Le Sultan avait trop chaud – chap 77

sultan77La plupart des candidats avaient rendu leur projet avant la clôture du concours, soit qu’ils avaient déjà réfléchi aux problèmes que le sultan demandait de résoudre, soit qu’ils avaient des équipes qui exécutaient rapidement les plans.
Et chaque nuit, le sultan étudiait ainsi les projets nouveaux et le matin, s’ils étaient retenus, il faisait enfermer son auteur dans les profondeurs de son palais.
Il ne cessa d’agir de la sorte durant deux mois. Les soirs de plus forte chaleur, on entendait de longs gémissements, cris de douleur et tumulte des terreurs qui rongeaient les pauvres architectes affolés à l’idée de ne pas être retenus et qui vivaient mal leur internement. Ils regrettaient d’avoir été punis de leur pauvre génie qu’ils n’étaient pas sûrs de voir confirmer. Puis peu à peu, seuls les nouveaux pleuraient encore quelques jours,  et leur cris étaient étouffés par les manifestations de joie des plus anciens qui faisaient la fête toutes les nuits. Pour noyer leur angoisse, le sultan organisait des festins qui calmaient les esprits angoissés par l’attente et le doute.Après ces deux mois, les délais vinrent à expirer et le sultan décida de proclamer officiellement la fermeture du concours dans la cour du palais à la fin du chant de muezzin.
Il avait confié cette tâche au muezzin du minaret le plus central de la ville et dès que l’appel à la prière serait lancé (au milieu de l’après-midi), le concours serait clos. Seuls les architectes ayant franchi à ce moment-là les portes du palais seraient reçus; les autres pourraient s’estimer contents d’avoir sauvé leur tête.
Il faisait un temps radieux ce jour-là et la foule  s’était déversée dans les rues pour se promener et apprécier les bienfaits qu’Allah répandait sur la terre. Parmi eux, un jeune homme bien mis circulait hâtivement en direction du palais. L’heure de la prière approchait et chacun se préparait à rendre grâce au prophète. Le jeune homme voyant les portes du palais au bout de la rue, ralentit son pas et reprit haleine. Il franchit le portail alors que le muezzin lançait l’appel à la prière. Un sourire de satisfaction éclaira alors son visage, le visage de Julien. Il avait gagné la première étape : respecter les délais. On voyait à peine sur sa figure les traces du voyage qu’il venait de faire et qui s’était achevé à l’aurore. Il avait eu le temps de s’assoupir quelques heures, de se raser et d’aller au hammam. Il fleurait bon la fleur d’oranger et aurait pu conquérir la plus belle reine du monde sans difficulté.

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