Le Sultan avait trop chaud – chap 17

harem1Le palais du sultan était immense à tel point que peu d’esclaves en connaissaient tous les dédales. Entièrement bâti de pierres roses rapportées du désert et consolidé de larges lames de fer, il avait l’air de brûler tellement il brillait dans le soleil. Un grand portail recouvert d’or massif s’ouvrait sur la première salle. Dès que l’esclave de service avait soulevé le grand rideau de velours, on pouvait voir les plus riches meubles et des objets en or et en argent. D’immenses patios aéraient l’architecture et donnaient de la vie par les fleurs et les arbustes à cette véritable ville fortifiée. Dans tous les couloirs et à l’entrée des salles se tenaient des mameluks vêtus de robes de soie, tenant à la main une immense épée nue.Les treillis des fenêtres du harem étaient en or, les murs étaient couverts de tentures de soie ; sur les portes et fenêtres, il y avait des rideaux en velours et en satin.
À l’intérieur, les salles étaient somptueusement tendues de riches tapisseries venues de toutes les parties du monde. Au milieu de la plus grande cour intérieure, celle du centre, un bassin surmonté de quatre lions fondus en or rouge s’étalait parmi une arlequinade de dallage de la plus belle venue ; l’eau jaillissait de leur gueule comme autant de perles éclatantes et de pierreries de toutes eaux.
Tout autour voletaient de nombreux oiseaux multicolores qui ne pouvaient s’envoler plus haut que la plus grande tour, car un immense filet s’étendait au dessus de toute la surface de la cour ; il était si fin qu’on n’en apercevait point les mailles et qu’il obscurcissait à peine le bleu ardent du ciel.
C’est là qu’eut lieu la semaine suivante, la réunion de tous ceux qu’intéressait l’organisation du concours ; ainsi, les premiers architectes venus du fin fond des provinces et des régions les moins reculées. Beaucoup étaient venus seuls, connaissant les bizarreries sauvages du sultan. Parmi eux un architecte indien dont la renommée s’était étendue dans tous les districts et dans toutes les contrées parce que sa valeur était reconnue des rois. Il s’avança vers Julien et après lui avoir chaleureusement serré la main, il lui posa un baiser très affectueux au milieu du front.
De nombreux badauds et curieux aussi faisaient une foule dense qui s’exprimait dans toutes les nuances de la bigarrure.
Certains déjà craignaient que le concours ne fût truqué afin de favoriser le ou les protégés du grand vizir, bien que personne n’arrivât à croire vraiment que cela pût être régulier. D’autres allaient même plus loin et disaient ouvertement que le grand vizir contraindrait celui qui aurait gagné à épouser sa fille qui était aussi laide que celle du sultan pouvait être belle. La pauvre Azaïra serait ainsi reléguée au rang de deuxième épouse. Enfin d’autres encore défendaient le sultan et prétendaient qu’il ne laisserait sûrement pas sa fille aux mains du grand vizir même par l’intermédiaire de son protégé, d’autant que ce dernier était notoirement connu pour être d’une compétence assez réduite. Une chose était sûre parmi d’autres : le grand vizir ne laisserait pas assassiner le seul parti qui voulait bien de sa fille difforme, bossue et stupide.
Il y avait de quoi méditer sur les affaires de ce monde d’ici-bas et entre autres choses à tout ce qui pourrait arriver aux concurrents malchanceux.

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