Le Sultan avait trop chaud – chap 14

la Kasbah à Alger - 1939

la Kasbah à Alger – 1939

Il était temps maintenant de rentrer. Azaïra, s’adressant au portefaix, lui précisa où il devait porter ce qu’il avait dans sa hotte. Pour le remercier, elle lui donna plusieurs dinars qui semblèrent le mettre dans un grand ravissement.
– Ô belle jeune femme, tu sais où me trouver dans le souk  ; je suis à ta disposition pour tout ce que tu souhaiteras dans ton proche avenir. Je suis ton humble serviteur.
Et il s’éloigna.
Quand elle revint dans ses appartements, après être passée discrètement par la petite porte de derrière, elle trouva tout son personnel en grand émoi. Cela faisait plus d’une heure que le sultan l’avait fait mander et il était entré dans une grande colère. Il voulait couper la tête à tout le monde et en particulier au grand eunuque Razi qui est responsable de sa sécurité et de sa protection. Il avait pris un maillet dans sa paume la plus robuste et s’était mis à frapper avec une grande violence sur tout ce qui pouvait se briser, et il cogna jusqu’à épuisement des porcelaines et des carreaux, tout en transpirant beaucoup; il finit par se calmer ainsi. Alors, il finit de se rasséréner au hammam où il alla retrouver ses femmes préférées. Après le bain, il se rhabilla. C’est alors qu’une esclave l’avertit que sa fille l’attendait dans son palais.
Quand Azaïra apprit les débordements du sultan à cause de son absence et de celle de Razi, elle dit d’un air très innocent qu’elle avait vu l’eunuque le matin aux aurores dans les ruelles du palais vaquer à ses affaires habituelles et qu’il devait sûrement en ce moment se trouver à son poste ou dans les environs.
– Allez le chercher et qu’il m’accompagne chez le sultan mon père.
Et c’est ainsi qu’ils se rencontrèrent, le père (venant du hammam) et la fille (venant du souk).
Très calme, le sultan laissa sa fille s’approcher et lui baisa le front. Puis après un grand silence, il lui dit lentement :
– Ô, ma fille chérie, tu sais combien mon amour pour toi est grand; j’ai mis à ton service mon plus bel eunuque. Même, lorsqu’il est complètement nu, il ne gêne pas le regard le plus exigeant. C’est un très bon serviteur, d’une grande fidélité Aussi, je ne supporte pas quand je te fais mander qu’on ne vous trouve ni toi ni lui pendant plus d’une heure. C’est donc que tu n’as pas indiqué à qui que ce soit où tu étais ; c’est inadmissible et je ne le tolére pas. J’ose espérer que tu n’es pas sortie sans mon autorisation.
Azaïra regardait son père droit dans les yeux sans ciller. Dans son regard sans expression, il était impossible de détecter la moindre information.
Le sultan reprit :
– Tu sais ce qu’il adviendrait si je savais que tu as enfreint mes ordres.
A ces paroles, le sultan fit un signe avec l’une de ses manches et aussitôt s’ouvrit la porte d’une des garde-robes sur lesquelles étaient abaissés des rideaux et en sortirent sept noirs plus grands que Razi, mais moins beaux, vêtus d’un court pagne attaché à la taille et brandissant à la main des glaives aiguisés.
– Razi aurait la tête tranchée sous ton regard responsable, car c’est toi qui le pervertis. Lui a toujours été obéissant et constant dans sa fidélité à mon égard.
Azaïra parvint à garder un visage de marbre. Elle ne bougeait pas, elle ne répondait pas, elle attendait la fin de la bourrasque : tout avait été dit fermement sans violence, mais avec une grande passion freinée.
Razi, lui, avait préféré dès le début, baisser les yeux en signe de totale soumission.
Découragé, le sultan pour ne pas perdre la face cachée de son orgueil, changea de sujet.

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