Le Sultan avait trop chaud – chap 69

A03cJeté au cachot dès l’arrivée au camp,Julien passa une douloureuse nuit pendant laquelle il se ressentit des mauvais traitements de la journée.  En plus, le guide, à qui la famille Shamir l’avait confié, marmonnait sans arrêt comme une litanie :
– Laisse les destinées s’accomplir, et n’essaie de remédier aux actions des juges de la terre!
Devant toutes choses n’aie point de joie et n’aie point d’affliction, car les choses ne dont pas éternelles.
Celui pour qui une ligne a été tracée par le sort ne saurait que la parcourir.
Cela ne remontait pas spécialement le moral. Julien s’était à peine assoupi qu’il fut réveillé en sursaut par un des brigands qui lui dit brutalement :– O vermine, vil excrément, insecte indigne de la terre, ta fin est proche. Je t’emmène voir le chef. Et tâche d’être respectueux dans ton attitude, sinon quelques coups de bâton sur la plante des pieds te rappelleront au bon souvenir des douceurs d ‘ici-bas avant que tu fasses le grand voyage.
Alors il fut conduit dans la salle principale, entièrement dallée de carreaux de pierre noire. Au milieu siégeait un grand barbu, assis sur une sorte de trône couvert de peaux de bêtes. L’oeil fixe et cruel, il regardait son prisonnier avec l’indifférence des tyrans devant la chair humaine.
Julien continua à s’avancer vers lui. Il était entouré de dizaines de gardes tous plus laids les uns que les autres, sauf le fils du chef, assis à ses côtés et qui avait l’air d’une créature descendue du ciel parmi les barbares.
– Mets-toi à genoux, lui dit le garde quand Julien fut arrivé au pied du trône.
Et le chef parla :
– O pauvre étranger, que fais-tu dans nos contrées? Ta folie est grande de voyager ainsi sous une si petite escorte; la destinée du temps s’est montrée agressive ton égard. Tes soldats ont trahi ta confiance et le vizir te fera mettre à mort s’il peut te faire arrêter. Quant à nous, nous étions en embuscade pour attendre ta chute entre nos mains. Tu as caché ton or en un endroit que j’ignore et que tu ne veux pas dévoiler mais nous allons te faire parler. Beau et élégant comme tu es, tu dois être fort riche dans ton pays, rachète-toi donc et paie-moi ta rançon! Sinon je te ferai subir les pires tortures et finirai par te massacrer de ma main.
Et Julien refusait de se lamenter et de pleurer; il répétait inlassablement :
– Je ne possède rien : que mes mains et mon travail; je ne sais pas deviner la route qui conduit aux richesses de la terre , je ne connais que celles de l’âme et de l’esprit; je suis dénué de tout au milieu de ce désert hostile, je peux être ton esclave et ta propriété. C’est  tout ce que tu obtiendras de moi. Fais de moi ce que tu veux, mais tu ne le feras pas deux fois.
– Regardez compagnon, ce singe refuse de m’implorer. Jamais je n’aurai la joie d’écouter sa prière. Il n’est pas sous ma protection, mais sous celle d’un mauvais génie.
Sais-tu que tu peux mourir si je le veux, mais je préfère te rançonner. Nous avons trouvé des plans dans ta sacoche. Valent-ils quelque prix?
– Le prix de mon travail, c’est tout ce que je puis donner , mais tu ne pourras pas construire ce que j’ai indiqué sur le plan sans moi. Tu dois donc me garder la vie.
– Ne me donne pas d’ordre ni de conseil, malheureux, tu mériterais une bastonnade.
Et le garde brandissait déjà son bâton noueux.
– Suffit, dit-il d’un ton sec puis se tournant vers Julien, misérable tu ne connais pas la puissance de ceux du désert. Sais-tu que tu n’as aucune chance de t’en sortir si nous te relâchons, alors ne joue pas au plus pervers.
Et il fut reconduit dans son cachot.

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