Le Sultan avait trop chaud – chap 70

Sculpture de Maryvonne Pellay

Sculpture de Maryvonne Pellay

Quand il entendit le verrou se refermer, Julien perdit courage; il n’avait rien mangé depuis deux nuits sauf un quignon de galette sèche et bu un peu d’eau tiède. Son guide sous l’effet de la fatigue et de la peur s’était réfugié dans le sommeil. Le seul bruit qu’il entendait, c’était le grattement des rats.
Puis tout à coup s’échappa de la cellule voisine une mélopée chantée doucement par une voix féminine. Quelqu’un partageait son sort! Julien eut un moment d’espoir. Puis la mélopée se tut, Julien fut derechef désespéré et la nuit passa, morne  et angoissante. La chaleur était insupportable, le logement médiocre, l’aération insuffisante.
Au petit matin, la tête lourde et l’esprit noir, Julien tenta d’entrer en communication avec sa voisine. Elle n’avait pas répondu à ses appels la veille. Peut-être aurait-elle changé d’humeur? Personne ne répondit. Julien commença à désespérer et douta un instant d’avoir été pris par mirage sonore. Son compagnon était réveillé. Son teint d’olive verte indiquait bien que le sommeil ne l’avait pas soigné de sa peur. Ce n’était pas sur lui que Julien pourrait compter : il claquait des dents et semblait avoir abandonné toute idée de se défendre.
Alors il entendit de nouveau la mélopée et elle se rapprochait. Julien n’eut pas d’espoir tout de suite, car il avait trop peur d’être déçu une nouvelle fois.
Quand il vit  un visage de femme à travers ses barreaux, il commença à y croire un peu : une merveille d’entre les femmes, aux sourcils noirs et aux yeux de nuit. Elle devait être chaude et brûlante; elle lui donna un coup de fouet au moral et il sentit une douceur lui irradier le bas des reins.
– O jeune étranger, dit-elle, ne bouge pas, ne crie pas; voilà d’abord un fruit et quelques dattes pour t’aider à survivre. Mange, mange et ne me remercie pas, je vois dans tes yeux de feu que tu es reconnaissant, mais que tu doutes. Ne crains rien, je reviendrai.
Julien partagea avec son compagnon qui gardait son teint de cire jaune. Il ferma les yeux. Puis, il commença à rêver qu’il habitait un palais peuplé de femmes qui s’occupaient de lui partout, qu’il se nourrissait des plus belles viandes et des fruits les plus sucrés. Il poussait des gémissements qui commencèrent d’inquiéter le guide et enfin s’endormit.
La femme revint dans le milieu de la nuit et commença alors un dialogue qui dura  presque jusqu’au petit matin. Elle lui expliqua qu’elle corrompait le garde, chargé de sa surveillance et qu’elle espérait le faire évader dans les meilleures conditions, c’est à dire à cheval.
Julien n’osait croire à ce discours; il testait tout le temps la pauvre femme, envahi par une méfiance tenace qui aurait pu s’apparenter celle du renard bleu du désert. Il réfutait, interrogeait pour essayer de la confondre. Non, elle semblait sincère. Il fut obligé de se rendre à l’évidence qu’elle n’essayait pas de le tromper. Une fois de plus, sa beauté lui apportait une conquête sur un tapis de soie.  La jeune bédouine était amoureuse de lui, c’était évident, et mettait sa passion au service de son évasion. Son cadeau  prenait la forme d’un cheval. En contre-partie elle l’avait choisi comme étalon. Il lui fallut alors comprendre le mystère de cet intérêt subit  : pour partir, il fallait promettre le mariage. Il y avait de quoi décontenancer Julien.

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