Le Sultan avait trop chaud – chap 60

Rimski-Korsakov, Shéhérazade

Rimski-Korsakov, Shéhérazade

Julien  fut tout étonné de ce discours, à s’en arracher la barbe et les moustaches. Alors, comme il sortait du hammam, il s’entoura la taille d’un foulard de soie et s’avançant au milieu de la pièce, il se mit à danser, d’abord lentement, puis de plus en plus vite jusqu’à la pleine excitation. Et il dansait avec tant de drôlerie et de contorsion que Djamila et les filles du bain ne pouvaient plus se tenir de rire et l’aspergeaient de parfum, de fruits et d’oreillers.
Djamila se mit à danser avec lui et ils se contorsionnèrent ainsi jusqu’à la limite de l’épuisement. Elle était dans un tel état de surexcitation qu’elle se précipita dans le palais de Shamir pour montrer à Julien son parchemin.
C’était un énorme morceau de parchemin plié en trois, bourré de signes bizarres et d’inscriptions diverses, illisibles pour le commun des mortels.Dès qu’il le vit, Julien se calma et redevint sérieux, il se mit à le tourner dans tous les sens, comme si une partie, invisible à l’oeil nu, avait été écrite à l’encre sympathique. Il se pencha, prit une loupe, examina le parchemin au soleil; puis il ignora son entourage, plongé dans son observation méticuleuse. Il avait même oublié la présence de Djamila.
Puis il commença à tirer des traits dans tous les sens, suivant méthodiquement les résultats de son décryptage lent et systématique. Apparut alors sur le papier un plan souterrain d’un quartier de la ville dans lequel Shamir avait plusieurs demeures. Elles étaient reliées par des boyaux souterrains très précisément indiqués et au centre figurait une petite folie construite à plusieurs mètres de fonds, reliée à l’air par des canalisations et des systèmes d’échauffement ou de refroidissement suivant les saisons. Tel devait être le secret de Shamir qu’il avait bien gardé et qu’il destinait à Azaïra dans l’espoir qu’elle ferait construire le palais de ses rêves, grâce à l’appui du sultan et de ses immenses fortunes.
A la lecture de ce document, Djamila se souvint en effet  que Shamir lui avait souvent parlé des mauvais traitements qu’il avaient dû subir après
l’incident de la glace fondue. Pour mettre ses biens à l’écart et qu’on ne les lui confisque pas, il avait pris ses précautions :
– Mon argent! Je le conserve précieusement; j’en fais des lingots fondus, que je cache dans le fin fond de mes demeures afin que nul ne puisse jamais ni le reconnaître ni m’en déposséder. Il vous suffira de décrypter le parchemin sur lequel j’indique tout pour le récupérer.  Cet argent sera le vôtre plus tard; vous en ferez ce que l’on m’a empêché de faire. Il est un temps à tout. Allah nous protège et dirige notre vie.
Malheur au pauvre qui, altéré comme le chameau resté cinq jours loin de l’abreuvoir, demande l’aumône pour survivre, même quand il est poursuivi injustement par les autorités.
Malheur au plus savant des hommes qui ne trouve pas de quoi déjeuner, malheur au plus beau des hommes dont le mérite est plus brillant que le soleil et qui doit tendre la main pour ne pas mourir.
J’ai subi trop d’humiliations, je jure que je ne manquerai jamais et que j’aiderai de ma générosité tous ceux qui seront dans la nécessité, et en premier ma descendance.

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