Le Sultan avait trop chaud – chap40

Nébuleuse

Nébuleuse

Certes, le cœur de Julien était attendri et confondu de tristesse, mais surtout envahi par la confusion, dans l’hésitation où il était de se résoudre à prendre une décision. Devait-il écouter les sirènes de l’amitié qui lui enjoignaient de rester à Yezd ou au contraire s’en retourner vite vers Ispahan à la poursuite du forgeron.
D’un côté, il était tenté par l’envie d’essayer de deviner le secret des glacières en obtenant du fils du forgeron de les visiter, d’un autre côté, il aurait aimé être initié directement par le forgeron lui-même à l’aide du parchemin rédigé par Shamir, quitte à perdre un peu de temps.De toutes les façons, Razi ne pouvait demeurer plus longtemps à Yezd sans éveiller la méfiance du sultan. Déjà les rumeurs au palais devaient aller bon train et il risquait de perdre le service de la princesse Azaïra.
Il décida de se donner un jour de réflexion et se laissa aller à la douce rêverie morose que suit souvent une action intense suivie d’un grand malheur auquel on ne peut rien.
Sur ces entrefaites comme si la journée n’avait duré que l’espace d’un soupir ou d’un coup de vent,la nuit tomba et Julien fut pris dans un rêve qui le ravit et l’inquiéta totalement : il venait de se réveiller, vêtu d’une chemise fine, tout ahuri de se trouver presque nu dans un corridor merveilleusement éclairé qui ne lui semblait pas inconnu. Après les premiers moments de stupéfaction, il se hasarda à se lever, fit quelques pas vers l’une des portes qui étaient ouvertes et entra dans une immense salle où (il s’en souvenait maintenant) on avait fait une fête en son honneur, la nuit dernière (peut-être!)
Alors la sueur lui vint au front : « Suis-je éveillé ou suis-je endormi? Ou suis-je simplement devenu fou? » Puis il reconnut sur le divan son turban, et ses habits. C’est alors qu’il vit à l’intérieur d’une moustiquaire de soie rose et fine une forme si belle qu’il avança d’un pied et recula de l’autre, sans oser davantage, le front humide de sueur froide. Quand il avançait, il avait l’impression que le lit s’éloignait, quand il reculait, il se rapprochait.
Julien se mit à rire aux éclats comme un mangeur de haschich ou un fumeur d’opium, puis à hurler. Le voile,tout à coup, se déchira et lit d’albâtre apparut tout noir et vide.
– Quel rêve étonnant  et incohérent, se dit Julien, qui s’était réveillé en sursaut, trempé de sueur et grelottant de froid.

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