Le Sultan avait trop chaud – chap 22

Ce conte pour enfant est tout à fait d’actualité aujourd’hui!!!

Une fontaine à Tlemcen - 1930

Une fontaine à Tlemcen – 1930

Julien, en un seul instant, fut révélé à lui-même. Son cœur avait tressauté :
« Pour ces yeux-là, je serais bien capable de risquer ma vie. »
et sans s’en rendre compte, il venait de consentir à loger l’amour dans sa demeure ; le sommeil pourrait alors se fâcher contre lui et le délaisser.
Il sentit que tout son sang voulait appartenir à l’objet aimé et le feu commença à dévorer ses entrailles.
Il allait boire à une source où l’on est jamais rassasié. Plus on y boit, plus on a soif. Mais il sentait aussi que c’était sa destinée, inéluctable.– Jamais ma bouche, pensait-il, n’aura assez d’éloquence pour conquérir une telle beauté, mon dos assez de force pour assumer ce grand amour, le chanter et surtout porter les bienfaits dont j’aurais été comblé pour le bonheur de vivre avec elle.
Alors il ce précipita dans l’escalier, sans se retourner, oubliant son sac, comme projeté par une secousse intérieure qu’il ne maîtrisait pas, happé par la vie qui était écrite pour lui ;  il n’eut même pas le temps d’en être épouvanté. Tous les courages ne sont pas aveugles ; celui-là était passionné.
Azaïra, qui assistait à la scène et ne comprenait pas quel aiguillon maudit précipitait ainsi Julien vers un destin mortel, sentit son teint jaunir et tout son corps s’affaisser de terreur. À cet instant, l’olive la plus verte avait meilleure mine qu’elle.
Lui, tout à son nouvel amour, et en courant vers le grand livre des inscriptions se disait :
– Mes yeux sauront un jour assez te parler pour que ma langue devienne inutile. Ils te révèleront les secrets cachés de mon cœur, toutes les facettes de ma passion. Ô fleur du désert, quand tu m’es apparue, je me suis senti devenir muet, car je savais que mes yeux te communiquaient ma flamme. Au moindre clin d’œil, je sens vibrer chez toi les plus tendres sentiments. Tes sourcils trahissent tes pensées. Silence ! Laissons la parole à l’amour. Les plus grandes passions sont silencieuses.
Azaïra, dans sa détresse, essayait de lui faire des signes. Vainement. Julien les avait perçus, mais refusait d’en tenir compte. Il était tout à la joie d’aller s’inscrire, d’apposer son paraphe sous son nom et son engagement à servir le sultan en respectant le règlement quelque terrible qu’il fût.

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