Le Sultan avait trop chaud – chap 72

corpsaupiedLe vice s’était inscrit en caractères ineffaçables sur sa figure burinée et craquelée par le soleil du désert : plus que dans le regard fuyant et impudent, dans la contraction amère de la bouche. Toute la misère de l’âme abandonnée, la sécheresse d’un cœur, ayant suivi prématurément l’école du malheur et subi la dureté des sables.  A le voir, le mauvais pli avait été pris depuis longtemps et il n’y plus une petite lueur d’espoir.
Déjà remonté par la colère, il exprimait toute l’horreur de la violence. Il exultait, ne comprenant rien à cette histoire de plans mais convaincu qu’on essayait de le défier, le grand chef hurla à l’apostrophe de Julien :
– Regardez compagnons, ce singe qui refuse de m’implorer. Jamais je n’aurai la joie d’écouter sa prière. Il n’est pas sous ma protection mais sous celle d’un mauvais génie
Sais-tu que tu peux mourir si je le veux, mais je préfèrerai te rançonner, car ton sang de navet ne fertilisera pas les sables du désert. Alors, ironique, Julien lui dit :
– O bandit de grand chemin, le temps a déjà marqué les bienfaits et les dons des hommes généreux; mais il a désespéré de pouvoir arriver à dénombrer les tiens. (Et il rit très fort). Quand on voit ton visage, on est surpris par l’immense générosité qu’il exprime. Ma mort ne t’apporterait rien et ma vie ne vaut rien. Tu m’as déjà fait toutes ces menaces et moqueries; il n’y a rien de nouveau sous ton crâne embué par l’alcool. Je te répète que je n’ai aucun bien sous tous les soleils qu’Allah a faits et tu ne trouveras personne au monde pour donner un dinar contre mon insignifiante personne.
– Faîtes le taire ou je vais lui écraser le talon sur sa face de lune mal éclairée.
A ces paroles, Julien se permit de sourire, mais conscient des dangers prit soin de se tarir la salive pour ne pas être tenté de trop parler.

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