Le Sultan avait trop chaud – chap 23

vizirAzaïra se lança alors avec la seule arme qu’elle connaissait : la langue maternelle de Julien. Toute à son audace, elle l’apostropha en Français :
– Ô jeune étranger, ne te jette pas dans cette terrible aventure. Reviens. Tu comprendras plus tard.
Ces paroles furent sans effet sur Julien. Il était devenu sourd. Comprenant mais trop tard qu’il était survolté, elle tenta une dernière vérité risquant qu’elle fût comprise par d’autres que Julien :
– Le concours est truqué, ne t’inscris pas, tu cours au suicide.
Le vizir devant l’excitation d’Azaïra sentit qu’il se passait quelque chose de grave qu’il ne saisissait pas bien. Il se tourna vers son interprète pour lui demander ce que la princesse venait de hurler.– Altesse, répondit l’interprète terrorisé et qui ne voulait pas choquer son maître irascible, elle parle une langue qui ne m’est pas familière ; il faudrait demander à son précepteur de langues. Cela ressemble à du Français.
– Répète immédiatement ce qu’elle vient de dire, intervint violemment le vizir, ou je te fais trancher la tête dans la minute qui suit.
– La princesse déconseille à un architecte français de prendre part au concours.
– Tu n’as traduit qu’une partie de ce qu’elle a dit, tu ne garderas toi aussi qu’une partie de toi-même.
Et il fit signe à l’un de ses esclaves d’emmener l’interprète, tremblant de peur. Le pauvre eut la tête tranchée dans le temps qui suivit et le vizir lui laissa le choix de garder ainsi la partie de la traduction qu’il souhaitait.
Il était entré dans une colère qui avait besoin de victimes, une colère sourde, aussi terrible que toutes ses colères : TERRIBLE !  Peut-être plus, même.
L’interprète, en vérité, ne sait point rendre toutes les plaintes d’un cœur amoureux, encore moins ses clins d’oeil furtifs. C’était mieux pour tout le monde, même si ce fut terrible pour l’interprète.

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