Le Sultan avait trop chaud – chap 32

pavot © Secrets de plantes

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Razi se rendit directement à la prison dorée qu’habitait Azaïra. Comme à son habitude quand il avait semé son poursuivant, il rentrait par une porte dérobée pour que personne ne sache jamais le temps écoulé de sa fugue. Les gardes, de toutes les façons, étaient muets sur les agissements de l’eunuque ; ils lui devaient tous un service rendu ou d’avoir échappé aux cruautés du sultan ou du vizir. Ainsi Razi rejoignit-il sa petite princesse incognito.
Il s’approcha d’elle mystérieusement. Elle s’était assoupie, brisée par les événements de la veille et de la matinée. Elle reposait sur son lit en bois de rose, abandonnée, en toute confiance, comme une chatte tigrée qui n’a connu que des preuves d’affection dans la maison qu’elle fréquente. Et pourtant, le danger planait au-dessus de sa tête encore fragile. Razi eut un moment de reconnaissance envers elle, car il attribua ce relâchement à l’immense conscience qu’elle avait d’être sous sa protection. Il en ressentit un grand orgueil, mais aussi une grande responsabilité.
Le temps de ces réflexions, Azaïra sortit de son sommeil léger et sourit à Razi. Il était immédiatement récompensé. Alors il lui raconta ce qu’il était advenu au souk et lui demanda l’autorisation d’accompagner Julien jusqu’à Yezd. Pour lui, c’était une évidence inéluctable de faire vite ce voyage, si l’on voulait que Shamir livre ses secrets à Julien. Et il lui raconta avec mille détails comment cela se passerait sous son bras protecteur et comment Julien, son amour, serait en sécurité dans ce désert barbare et inconnu pour lui. Elle fut convaincue par le discours de Razi, malgré l’appréhension qu’elle avait de rester plusieurs jours sans son eunuque chéri, dont elle ne se séparait que dans les cas d’urgence.
Alors, il lui remit de la part de Julien un livre que celui-ci lui avait glissé au moment où ils s’étaient quittés dans le souk : un manuscrit recopié par un de ces moines travailleurs de l’époque qui relatait le tour de France de Julien, tailleur de pierres et bâtisseur d’églises et d’abbayes et dans lequel était tout son savoir et tous ses secrets, entièrement illustré à l’encre et colorié. Quelle belle preuve d’amour !
Quand il lui eut remis ce livre, transposition de la grande affection que Julien lui portait, Razi insista bien pour que dans un élan de générosité aveugle et indulgente, Azaïra ne confie pas ces secrets à son père, car lui, comprendrait tout de suite et personne ne devait partager le mystère de ce livre :
– Ô mon enfant, (il l’appelait ainsi encore quand il craignait pour elle), il faut que tu caches cela soigneusement devant ton père, et que tu gardes absolument le secret, sinon sa punition serait terrible, et tu perdrais l’amour de Julien. Il m’a confirmé en outre qu’il était très important pour lui que tu le lises.
A cette voix, il y eut une grande terreur dans le cœur de Azaïra, car elle savait combien son père savait être cruel, et rarement Razi l’engageait à se méfier du sultan qui était son maître adoré.
Ils pleurèrent beaucoup avant de se quitter, versant d’abondantes larmes. Puis dans les bras l’un de l’autre, ils s’embrassèrent une dernière fois et Razi quitta la chambre de sa vénérable maîtresse sans plus se retourner.
Mais en sortant du palais (la nuit était déjà tombée), il s’arrêta longtemps à regarder la fenêtre par laquelle il voyait trembler la lumière des flambeaux et il imagina avec beaucoup d’affliction la princesse seule, dans sa chambre, méditant sur l’âpreté du monde.
En effet, fort affligée des derniers événements, Azaïra s’en alla dormir seule, toute à ses tristes pensées.

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