Le Sultan avait trop chaud – chap 51

yezdRazi était comme un fou; s’il avait eu une barbe, il se la serait arrachée et tous ses habits dans le même acharnement à vaincre sa colère. Il venait d’apprendre que, pendant son absence, le forgeron qui avait essayé d’entrer en contact avec Azaïra avait été arrêté par les gardes du sultan et jeté en prison où on l’interrogeait sans ménagement. Il se précipita au palais; sachant que c’était jour de réunion du diwan, il attendit  à la porte de la salle pour rencontrer le sultan dès que le diwan serait levé.
– « Il m’est parvenu, dit-il, ô roi fortuné, que le forgeron de Yezd est dans les geôles du sultan. Qu’a-t-il commis pour être traité de la sorte? Il paraît qu’il se démène comme un fou pour justifier des raisons de son voyage. O mon maître vénéré, éclaire ma lanterne et je te dirai ce que je sais. »
– « Parle parle, je t’écoute, j’ordonne et tu obéis. »Alors Razi  raconta tout ce qui s’était passé à Yezd, les raisons du voyage du forgeron, la nécessité de respecter la mémoire de Shamir, et surtout le désir de plaire à la jolie princesse Azaïra au moment d’abandonner son dernier souffle à la terre. Il parla du cadeau, des glacières de l’architecte, mais ignora superbement de mentionner l’existence des plans et du mémoire qu’avait dictés Shamir avant de disparaître. Ils étaient cachés dans  le coffret gardés par un secret. Même quand il était fou, Razi s’il était capable de s’arracher les cheveux et la barbe, gardait toute sa tête et surtout son sang-froid.
Le sultan accepta ces explications; il réfléchissait pour déterminer le sort qu’il réservait au forgeron. Pour prendre son temps, il interrogea Razi :
– O mon eunuque préféré, je rends grâce à ton service une fois de plus, mais j’aimerais bien savoir ce que tu es allé faire à Yezd.
Razi ne parut nullement surpris de cette question; il savait parfaitement que le sultan le laissait libre, mais le faisait toujours suivre, par précaution  et aussi par esprit systématique. C’était chez lui un principe de gouvernement.
Le sultan, de son côté, n’ignorait pas que Razi aimait semer ceux qui le gardaient quand il voulait cacher quelque chose ou tout simplement pour brouiller les cartes. Il leur échappait, pas longtemps, mais il leur échappait. Tel était le jeu. Mais Razi, connaissait les limites de l’espionnage systématique, et racontait au sultan légèrement plus que ce que ce que celui-ci apprenait par ses services, mais moins que ce qu’il aurait dit, si il n’avait  pas fardé la vérité. Jeu dangereux dans lequel, jusqu’ici Razi ne s’était pas trompé.

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