que le destin devait favoriser les hommes amoureux, et ne se doutait pas un seul instant qu’il avait mis le pied dans une fourmilière exotique et orientale. Il ne savait pas encore que la grande aventure qu’il commençait lui apporterait plus de peines que de joies.
Un instant sa salive se sécha, ses muscles frémirent légèrement, et ses yeux le brûlèrent légèrement. Mais Julien prit sur lui. Il se raffermit le cœur et se fortifia l’âme en s’imaginant sous des couleurs mirifiques l’action qu’il allait mener à tel point qu’il s’en éblouit lui-même et conquit son âme sur le champ. Sans hésitation, il franchit la ruelle.

(attention, relire le chapitre précédent, il y a eu une interversion de chapitres)

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