Le Sultan avait trop chaud – chap 73

Dessin de Jérôme Lefranc

Dessin de Jérôme Lefranc

L’un des brigands, le plus soumis en apparence, mais aussi le plus cruel
(quand on avait l’audace de croiser son regard, un oeil noir que crispait un rictus sauvage vous transperçait sur place), dit d’une voix rauque :
– Ordonnez et j’obéis.
Alors apparurent deux immenses chiens noirs de l’espèce bien connue des chiens noirs et qui portaient des chaînes attachées autour du cou.
Le chef fit un signe et le brigand désigné les conduisit au milieu de la salle.
Il retroussa ses manches prit un fouet  et malgré les pleurs des chiens commença à les frapper régulièrement, sans que ces bras en fussent jamais lassés. Il aurait pu continuer ainsi jusqu’à la mort des chiens, tellement sa résistance était grande.
C’est alors qu’on déchira les vêtements de Julien et qu’on lui mit des chaînes autour du cou. Le brigand cruel reprit son office barbare. Et Julien pleurait et criait avec les chiens : il tomba évanoui plusieurs fois sous l’effet des coups qu’il partageait avec les deux pauvres bêtes. Et son corps mis à nu parut tout couvert de l’empreinte des fouets et des verges.Au bout de huit jours de ce régime, Julien aboyait et hurlait à la mort comme les autres chiens et s’il avait été noir, on l’aurait pris pour un beau spécimen de la race des chiens noirs.
– Il aurait mieux valu que tu n’entres jamais dans cette maison, lui criait la brute tout en le fouettant, misérable que tu es; tu sauras ainsi qu’il ne faut pas traîner dans le désert; on y fait de mauvaises rencontres. Comme dit le chef touts les matins, tu expies tes erreurs, architecte prétentieux qui veut révolutionner l’architecture dans un pays qui ne te connaît pas.
– Par Allah, gémissait Julien entre deux aboiements, prends pitié, ô valeureux esclave de ton maître, et ne me tue pas pour un crime que je n’ai pas commis. Ne maltraite point l’innocent parce que tu ne connais pas le coupable.
Puis le cauchemar prit fin, un jour, sans raison apparente. Si Julien n’avait pas été abimé par l’amour, aurait-il supporté le supplice avec autant de force? Rien n’est moins sûr. Son état l’aidait à reprendre courage entre deux séances de torture, puis tout recommençait. Il y avait de quoi détruire le plus dur des durs. Il résista.
Et quand le neuvième jour, le temps passant et l’angoisse de l’épreuve quotidienne le taraudant, Julien réalisa à la tombée de la nuit qu’il avait été épargné, un moment, il sentit plus fort les douleurs de toutes ses meurtrissures mêlées, puis tout à la joie de recouvrer un peu d’espérance, il commença d’oublier son malheur pour se préparer à la prochaine épreuve.
– O étranger, tes plans étaient sans intérêt, nous avons fait parlé quelqu’un qui les a étudiés; ils n’apportent rien de neuf à l’architecture régionale, tu es un orgueilleux. Tu viens du désert, retourne au désert. Le désert ne lâche pas ses proies, il les tue à petit feu. Tu n’as aucune chance de survivre; le premier point d’eau est à plusieurs jours de marche. Le soleil te consumera .Et si tu en réchappes, tu seras ramassé par une patrouille du grand vizir qui te fera dévoré par les fourmis rouges, après s’être amusé avec ta pauvre carcasse pour faire plaisir à ses esclaves. Ce que tu as vécu n’est rien à côté de ce qu’ils te feront souffrir.
Ou alors ils utiliseront le rameau de cognassier, flexible et cinglant. Quand ils te tomberont dessus, ils fustigeront tout ton corps, le dos la poitrine et les flancs tellement et si furieusement que tu perdras connaissance sans espoir de survivre à leurs coups. Ils te laisseront pour mort en plein milieu du désert, comme une chose inerte, et tu seras la proie des charognards qui ne laisseront que tes os  pour souiller le sable.
Allez, jetez le dehors et que je ne revois jamais sa face jaunie d’occidental curieux. DEHORS! Allez et frappez le de serviettes mouillées qu’il meure plus vite. »
Puis on traîna Julien par les pieds, on le hissa sur le dos d’un chameau fou qui le brinquebala un temps, puis le jeta au sable comme on se débarrasse du contenu d’un seau d’aisance plein.

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