le Sultan avait trop chaud – chap 41

Ernest Hébert, Harmonie Orientale

Ernest Hébert, Harmonie Orientale

Encore ébranlé par son cauchemar, Julien ne s’était pas aperçu que la petite fille de Shamir, la si adorable Djamila était entrée dans la salle où il s’était endormi et le regardait tranquillement. Elle s’assit à côté de lui.
Son front était blanc comme la première lueur de la nouvelle lune.
Son jeune ventre souple et pliant se cachait sous les vêtements comme une lettre précieuse sous le rouleau qui l’enveloppe.
– Pourquoi ne restes-tu pas? Lui dit-elle, reste un peu avec nous, il sera toujours temps de t’en aller.
Julien semblait hésiter, mais dans le fond de lui-même, il était déjà convaincu. Il dit simplement
– Certes, je pourrais rester.Alors elle fut très joyeuse, elle se leva de son coussin moelleux, comme un I, toute droite,  lui prit la main en s’approchant doucement, et fit passer Julien par une porte à arceaux qui conduisait à un hammam peint en rose, plein d’une douce atmosphère. Elle le fit déshabiller par deux métisses qui portaient juste un petit linge entre les jambes et elle même se déshabilla toute nue par les douces mains de sa jeune servante. Alors, ils entrèrent tous les deux dans le bain qu’ils prirent ensemble longuement et gentiment, frottés par les serviteurs du grand-père
Après le bain qui avait calmé Julien de ses angoisses et de ses énervements et l’avait un peu rasséréné, la petite fille de Shamir (  Djamila, sa préférée, la plus jolie et la plus intelligente), il s’assirent sur une estrade couverte de coussins en tissu de poil de chèvre du Cachemire; elle lui offrit à boire du sirop de musc et mit devant lui des pâtisseries délicieuses. Au milieu de ses gâteries et de ces friandises choisies avec affection, il causèrent interminablement des choses générales et aussi de celles qui les touchaient plus particulièrement.
– Par Allah, disait-elle, tu es mon sauveur, la disparition de mon grand-père m’a bouleversée, j’ai bien de la tristesse et je me sens très seule à l’idée d’affronter dès aujourd’hui tous les soucis de la vie.
O douleur! Il n’y a plus pour nous que les regrets, le deuil , et les larmes ruisselantes sur les joues.
Et toi, cher absent, qui a fui les regards de mes yeux en fermant les tiens mais qui ne les oubliera pas où que tu ailles, tu as coupé les liens qui t’attachaient à mes entrailles. Mais je garde en moi la trace de notre affection passée, une trace que le temps ne pourra jamais effacer.
J’ai senti ma poitrine se rétrécir quand tu m’as dit que tu voulais partir, arrivé depuis si peu de temps chez nous et dans la tristesse où nous sommes tous. Avec qui pourrais-je parler comme nous le faisons. Allah est grand de t’avoir mis sur mon chemin.
– Tu n’as pas à me remercier, répondit le jeune homme, je suis envoyé ici par Azaïra. Je fais et j’obéis. Vous m’avez tous accueillis ici comme personne, je vous en sais gré et craignais le pire dès mon départ d’Ispahan, vu les mauvaises nouvelles que nous avions récoltées dans le souk. tu  peux m’aider aussi aussi; jamais je n’oublierai la générosité et la gentilles de votre accueil. J’hésite à vous importuner longtemps, encore que je sache que ma mission n’est pas achevée.
– Si de ta venue, nous avions été prévenus d’avance, nous aurions étendu à tes pieds pour tapis le plus pur sang de nos cœurs et le noir velours de nos yeux. Ta place est au dessus de nos paupières.
Et Julien restait sous le ravissement de ces paroles qu’il buvait comme du miel tiède. A ce compte-là il sentait sa résistance à demeurer faiblir de plus en plus. Son destin était à Yezd. Il décida d’y rester. Et il avait à peine pris sa décision qu’il sentit un grand bien-être l’envahir comme si il était resté au hammam toute une semaine durant. Il était reposé de ses dernières émotions.

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