Le Sultan avait trop chaud – chap 12

sultan8Très naturellement Julien s’approcha de la jeune fille sans gaucherie mais avec beaucoup de déférence dans l’attitude, se tenant à une distance fort respectueuse ; il la salua et dit :
– Celui qui mesure ta taille, ô jeune fille, et admire ton visage, et qui compare la première à la délicatesse du rameau pliant, et le second à la fleur du désert la plus rare, ne dit pas toute la vérité et juge avec erreur malgré tous ses talents et sa connaissance des beautés humaines. Car ta taille n’a point d’égale et ton corps n’a pas de frère. Car le rameau n’est joli que sur l’arbre et tout nu et la fleur du désert sans voile ; mais toi ! De toutes les façons, tu es belle, atteinte d’une grande joliesse, et les habits et les voiles qui te cachent ne sont qu’un défi et un délice pour l’imagination.Azaïra ne sembla pas étonnée outre mesure en entendant ces paroles ; pourtant, personne jusque-là ne lui avait dit ces choses-là, personne ne l’avait abreuvé d’autant de compliments si doux à l’oreille. Peut-être les trouvait-elle particulièrement bienséants.
Elle rougit sous son voile, mais ne le laissa pas voir à Julien. Un peu intimidée tout de même, elle lui fit donner par le portefaix quelques pêches fraîches.
Ils se seraient regardés ainsi longtemps sans se parler, si Razi n’était intervenu brutalement. Il le fit dans son dialecte nubien, mais au ton, Julien comprit que le discours était fortement teinté de reproches. Il s’éloigna quelque peu, navré d’être l’objet de cet incident.
Il sentit son cœur se serrer et comprit que Razi serait un des premiers obstacles qu’il lui faudrait franchir le plus rapidement possible, car celui-ci prenait très au sérieux son rôle de représentant de la conscience du sultan auprès de sa fille.
Julien prit plaisir à l’observer car il était très beau, d’une stature solide, élancé et doué d’une musculature longiligne en tous points racée. Son œil en colère n’exprimait pas l’injustice, mais le sérieux avec lequel il était convaincu de devoir effectuer une tâche qui lui avait été confiée par quelqu’un à qui il avait juré fidélité à travers les siècles ; en outre, on sentait en lui une grande affection et une grande admiration pour sa protégée, Azaïra. La passion est souvent plus dangereuse et plus difficile à contourner que la raison. Aussi Julien se jura-t-il de conquérir les faveurs de Razi, mais aussi de garder une certaine méfiance.
La tempête se calma comme elle était arrivée. Soudainement. Alors Azaïra sourit à Julien, ce qu’il interpréta comme une invite à se rapprocher.
– Ô belle jeune fille, je ne te connais pas, mais je sais qui tu es, puisque Assidi, qui t’a reconnue, me l’a confié. Je ne trahirai pas ton secret, mais sache que je serai le premier sur la liste du grand vizir pour t’être promis si ma prétention ne va pas au-delà de mon talent et si Allah m’accorde dans sa générosité la moindre chance de réussir cet impossible concours.
Qui ne souhaiterait pas mourir pour avoir seulement essayé de te conquérir. Qui ? Je suis déjà comblé par le sourire que tu m’as adressé tout à l’heure. Tu as devant toi un homme qui vit un grand bonheur dans une grande exaltation.
Et dans un élan de vive amitié, il mit un genou en terre, prit la main de la jeune fille et la baisa.
Heureusement la scène était cachée par le portefaix et sa grande hotte, ce qui fit que personne ne la vit, sauf Razi.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Anti-Spam Quiz: