Le Sultan avait trop chaud – chap 63

Fran10Alors Julien tâcha de les rassurer et leur expliqua de nouveau ce qu’ils devraient faire dans l’intention de leur changer les idées et leur faire oublier la tristesse de son départ.
Il relut le plan avec eux et fit ses dernières remarques. Il précisa bien :
– Pour parvenir jusqu’au trésor, il  vous faudra passer par un grand souterrain plein de ténèbres, à vous geler le cœur dans le cimetière; il s’y trouve de nombreux squelettes amenés là par les esclaves de Shamir pour terroriser ceux à qui viendrait l’envie de percer le secret sans l’autorisation du vénérable vieillard.
Arrivés au bout du tunnel, vous vous trouverez dans une pièce circulaire construite comme une place forte : une pierre sur deux cache un trésor fabuleux. Il y en a tellement que vous ne pourrez pas tout emporter en une fois. Ce sont de grands coffres remplis de monnaie et de bijoux de toutes les contrées du monde. Il y a de quoi être ébloui, ne vous laissez pas tourner la tête. Pour faire sortir tout cet or, gardez vous bien d’essayer  d’emporter les coffres, dix nègres bâtis comme des beaux portiques n’y parviendraient pas. Prenez ce qui est nécessaire pour commencer les travaux du palais que nous voulons construire à l’image de ce que souhaitait Shamir; mettez-le dans des petites caisses vides, ordinaires et banales; ne vous faîtes pas remarquer par de gros fardeaux sortis d’outre nulle part et méfiez vous des allées et venues. Si j’étais le sultan, père de Azaïra (mon tendre amour), j’exterminerais à chaque voyage les esclaves qui m’ont accompagné. Vous, n’en emmenez pas, c’est plus sûr. Faites tout vous-mêmes. »
Et il parla ainsi longuement, longuement, pour abréger l’attente des dernières heures, mélangeant l’affection, l’enthousiasme et les détails précis d’exécution.
Il trouva aussi le moyen de placer un  petit couplet sur l’amour, sur le fait souvent, aveuglé par un désir irréalisable, on ne voyait pas à ses côtés le bonheur.
Et sur ces dernières considérations générales, il prit congé. Tout le monde pleura, versa des larmes à s’étouffer le cœur, gémissant, mais ils ne hurlèrent pas.
Quand Julien s’éloigna, Djamila ressentit un serrement au cœur; elle se tourna vers Saïd et lui confia :
– O mon cher ami, tout bonheur a une limite, tout bien a une borne, toute échéance un terme, et toute coupe une partie amère. Aujourd’hui nous goûtons à la tristesse. Tâchons d ‘y résister.
Et elle pleura, la figure appuyée sur les genoux de Saïd.

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