Le Sultan avait trop chaud – chap13

pirates algériens - XIXe

pirates algériens – XIXe

De nouveau, Razi intervint, il était très choqué de l’attitude occidentale de Julien et derechef il rappela Azaïra à l’ordre :
– Ô jolie princesse, je suis l’heureux eunuque choisi et voulu par ton père pour te protéger et t’aimer,  mais aussi pour parfaire ton éducation sur la voie tracée par le sultan, ton vénéré père. J’ai trop le respect des ordres qu’il me donne pour enfreindre sa loi. Tu sais qu’en principe, sauf dérogation venant de sa part, il n’aime pas que tu sortes dans le grand souk les jours de marché. Ce n’est pas la place d’une jeune fille de ton rang de se mêler ainsi au peuple. L’éducation d’une princesse la différencie du commun des mortels ; elle ne saurait s’accommoder des mêmes libertés dont bénéficient les autres enfants ; il est des principes de vie que tu dois suivre, parce que tu représentes partout où tu vas l’autorité et le pouvoir du sultan ton père, quels que soient tes désirs de jeune gazelle inconséquente.  Mais pourquoi ces pleurs. Ils sont un vivant reproche à mes paroles de rigueur et de devoir. Sèche tes larmes. Un grand noir comme moi se doit de rester insensible aux plaintes de celle qu’il a le devoir de protéger, malgré tout. Sa charge quotidienne est dure à remplir et il lui est pénible parfois d’en assumer les contraintes.
Arrête, tu me vois obligé, en plus de te sermonner contre mon gré, de te demander de bien vouloir accepter mes excuses. Jolie princesse, j’ai honte de t’avoir fait de la peine avec mon vilain discours. Maudit soit celui qui fait souffrir celle qu’il devrait combler de joie et oindre de baume rassurant.
Aie pitié de ton serviteur ingrat. Oublie ma véhémence, je suis avant tout ton serviteur ; je t’aime et je t’obéis. J’attends seulement que la punition ne soit pas trop sévère, je la mérite et je ferai ce que tu me diras. Celui qui a mérité une punition se doit de l’accepter dans la plus grande sérénité, s’il veut devenir meilleur. (autre option  : C’est un moyen de se consoler que de regarder la douleur).
Alors, comme il ne pouvait cracher son mépris sur lui-même, il se déchaussa de sa babouche et, de la semelle, il se frappa la face, en signe d’humilité et de repentir. Et il ajouta la mine déconfite :
– Qu’il est beau le pardon de la part du plus fort, qu’il est beau surtout quand il est accordé à un être sans défense.
– Tu es pardonné. Sache que celui ou celle pour qui une ligne a été tracée par le sort, ne saurait que la parcourir envers et contre tous. Tu l’as compris. Reste mon serviteur préféré.
Azaïra n’avait pas oublié son père ni l’existence de sa formidable autorité. Elle vivait son chemin, comme quelqu’un qui ne voit pas d’alternative. D’autant qu’elle se sentait pleinement en paix avec elle-même. Le doute ne la rongeait pas. Elle était si heureuse qu’elle s’imaginait qu’elle rêvait dans son sommeil.
Azaïra sentait monter en elle un sentiment qu’elle avait souvent observé chez les autres, mais qu’elle n’avait pas encore ressenti chez elle : que le bonheur des femmes ne devient parfait qu’avec les hommes. En outre, elle était persuadée que la réciproque s’imposait de soi-même.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Anti-Spam Quiz: