Le Sultan avait trop chaud – chap 49

sultan10Ce matin-là, le jour du retour de Razi, l’agitation était à son comble. Le bruit courait que la princesse avait été enlevée, que la raison du mutisme du palais venait que chacun voulait garder l’événement secret, parce que le sultan considérait que son autorité était ainsi bafouée.
Le peuple aime les tyrans qu’il craint mais, dans le jeu, il aime aussi parfois que le sort ne les épargne pas et apprécie (comme au cirque quand le dompteur risque d’être mangé à tout instant) qu’ils sachent s’en tirer avec panache ou avec courage. Ainsi, il se sent justifié dans  sa crainte et son respect du tyran.
Toutes les vieilles femmes qui en avaient vu d’autres caquetaient comme dans un poulailler à l’abri des coqs. Elles prenaient des airs entendus comme si le sultan allait les convoquer dans la demi-heure pour leur demander de retrouver sa fille.– Ah! mes enfants, disait l’une, je sais bien la cause de tout cela; vous m’auriez dit qu’il y avait anguille sous roche, je ne vous aurais pas détrompé; et puis avec tous ces étrangers qui apportent leurs vilaines manières, vous croyez qu’on n’a pas assez d’architectes chez nous, sans aller en chercher de part le monde.
Et alors elles donnaient tous les détails d’une chose dont elles ne connaissaient rien.
– Sachez qu’Allah, disait une autre, n’ignore rien de toutes les choses et qu’il y a lieu d’être ému à la vue de ce qui se passe. Il faut faire cesser ces propositions malséantes, sinon nous serons punis comme nous le méritons.
– Écoutez, écoutez tous, disait une troisième, je sens que j’ai la poitrine oppressée, c’est signe que des événements graves vont se produire et qu’il faut être prêt à subir, sinon la damnations sera sur nos têtes.
Ainsi bruissait la rumeur de la ville. Elle était entretenue aussi par les architectes et leurs équipes qui redoutaient de rendre un travail qui ne serait pas examiné et dont la « récompense » ne serait pas assurée. Ils refusaient d’avoir entrepris en vain un projet comme celui-là dans lequel ils se sentaient expert comme peu dans le monde. Un de leurs représentants demanda audience au sultan pour lui faire part de leurs interrogations.

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