Les rituels et le lien social

Argentine © photo Jorge Sclar

Argentine © photo Jorge Sclar

Face au cancer qui atteint notre société: guerre déclarée par des ennemis invisibles qui prolifèrent comme ces cellules cancéreuses, ne reconnaissant plus leur semblables, n’appartenant plus au corps social qui est le nôtre, il m’a semblé intéressant d’exhumer le travail que j’avais réalisé à l’ouverture de la Cité des sciences de La Villette, en particulier avec Jean Maisonneuve, spécialiste des rituels.

Les rituels expriment et renforcent symboliquement le lien social et réassurent contre l’angoisse face à l’altérité. Par le rituel, on marque qu’on adhère tous au même système de valeur dans les moments clefs de la vie sociale.

Le rituel est une réponse de type obsessionnel à l’angoisse liée à la peur du vide et à la peur du sexe. En donnant une signification à ce qui n’en a pas, en maîtrisant l’espace, le temps et le corps, il permet de justifier ce qui existe et de se protéger. Une société ne peut pas vivre sans les rituels qui expriment et renforcent le lien social.Rituels

systèmes de comportements codifiés, obligatoires et symboliques autour des événements essentiels de la vie (naissance, mariage, mort, rites de passages) et de certains moments de la vie quotidienne (rencontre, toilette, fêtes).

Étymologiquement, le terme rite vient du latin ritus (culte, cérémonie religieuse, mais aussi coutume). Ce double sens se retrouve dans le langage courant; il peut aussi avoir une connotation péjorative pour désigner une conduite mécanique et stéréotypée dont le sens est périmé.

Si on veut en donner une définition savante, les rituels sont un système codifié, sous certaines conditions de lieu et de temps, ayant une signification et une valeur symboliques pour ses acteurs et pour ses publics, impliquant la mise en jeu du corps et un certain rapport au sacré. Le sacré étant difficile à définir en raison de ses degrés d’intensité (il varie pour les biens, les personnes, la divinité) et en raison de son ambigüité. Le sacré est aux confins du pur et de l’impur, du respect et de la transgression (rituels d’inversion), il peut concerner le plan religieux, moral ou social.

Si on lit attentivement cette définition, on voit que le rituel se distingue du code (qui n’a pas de référence aux valeurs), de l’usage (simple pratique) et de la mode (éphémère).

Les rituels peuvent être religieux, séculiers (protocole), privés (toilette), collectifs (fête nationale), quotidiens (politesse) ou pratiques superstitieuses.

Les rituels sont donc d’une part stratégie de communication et d’autre part élaboration de frontières spatio-temporelles. Dans les deux cas ils régissent le rapport du moi à la communauté humaine.

Dans notre vie quotidienne, nous accomplissons tous des rituels comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, sans en être conscients. Le bonjour en est l’exemple le plus patent.

Nous et les autres

Qu’est-ce qui sépare notre société des autres sociétés? Qu’est-ce qui unit notre société aux autres sociétés? Sans cette analyse, nous ne pouvons pas prendre conscience du comportement rituel sans tomber dans l’ethnocentrisme ou dans l’exotisme.

Le point commun à tous les rituels, quel que soit leur symbolisme particulier, s’organisent autour d’expériences humaines universelles : naissance, deuil, mariage, mise en question du pouvoir, souffrance individuelle et collective. Dans ces situations l’expérience individuelle questionne la société, les rituels ne sont pas une réponse mais représentent ces questions.

C’est en reconnaissant la différence, en comprenant la fonction sociale du rituel et en apprenant à décrypter le sens des messages échangés au cours d’un rituel, que l’on peut comprendre la solidarité fondamentale qui lie le membre d’une société à d’autres groupes sociaux.

 

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