Le Sultan avait trop chaud – chap 19

EVT539F

Protectorat français au Maroc – XIXe

Alors tous les architectes s’assirent cérémonieusement et à voix basse firent leurs commentaires en attendant l’entrée du vizir et du sultan.
– Quelle beauté !
– Toute une vie de labeur pour elle, c’est encore trop peu.
– Ce n’est pas un cadeau, mais un don divin de Dieu.
Ainsi sifflaient aux oreilles d’Azaïra tous ces compliments d’hommes abasourdis par sa beauté qui aurait renversé l’homme le plus blasé.
– Chacun de nous est d’un pays ou d’une contrée différente : nos histoires sont étonnantes nous avons vécu des aventures prodigieusement étranges, jusqu’à l’extrême limite du réel. Nous pourrons par la vertu de notre imagination servir le sultan que nous respectons sans le connaître car son rayonnement parvient jusque dans toutes les contrées, même les plus éloignées. Allah est grand, qu’il soit loué !Ainsi parlaient les sept cent trente-sept candidats réunis dans la grande salle d’apparat. Certains étaient beaux, jeunes et pauvres, d’autres vieux rabougris (ou gros) et riches. Dans le regard de tous brillaient les lumières de la force, de la santé et de la volonté de réussir. Chez certains on entrevoyait même l’expression de la hargne de vaincre quels que soient les obstacles.
Chez d’autres enfin, la méchanceté à l’état pur au service d’une cruauté à toute épreuve pour arriver à leurs fins. On sentait que leur seul but était d’anéantir tout ce qui bougeait ou aurait pu leur faire ombrage. Tuer, TUER. Pour survivre et être le meilleur.
Parmi tous les architectes réunis : Assidi et son ami Julien. Ils discutaient entre eux très paisiblement, comme si l’enjeu du concours ne les concernait pas. Et pourtant, à cette seconde précise, Assidi était en train de confier à Julien un secret d’une immense importance.
– Jeune homme, tu sais combien je t’aime. J’ai passé l’âge maintenant de concourir bien que j’aime toujours autant courir après des jeunes princesses. Je suis l’architecte écouté du sultan  ; je n’ai rien d’autre à prouver. Prends ce secret, c’est mon testament d’architecte à un jeune homme doué que j’ai toujours su apprécier dans le travail et dans mon amitié. Seul l’homme bien doué sait se taire. Seuls savent tenir une promesse les meilleurs des humains. Chez moi le secret est enfermé dans une maison aux solides cadenas dont la clef est perdue et la porte scellée. Tu es parmi les meilleurs, je te l’ai souvent dit. Tu es le seul à détenir ce secret et tu le mérites. Il t’appartient, mais sache que tu ne peux le transmettre à personne sans rendre ta destinée funeste et celle des trois générations qui te succéderont.
À ces paroles et parce qu’ils étaient d’un naturel  joyeux, ils se mirent à rire si fort qu’ils attirèrent l’attention sur eux et surtout le regard d’Azaïra qui s’obscurcit légèrement.
Un grand roulement de tambour les surprit au milieu de leur hilarité. Le vizir et le sultan étaient annoncés. Très dignes, précédés des califes et des membres du conseil, le grand vizir et en dernier le sultan firent leur entrée très solennellement. Ils gagnèrent leur trône sous le regard abaissé des courtisans et dans le silence respectueux de l’assemblée des architectes.

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